LETTRE CLVIII
Miss Cljrissb Hajclovb à miss Howb.
Mardi a mai.
J li faut vous déclarer , quoiq^'aTec un regret infini^ qiie je ne puis plus, ni vous écrire, ni recevoir de TDS lettres! J*en- reçois une d^ votre mère (soos le couvert de M.Lovdàce et par la voie de mylord M — ), qui rae fait là-dessus des reprocbes fort vifs, et qui me défend, autatit que je m'intéresse à son bonheur et au vôtre, de vous écrire sans sa permission. Ainsi, jusqu'à des temps plus tranquilles, cette lettre est la dernière que Vous recevrez de moi. Comme la situation de mes afiàires semble devenir plus heureuse , espérons d'obtenir bientôt la liberté de reprendre la pkime, et celle même de nous voir. Une â'Niance avec une famille aussi honorable que celle deM. ïxi^velace, ne sera pas rqgardée apparemment ciomme «ne disgrâce.
Votre mèvé ajoute que, .'si je souhaite de voub enflammet y je n'ai qu'à vDâs infénner delà défense qu^elle me'signifie; mais dlese 'flatte que, SAns la compromettre, je trouverai de môi-mémê quelque moyen d'interroniprè iirie correspondance, à
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laquelle je ne puis ignorer qu'elle s'oppose depuis long-temps. Tout ce que je puis faire, c'est de vous prier de n'être point enjUnnmée; c'est de vous engager, par mes instances, à ne pas lui faire connoître , npniéme soupçonner que je vous aye communiqué la raison qui me fait cesser de vous écrire. Après avoir continué notre commerce, malgré le scrupule que je m'en suis fait, et sur lequel j'ai long-temps insisté, comment pourrois-je me dispenser honnêtement de vous apprendre ce qui toutd'un-coup a la force de m'arrêter? Ainsi, ma chère, j'aîme mieux, comme vous voyez, me reposer sur votre discrétion , que de feindre des rai^ns dont vous ne sériez pas satisfaite , et qui, ne vous empêchant point de vouloir pénétrer le fond du mystère, me feroient enfin passer à vos yeux pour une amie capable de réserve, sans compter que vous auriez quelque sujet de vous croire blessée, si je ne vous supposois pas assez de prudence pour recevoir le dépôt de la vérité nue.
Je répète que mes afîàires n'ont point une mauvaise face. La maison sera louée incessamment. Les femmes 4le celle-ci sont fort respectueuses, malgré ma délicatesse à l'égard de miss Partington.'Miss Martin , qui doit se marier bientôt avec un riche marchand du Strand *, est venue me consulter
* Fameuse rue de Lod cires.
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aujourd'hui sur quelques belles étoffes qu'elle veut acheter à celte occasion. La veuve est moins rebutante qu'elle ne me l'a paru la première fois. M. Loveiace, à qui je n'ai pas dissimule que ses quatre amis ne sont pas de mon goût, m'aSBure que, ni eux , ni d'autres ne paroitront devant moi sans ma permission.
Si je rassemMe toutes ces circonstances, c'est pour mettre en repos votre cœur tendre et oblif;eant^ dans la vue de rendre votre soumission plus facile à l'ordre de #otre mère; ei dans la crainte qu'on ne m'accuse de vous enflammer , moi qui suis, avec des intentions bien différentes, ma trèschère et très-aimable amie, votre fidèle et dévouée
Clarisse HARiiOVE-
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