‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 9 sur 60 · LETTRE CI · texte numérisé non relu

LETTRE CI

V ni. IjOVELACE au même >

J II me setnWé que j'ai beaucoup obligé ma chère' eompagne, en amenant madame Greme pour l'ac-? compagner, et en souffrant que, sur le refus qu'elle a fait d'aller à Médian, cette bonne femme se char-

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^t de lui {^ro^urer un logement. Elle observe sans ^dpute que toutes mes vues sont honorables , puisque )e lui laisse le choix de sa demeure. J'ai remarqué sensiblement le plaisir que jeJui faisois, lorsque j'ai mis madame Greme dans la chaise avec: elle ,' et que l'ai jiris le parti de l'escorter à cheval.

Un autre se seroit alarmé des explications qu'elle pouvoit recevoir de madame Greme. Mais comme la droiture de mes intentions est connue de toute ma famille; j'en ai eu d'autant moins d'inquiétude,' qu'ayant toujours été fort au-dessus de l'hypocrisie j je ne. cherche point à pâroitre meilleur que* je ne suis réellement. Quelle nécessité d'être hypocrite , lorjsque je me suis aperçu, jusqu'à-*présent, que la qualité de hbertin ne m'a pas nui dans l'esprit des^ femmes? Ma déesse elle-même a-t-eUe fait difficulté d'entrer en correspondance avec moi,. quoique ses parente eussent pris tant de peine à lui apprendre qiie j'en étois un ? Pourquoi prendre un nouveau caractère, qui seroit,. au fond, pire que Fautre? D'ailleurs, madame Greme. est une pieuse matrone , qui n'auroit pas voulu blesser la vérité pour m'obliger. Elle prioit autrefois le ciel pour ma réformaûon , lorsqu'on en avoit l'espérance. Je doute qu'elle continue, cetttçj b^nne pratique; car son maîu*e et mon très-honoré oncle ne fait pas scrupule, dans l'occasion, de dire beaucoup de mal de moi à tous ceux qui ont la bonté de l'entendre, hommes ,î

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femmes .et enfams. Ce cher oncle, comme tù sais, manque souvent au respect (|u'il me doit. Oui, Bel* ford , du respect : et pourquoi non ? je te prie. Tous les devoirs ne sont -ils pas réciproques? Pour madame Greme, la bonne ame! lorsque son maître est attaqué delà goutte dans son' château de Médian, et que l'aumônier ne s'y trouve point, c'est elle qui fait la prière ou qui lit un chapitre de quelque bon livre auprès du malade. Quel étoit donc le danger, de laisser une si bonne espèce de femme avec ma charmante? Je me suis aperçu que leur entretien étoit fort animé , pendant la marche^ et je m'en suis Xneme ressenti ; car je nesais pourquoi il m'dlt inonté une charmante rougeur au visage.

Je te répète, Belford, que je ne désespère pas êH être honnête. M^^ comme il nous arrive quelqueibis, foibles mortels que nous sommes, de n'être pas maîtres de nous-mêmes , je dois m'efforcer d'entretenir la belle Clarisse dans une parfaite confiance,; jusqu'à ce que je la tienne à Londres dans la maison que tu sais, ou dans quelqu'autre lieu qui ne soit pas moins sûr. Si je lui donnois auparavant le moindre sujet de soupçon, ou si j'entreprenois de contraindre ses volontés, elle pourroit implorer des secours étrangers, et susciter contre moi tout le canton j ou se jeter peut-être entre lès bras de ses parents , aux conditions qu'ils jugeroient à-propos* de lui imposer :^t si j'étois capable à-présent^de la

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perdre, neserois-ie pas indigne, mesi enfanu, delà qualité de votre chef? Oseroi&-je lever les yeux devant les hommes, et montrer mon visage devant les femmes ? Dans l'état où j'ai conduit cette grande a^ iaire, ma déesse n'ose avouer qu'elle soit partie contre son inclination; et j'ai pris soin de faire croire aux implacables qu'il n'a rien manqué à son consentement.

Elle a reçu la réponse de miss Hovire, à une lettre qu'elle lui avoit écrite de Saint-Albans. J'en ignore le sujet ; mais j'ai vu ses beaux yeux couverts de larmes, et l'orage ensuite est tombé sur moi.

Miss Hoyre est aussi une créature charmante, mais d'une pétulance et d'une fierté singulière. Je la redoute. A-peine sa mère est-elle capable de la contenir. U faut que , par entremise de mon bon"nête Joseph, je continue de faire jouer cette vieille machine, Ponclq Antonin, sur la mère de cette dangereuse fiUe , pour la ménager suivant* mes vues, et réduire ma Belle à dépendre uniquement de moi. Madame Hovre ne peut souffrir de èontradiotion. Sa fille n'est pas plus patiente. Une jeune personne , qui commence à trouver dans eQe-mémé toutes les^ qualités matei*neUes, n'est pas fort à l'aise sous Pempire d'une mère. Belle carrîèrepour un intrigant ! Une mère qui fait l'importante ; une fille , vive , sensible à l'excès; et leur Hickman, qui n'est en vérité vien ,*une bonne et épaisse machine. Si je n'avois

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pas des vues pluk relevées. ... Il e^t malheureux seulem^it que les deux jeunes personnes eussent leur demeiire si près l'une de l'autre, et qu'elles fussent liées d'une si étroite amitié. Qu'il auroit été charmant de pouvoir les ménager toutes deux' à-la-fois!

Mais un seul homme ne sauroit avoir toutes les femmes qui valent quelque chose. Conviens que c'est grand dommage néanmoins. . . . lorsque l'homme est tel que ton ami

LoVEIiACE.

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