ARRIVE DANS UN BAIN
U NE jeUDe fille dé Londres , plus tendre qu'il ne Convenoit à son bonheur et à son repos, entrele^ noit quelques liaisons de cœur av^c un jeune homme dont les assiduités déplaisoient à ses parents. 'EHë reçut des ordres si absolus de ne le pas yoir ,' et sa mère' prit de si bonnes mesutës pour lé tenir continuellement sous ses- yeux , qu'elle fût coâtrâîntiB d'obéir en murmufaât. Elle ne &koit pbiht'uii psts qui ne fût observé» Lesbittetsmémes, cette foible consolation de l'amout* malheureux ^ forent interceptés avec une si cruelle estactitude , qiie de miHe qui lui'furent écrits, il n'en parvint pas un jusqu'à elle. L'ama^nt qui ne faisoit que s'enflammer par les difficultés 5 étoit sans cesse à chercher l'occasion de les lui faire tenir plus heureusement. Enfin , sa vigilance continuelle lui fit découvrir que la mère de sa maîtresse la menoit quelquefois au bain. H gagna aussitôt un des gai*des , et quoiqu'il eut formé sur -le --champ un projet plu^ étendtf, il se contenta d'abord , par ménagement pour la modestie de sa belle, de lui faire remettre un billet
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par le garde. C'étoient des plaintes de leur malheur commun, des vœux à l'amour, et des iïaprécations contre ]a fortune; mais après avoir déchargé son cœur , il lui proposoit doucement de souffrir qu'il la vit dans le bain , puisque c'étoit la seule espérance qui lui restoit , et qu'il ne pouvoit p^as^ vivre sans le plaisir de la voir. Ceux qui savent jusqu'oùlesAngloises portent là délicatesse sur tout ce quii^oneerne la pudeur ( on entend celles qui ne sont pas dans le désordre ; car, par un autre excès, l'impudence de ceUes-ci esi sans bornes ) , ceux qui connoissent donc un peu le génie de ces belles insulaires , s'imagineront sans doute qu'une proposition si hardie fut détestée. Elle ne le fut point. L'amour mit son bandeau sur tout cela. Mais on n'en fut pas moins tremblante le jour où l'on s'at-' tendit de voir paroître un homme dans un état s\ indécent. Le jeune Anglois n'avoit pas manqué de se disposer au rôle qu'il devoit jouer. Avec le secours du garde , il s'introduisit adroitement dans le bain, lorsqu'il fut assuré que sa maîtresse y étoit avec sa mère. Elle ne le reconnut point d'abord^ mais n'ayant pas tardé à le remettre , elle se trouva ^ agitée , que soit frayeur , ou modestie , elle tomba sans connoissance au fond du bain. L'amant, qui ne. conçut que trop la cause de cette chute , se hâta de courir à son secours sans aucun ménagement. Il fut reconnu par la mère, qui se mit à jeter des cris
affreux ea le voyant,' et loin de soufiTiir qn^I se-** courût sa fille, elle s'efforça de le repousser avec la dernière furie. Tingt ou trente femmes qui ëtoient ensemble dans le bain augmentèrent la confu^on^ en voulant savoir la cause du bruit. Elles Fappri-i rent; mais pendant que le jeune amant ëtoit aux mains avec la mère , que celle-ci crioît de toute sa force, que c'étoît un homme, qu'une partie des femmes opinoient à le déchirer avec leurs ongles y et que les autres, moins irritées, vouloient prendre sa défense, on oubfia la fiUe, qui étoit toujours au fond de l'eau ; et son évanouissement ayant contribué sans doute h iVffoiblir beaucoup , elle y fu^ étoufifêe en deux ou trois minutes. Enfin , quelques femmes la relevèrent , et s'aperçurent aussitôt de son malheur. L'amant s'approcha auçsi d'elle pour s'en assurer par ses yeux. Le dése^oir le saisit k cette vue. Il accusa la mère de barbarie. C'éioit à elle en effet qd'on devoît reprocher la mort de sa fille. Il résolut de se noyer, et de la noyer avec lui pour venger son amante. Rien ne put FenEipêcher de la saisir entre ses bras, et de se laisser tomber dans le" baip , dont la profondeur éioit iFenviroa quatre pieds. Il n'y eut point (Fefforts qui pussept lui arracher sa proie , ni le sauver lui-même. On se bâta de mettre le bain à sec par l'écoulement ordi-^ naire. Mais la lenteur avec laquelle l'eau se retira y ne rendit pas ce secours moins inutile.