LETTRE CXLIV
Miss HojVB à miss Clarisse Harlove.
Jeudi S17 avril.
Je ne suis pas contente que vous m'ayez renvoyé mon Norris. Mais il faut se rendre à toutes vos volontés. Vous en. pourriez dire autant des miennes. Aucune des deux, peut-être, ne doit espérer de l'auti*e qu'éDe fasse ce qu'il y a de mieux; et peu de jeunes filles néanmoins savent mieux ce qu'elles devroient faire. Jiene puis me séparer de vous, ma
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chère ; quoique je doflne une double preuve cle ma vanité dans ce compUinéut que je me fais à moi-^ même. ■ '
C'est de tout mon Tceur que yb m^ réjouis de voir un changement si avantageux dans votre situa-" tion. Le bien, comme j'ai osé Vcfus le proiliettre, est venu du mal. Quelle idée auroîs-je conçu dévotre homme, et qudiles auroient dû être ses vues^ s'il n'a voit pas pris ce parti sur une lettre â infâme ^ et sui' un traitement si barbare j prixïcipalement^' lorsqu'il en est l'occasion?
Vous savez mieux que personne quels ont été vés. motifs : mais je souhaiterois que vous vous fussiez!' rendue à des instances A sérieuses. Pourquoi n'àuri8;&-vous pas dû permettre qu'il fît veftîr le cibarpélain. de mylord M. ... ? Si vous êtes arrêtée paï* des bagatelles, teiles qti'une permission , dies préparatifs,' et d'autres serupuJes de cette nature, vôtre servante^, ma cbèf e. Yous^ ne sentez donc pats que la grande oérémonie est un équivsdent pour toutes les autres. Gardez-^vorus de retomber dans vos mélancofiques délicatesses, jusqck'à préférer un drap mortuaire à ce qui doit foire Fobjet de vos désirs, lorsque vous l'avez actuellement entre les mains, et lorsqu'il est vrai, comme vous Pavez dit dans une occasion phis juste, qu'où n'a pas la liberté de mourir quand on veut. Mais je ne sais^ quelle étrange perversité de la nature humaine fait désirer, dans l'éloi^ejnent^
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ce qu'on méprise aussitôt qu'on croit y toudier- Vous n'avez à vous proposer qu'un seul point. C'est le mariage. Qu'il ne tarde plus, je vous en supplie. Abandonner le reste à la providence, et fiez-vous à sa conduite. Voi^ aurez un très -bel homme, un homme agréable ^ qui ne manqueroit pas de sagesse, s'il n'étoit pas vain de ses. talents, et possédé de l'esprit de libertinage et d'intrigue. Mais tandis que les yeux d'une infinité de femmes , séduits par une si belle figure et par des qualités si briUantes^ entretiendront sa vanité, vous prendrez patience; ^ attendant que les cheveux gris et la prudence entrent ensemble sur la scène. Pouvez-vous espérer que tout se réunisse pour vous dans le même homme? Je suis persuadée que M. Hickman ne connoft point de voies détournées ; mais il marche de mauvaise grâce dans la voie droite. Cependant Hickman , quoiqu'il ne plaise point à mes yeux, et qu'il amuse pçu mç$ oreilles^ n'aura rien de choquant , Je m'imagine, pour ces deux organes. Votre homme^ comme je vous }e disois dernièrement,, soutiendra sans cesse votre attention ; vous serez toujours oct cupée de lui, quoiqu'un peu plus, peut-être, de vos craintes que de vos espérances ; tandis qu'Hickipan ne sera pas plus capable de tenir une femnae éveillée par ses discours , que de troubler son sommeil par de fâcheuses aventures.
Je crois sj^voir à-prés^it sur lequel des deux une.
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personne aussi prudente que vous. au,roît d'abord fait tomber son choix : et je ne doute pas non plus que vous ne puissiez deviner lequel j'aurois choisi, si j'avois eu cette liberté. Mais, fières comme nous sommes , celle qui Test le plus ne peut que refuser ; et la plupart se déterminent à recevoir un homme à demi digne d'elles, dans la crainte qu'on ne leur offre quel,qué*chose de pis.
Si nos deux hommes étoient tombés à des esprits de la trempe du leur, quoiqu'à la longue M. Lovelace pût avoir été trop fort pour moi , je me figure que , pendant les six premiers mois dumoins, je lui aurois rendu peine de ccftuç pour peine de cœur : pendant que vous, avec mon doucereux berger , vous auriez coulé des jours aussi sereins, aussi calmes, aussi compassés que l'ordre des saisons, et ne variant, copime elles, que pour a.pporter autour de vous luie abondance continuelle d'utilités et d'agréments.
J'aurois continué dans le même style ; mais j'ai été interrompue par ma mère , qui est entrée subitement, et d'un air qui portoit la défense, en ma faisant souvenir qu'elle ne m'avoit accordé sa permission que pour une fois. Elle a vu votre odieux oncle, et leur conférence secrette a duré longtemps. Ces allures me chagrinent beaucoup.
U faudra que je garde ma lettre, en attendant de
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vos nouvelles; car je ne saisphis oit vou» l'envoyel*. N'oubliez pas de me donner pour adresie un lieu tiers , comme je vous en ai priée.
Ma mère m'ajant pressée, je lui ai dit, qu'à-Ia^ vëritë c'étoît k vouscfue j'ëcrivois, mais que c'ëtoit pour mon seul amusement, et que je ne savois pas cil vous adresser ma lettre.
«Tespère que la première des vôtres Wappf endra votre mariage; quand vous devriez m'apprendre par la seconde, que vous avez affaire au plus ingrat de tous les monsitres, comme il le seroit nëcefisaire-* ment , s'il n'ëtoit pas le plus tendre de tous lès maris.
J'ai /Ut que ma mère me chagrine beaucoup; mais j'aurois pu dire, dans vos termes, qu'dle m'acomme décomposée. Croiriez-vous qu'dle prétend catéchiser Hickman , pour la part qu'elle lui suppose à notre correspondance ; et qu'elle le catéchise trés-^vèrement, je vous en assure? Je commence» ^ croire que je ne suis pas sans quelque sentiment de pitié pour le pitoyable personnage; car je ne puis souffirir qu'il soit traité comme un sot par tout autre que moi. Entre nous, je crois que la bonne dame ^est un peu oubliée. Je l'ai entendue* crier très-haut. Elle s'est peut -être imagmé que mon père étoit revenu au monde. Cependant la docilité de l'homme devroit la détromper; car je m'ima^e, en me rappelant le passé, que mon père auroit parlé aussi haut qu'elle^
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Je sais que vous me blâmeree dé toutes ces impertinences ; mais ne vous ai-je pas dit qu'on me chagrine? Si je ne m'en ressentdis pas un peu, on pourroit douier de qui je suis fille , des deux côtés.
Cependant vous ne devez pas me gronder trop sévèrement, parce que j'ai appris de vous à ne pas défendre mes erreurs. Je recpnnois que j'ai tort; et vous conviendrez que c'est assez : ou vous ne série» pas aussi généreuse ici que vous l'êtes toujours. j
Adieu, ma chère. Je dois, je veux vous aimer ^ et vous aimer toute ma vie. Je lô s^e de mon nom. Je le signerois de mon sang comme le plus cher et le plus saint de tous les devoirs.
Anne Howe.