‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 21 sur 76 · HISTOIRE D'UN POETE SAXON · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UN POETE SAXON

• U V seigneur allemand racontoit qu'il avoit eu long* temps dans ses terres un ermite saxon , qui lui avoit demandé la permission d'y bâtii^ Une cabane au milieu d'un bois fort agréable, et qui s'étoit occupé pendant douze ou treize ans à composer dés vers dont tous les sujets étoient moiiis chrétiens que philosophiques. Il s'en trouva de si bons, que le

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seigiieur ne put se persuader qu'ils viossent d'uA hon^me aussi simple , et d'un air aussi commun qu« l'ermite le paroissoit. Il le pria d'en composer quelques-uns en sa présence. L'ayant obtenu après beaucoup d'instances , le seigneur allemand avoit ea tant d'étonaement de voir changer la physionoinie et la contenance du poète, à mesure qu'il s'échauffpit dans la compoâtion , qu'il l'ayoit cru véritablement iinspiré de quelque démon poétique. Il n'eut pas de peine y après cett^e expérience , à juger que c'étoit le ge^re de vie auquel il s'étpit réduit^ et sur-tout la mauvaise qualité de sa nourriture , qui avoient altéré sa figure naturelle, fl le força d'accepter des aliments plus convenables à l'occupation dont il paroissoit faire ses seules délices , et lui faisant porter matin et soir de quoi faire deux repas excellents , il s'aperçut bientôt d'un changement avantageux dans sa poéÂe, comme sur son visage. Sa curiosité augmentant pour connof tre ce qui l'avoit déterminé k prendre le parti de la solitude , il lui fit confesser y k force d'instances , qu'il étoitchanginede...*, c'est-à-dire, un des plus gros bénéficiers d'AUemagne. Il 9voi( joiii de son béné^ fice en homme qui s'occupoit pei» de l'avenir. Se voyant accablé de dettes , *et menacé d'une punilion rigoureuse pour quelques désordres qu'il ne l^oiifessoit pa^ si volQntji^rs , le désespoir l'avoîjt &it renoncer à son établissement. 0 avoit erré dans plu*

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sieurs cours, aussi long-temps que les débris de sa fortune avoient suffi pour son entretien, et se trouvant enfin sans ressource , il avoit pensé àse faire ermite. Au reste, il étoit entré si peu de dévotion dans son entreprise, qu'à-peine so^toit-i^ de son ermitage pour les devoirs communs de la religion. Il ne lui restoit plus de goût pour la débauche , puisqu'il avoit été capable de s'assujettir si long'-temps il un train de conduite qui ne lui laissoit rien à espé^ rer du côté du plaisir ; elles sujets même qu'il choi-^ «issoit poui* ses pièces , marquoient un homme re^ venu de toutes les foU6s passions qui avoient causé sa ruine. Le seigneur allemand le crut digne de sa protection et de son amitié, jl lui ofiHt de s^emr ployer pour le faire rétablir dans son bénéfi<^^ et l'ayant lait consentir à quitter sa solitude , il le traiti chez lui avec beaucoup ^6 caresses et de distinc-^ lions» Mais tandis qu'il faisâoit agir effectivement ses amis pour le réconcilier avec son évéque et son chapitre, la mon l'enleva presque subitepient. Toutes ses compositions sont restées entre les mains de son M^i&âteur , qui les conservoit précieusement, et qui se proposoit d'eçi donner les meilleures au public. La principale étgil un poëme sur les quatre figes de l'homme, qui, ^elpn hii, égaloit tout ce que nous avons de plus estimé dasis notre langue.

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