‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 55 sur 60 · LETTRE CLX · texte numérisé non relu

LETTRE CLX

Miss Clarisse Harlofe à miss Howe.

Jeudi 4 mai.

Je ferme les yeax sur tout autre engagement, je suspends tout autre dé»r, je bannis toute autre crainte, pour vous supplier, très-chère amie^ de ne pas vous rendre coupable d'un excès d'amitié, pour lequel je ne puis jamais vous faire de remercîments, et qui deviendra pour moi la source d'un éternel regret. S'il feut vous écrire, je vous écrirai. Je connois votre caractère impatient, lorsque vous croyez votre générosité ou votre amitié blessée. Ma chère miss How^e, voudri(ez-vous encourir la malédiction d'une mère, comme je me suis attiré celle de mon père? Ne diroit-on pas qu'il y a de la contagion dans ma faute , si miss How^e venoit à la suivre ? Il y a des choses si visiblement mauvaises , qu'elles ne souffrent pas de discussion ; celle-ci est du nombre. Il est inutile d'apporter des raisons contre une témérité de cette nature. Quelque nobles, quelque généraux que puissent être vos motifs , à Dieu ne plaise qu'on sache jamais qu'il vous soit entré seulement dans l'idée. de suivre un si mauvais exemple 5

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d^autant plus que tous n'auriez pas même les excuse» qu'on peut aUéguer en ma £iyeur; particuHèremeût cdle d'avoir été malheureusement surprise.

La contrainte où votre mère vous retient ne TOUS paroîtroit pas insupportable dans une autre occaâon% Auries-Tous' regardé autrefois comme un tourment de partager son lit? Avec quelle joie je recevois cette faveur de la mienne! Quel jdaisir je prenois à travailler sous ses yeux! Vous penâez de même autrefois : et je sais que, dans les soirées d'hiver, c'étoit un de vos plus chers amusements de lire quelquefois devant elle. Ne me donnez pas sujet de me reprocher à moi-même la raison de ce changement.

Apprenez, ma chère, votre, amie vpus en conjure , apprenez à subjuguer vos propres passions. Tout excès est blâmable , quels qu'en soient les motifs. Ces passions de notre ^sexe, que nous ne prenons pas la peine de combattre, peuvent avoir la même source que ceU,es que nous condamnons le plus dans les hommes emportés et violents - et peutêtre ne les portent-ils plus loin que par l'influence de l'usage, ou par la force d'une éducation plus libre. Pesoqs toutes deux cette réflexion, ma chère ', tournons les yeux sur nous-mêmes, et tremblons.

Si je vous écris, comme vous m'en faites une loi, j'insiste sur une interruption de votre part. Voire silence sur ce point me sera une preuve que voiis

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ne pensez plus à la téméraire démarche dont vous m'avez menacée , et que vous obéissez à votre mère, du-moins dans la partie qui vous regarde. Supposez des cas d'importance : ne pouvez -vous pas employer la plume de M. Hickman? ' , Mes caractères tremUants vous feront connoitre, ma chère et impétueuse amie, quel tremblement de cœur vous avez causé à votre fidèle

Clarisse Harlove.

P. S. On m'apporte à ce moment mes habits. Mais vous m'avez jetée dans un trouble qui m'ôte le courage d'ouvrir la malle. Un valet de M. Lovelace porte ma lettre à M. Hickman , pour faire plus de diligence. Que la plume de ce digne ami me soulage un peu de ce nouveau sujet d'inquiétude.

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LETTRE CLXL

M. Hickman à miss Clarisse Harlovs.

Vendredi 5 mai.

Mademoiselle,

J 'a I l'honneur d'être chargé par miss Howe , de vous marquer, sans connoître ses motifs, qu'elle est excessivement affligée de l'inquiétude que vous avez

Prévost. Tome XXI, 3o

conçue de sa dernière lettre , et que si vons continuez seulement de lui écrire , conune vons l'avez fait jusqu'à-présent , eUe renoncera au dess^ qni ^'ous cause tant d'alarmes. Cependant, elle m'ordonne d'ajouter que, s'il y a la moindre apparence qu'elle puisse pous servir ou vous saui^er, ce sont Ms propres termes , toutes les censures du monde ne tiendront que le second rang dans son esprit. Je suis fort tente y Mademoiselle , de saisir cette occasion pour TOUS exprimer l'intérêt que je prends a TOtre situation ; mais n'en étant pas bien informe, et jugeant seulement , par l'agitation d'esprit de la tplus chère personne que j'aye au monde , et de h tplus sincère de vos amies, qu'elle n'est pas aussi heureuse que je le désire, je suis réduit à vous offrir mes fidèles services, avec des vœux ardents pour la fin de toutes vos peines ; car je suis, Mademoiselle, avec un dévouement égal à mon respect et à mon admiration, votre, etc.

Charles Hickman.

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