‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 43 sur 60 · LETTRE CXLV · texte numérisé non relu

LETTRE CXLV

Miss HowB à miss ChAnisBB HjKLorE.

(Cette JJettre ne partit qu'avec la précédenle»)

Jeudi 97 ayril.

Un juste intérêt m'a fait approfondir si vos patents étoient sérieusement ij^lus ^ avant votre dé^ part, de renoncer k leurs mesures, comme votre tante né fait pas difficulté de vous en assurer dan& sa lettre. En rapprochant différentes kiformations^

les unes tirées de ma mère, par les confidences de votre, oncle Antonin; les autres de votre sœur, par nu5s Loydj et quelques-unes, par une troisième vote que je ne vous nommerai point à-présent, j'ai raison de croire que je puis vous donner le récit suivant pour une vérité certaine :

On n'avoit aucune disposition à changer de mesures, jusqu'aux deux ou trois demiei^ jours qui ont précédé votre départ. Au contraire, votre frère et votre sœur, quoique sans espérance de l'emporter en faveur de Solmes, étoient résolus de ne se relâcher deleui-s persécutions, qu'après vous avoir poussée à quelque démarche qui, avec le secours' de leurs bons offices, vous auroitfait juger indigne d'excuse par les êtres à demi-raisonnables qu'ils avoient à faire mouvoir.

Mais enfin, votre mère, lasse, et peut-être honteuse du rôle passif qu'elle avoit joué jusqu'alors, prit le parti de déclarer à miss Arabefle, qu'eHe étoit déterminée à mettre tout en usage pour finir les divisions domestiques, et pour engager votre onde Harlove à seconder ses efforts.

Cette déclaration alarma votre frère" et votre sœur. Ce fut alors qu'oi^résolut dé changer quelque chose au premier plan. Les offres de Solmes étoient néanmoins trop avantjigeuses pour être abandonnées j mais on prit un nouveau tour, qui fut d'eq-

gager votre père à des excès Be bonté et de condescendance. On s'en promit même plus de succès que de la rigueur; et telle, comme ils le publient, devoit être votre dernière épreuve.

Au fond, ma chère, je crois que le succès de cette voie auroit répondu à leurs espérances. Je ne doute pas un moment que si votre père eût consenti à fléchir les genoux , c'est-à-dire à faire pour vous ce qu'il n'a jamais fait que pour Dieu, il n'eût tout obtenu d'une fille telle que vous. Mais ensuite que seroit-il arrivé? Peut-être auriez-vous consenti à voir Lovelace, dans la vue de l'apaiser, et de prévenir les désastres; du-moins si votre famille vous en avoit laissé le temps, et si le mariage n'avoit pas été brusqué. Croyez-vous que vous fussiez revenue librement de cette entrevue? Si vous la lui aviez refusée , vous voyez qu'il étoit résolu de leur rendre une visite , et bien escorté : et quelles en auroient été les suites?

. Ainsi, nous ne savons pas trop si les choses n'ont pas tourné au mieux , quoique ce mieux ne fût pas fort à désirer.

J'espère que votre esprit sensé et capable de réflexion fera un usage convenable de cette découverte. Qui i>'auroit pas la patience de soutenir un grand mal , s'il pouvoit se persuader que la providence l'a permis dans sa bonté , pour le garantir d'un plus grand? sur-tout s'il avoit droit, comme

vous, de se reposer tftinquillement sur le témpîguage de son propre cœur.

Permettez que j'ajoute une observation : Ne voyonsr-nous pas , par le récit que je vous ai fait y les services que votre mère auroit pu vous rendre , si l'autorité materneQe s'étoit fortement déclarée en faveur d'une fille qui avoit de son côté le douUe droit du mérite et de l'oppression?

Adieu y ma chère. Je suis pour jamais à vous.

Anne Howe.

Misa Harloçcy dans sa réponse à la première

de ces deux dernières lettres ^ gronde son amie

de donner si peu de poids à ses avis, par rapport

à sa mère. On croit devoir en insérer ici quelques

\ extraits, quoiqu^un peu avant le temps.

Je ne répéterai pas, dit-elle, ce que je vous ai déjà écrit en faveur de M. Hickman. Je vous rappellerai seulement unç observa tioaque vous m'avez entendue faire plus d'une fois; ce c'est qu'ayant sur- » vécu à votre première passion , vous n'auiiez que )) de l'indifférence pour ce second amant, quandil y> auroit les perfections d'un ange y>.

hes motifs qui m'ont fait suspendre la célébra- Uon , contûiue^t^lle, n'ont pas été de simples scrupules de formalité. J'étois réellement fort mal. Je

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ne pouvok soutenir ma télé. La fatale lettre m'a voit f)ercé le cœur. Dérailleurs, ma chère, devoi&-je être aussi ardeute à profiter de ^es offres, que si j'eusse appréhendé qu'il ne me les répétât jamais?

Dans la seconde lettre, elle fait les réflexions suivantes entre plusieurs autres :

. <jC Ainsi , ma chère , vous paroissez persuadée y> qu'il y a du destin daos mon erreur. Je reconnois » ici l'ame tendre et remplie d'égards. Cependant^ ji puisque mon sort s'est déclaré comme il a fait^ » plût au ciel que le caractère de 4non père fût à A couvert de reproche au;K yèuK du publitf ; ou du- )) moins celui de ma mère , qui a fait l'admiration D de 'tout le monde avant la naissance de nos naal**- » heureux troubles domestiques! Que personne ne » sache de vous qu'en faisant valoir à propos ses >» rares talents , elle auroit pu sauver une fille infor* » tunée. Vous observerez, ma chère, qu'avant qu'il » fût trop tard , lorsqu'elle a vu qu'A n'y avoit pas Ji de fin aux persécutions de mon frère , elle avoii D pris la résolution d'agir avec force : mais sa témé- D raire fille a tout précipité par la funeste entrevue, )» ^t lui a fiât perdre Iç fruit de 9es indulgeot9 des* 7è mfx%* Ah ! m» çhir^, je suis convaincue à-pré9eni, y> par uqe triste expérience, qu'aux» loi;ig-temp9 » que des enfants sont assez heureux pour avoir des » p»r«oU ou d^ gardien! qu'ibpw9(feotwo$ulter,

» ils ne doivent pas présumer (non, tion, jamais, )) même avec les meilleures et les plus pures inten* » lions) de suivre leurs propres idées dans les af- 7) faires d'importance.

)) Je crois entrevoir, ajoute miss Clarisse, un y> rayon d espérance pour ma réconciliation future, » dans l'intention que ma mère avoit de s'employer » en ma faveur, si je n'avois pas ruiné son projet y> par ma coupable démarche. Cette favorable idée » se fortifie d'autant plus, que le crédit de mon » oncle Harlové seroit sans doute d'un grand poids, » comme le pense ma mère, s'il avoit la bonté d'en- » trer dSins mes intérêts. Peut-être me convient-ïï y> d'écrire à'ce cher oncle, si je puis en trouver Foc- » casion, ou la faire naître ».

Clarisse Harlovï:.

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