‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 27 sur 76 · D'UN TESTAMENT · texte numérisé non relu

D'UN TESTAMENT

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i3ia Henri F...*, descendu, dit-on, d'une françoise, qui passa en Angleterre sous le règne d'Edouard lU , mourut à Welches en Susses , où il étoit né. Étant sans enfants, son titre et ses Uens passèrent à M.Chai4esEYersfieId,qu'iI aToit nommé son héritier umyersel , sans autre motif qu'une longue et tendre amitié. Avec le même désintéressement, il laissa cinq cents Kvres sterfings qui dévoient être em|doyées à la construction d'un monument dans l'éf^ise de ^Westminster , pour honorer la mémmre du duc d'Argyle. Ce seigneur étoit encore plan de vie, et sir Henri ne le connoissoit que par la renommée de ses vertus. Ainsi l'amitié et l'estime présidèrent seules à ce testament.

Mais l'admiration dueà deuxsentimentsnnobles, se souti^idra-t-elle, après ce que l'on va lire? Sir Henri avoit un frère qu'il avoit aimé long - t^nps avec une parfaite tendresse. Elle duroit encore, lorsqu'il conçut de la passion pour une jeune fille

ET ANECDOTES. "^ij

4e son Toisloage , qui résista peu à ses libéralités et à ses soins. II eut d'elle un fils, c'étoit le frait de famour. Il n'atoit point d'autre enfant de son épouse. Toutes sortes de raisons le portoient k l'aimet*. Cependant, par un caprice extraordinaire, il le .it naître avec le dernier <*agrin, et n'ayant point de meilleur ami que son frère, il lui fit confidence de sa peine. La réputation de sagesse où 9 étoit dans le monde, et sur-tout la crainte de dé-^ plaire à son épouse, avec laquc^ il avoit toujours vécu fort lionnétement, faisoient son plus grand fsmbarras. Heureusement l'aventure étoit «ncore secrète^: mais la mort de sa maîtresse^ qui suivit de fort près le temps de ses couches , et la difficulté d'enlever l'eo&nt qu'elle avoit secrètement chex elle , sdloient faire éclater le mysitère, parce que les ^ assiduités précédentes de sir Henri ne pourvoient manquer de le trabir. Ce fut daoïs cette extrémité que son frère s'offrit k le senvir avec toute ia générosité d'un véritable ami. H lui promit de se faire passer pour le père de l'enfant, et de prendre, ans yeax du pnfafic , cette galaoïeiie sur son compte» L'offre fin accotée ; et comme il se trouve peu dé. gens qui se chargent volontiers de la honte d'aù*^ trui, ceue supposition passa tont^-d'un-coup pouir une vërité odnstante.

Les anm de sir Henri, qui n'avoienl pas ignoré les soins qu'il rendoit depuis long-temps à sa mat*

tresse, ne laissèrent pas de faire leurs réflexicms sur un dénouement si peu attendu. L'ainé des deux frères avoit été l'amant. L'autre se trouvoit le père. Cïette intrigue étoit si contraire aux règles ordinaires, qu'elle leur attira des railleries d'autant plus libres, qu'on les croyoit innocentes. Sir Henri, toujours agité de sa première crainte, les expliqua tout autrement. Il crut remarquer dans son frère trop de mollesse à se défendre. Enfin , ses soupçons augmentèrent jusqu^à lui faire prendre le parti de ne le plus voir, et de rompre même avec lui fort brusquement , dans l'espérance de s'assurer autant contre lui que contre le public, parce qu'étant mal ensemble , il auroit. plus de facilité à faire regarder la vérité de son aventure comme une calomnie. Il paàsa près de vingt ans dans cette disposition , sans se laisser flédiir par les efibrts que l'autre fit continuellement pour se rétablir dans son amitié.

C^endant le jeune F...., ne croi^soit pas plus en âge qu'en perfection de corps et d'esprit. Son oncle lui tenoit lieu de père; mais n'étant pas assez riche pour élever beaucoup sa fortune, il lui inspirent du-moins des sentiments conformes à sa naissance. Il ne cessoit'pas même de lui faire espéra un bonheur ineonnu, qui ne pouvoit lui manquer tôt ou tard : car sir Henri étant s^ns enfants , son héritage djevoit tomber naturellement à son fi^re^ et celui-ci avoit perdu son épouse avec tous

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ET ÀîÏECDOTléS. 349

les frtiits de son tnariage. L'attente de Fonde et dû neveu fut entièrement trompée par le choin que sir Henri fit de M. Evërsfield , pour succéder à son titre et à la meilleure partie de ses richesses. L'oncle en conçut une douleur mortelle, qui le mit en peu de jours ati toxùbéaù. Il laissa à son ïieveu le peu de bien qti'il possédoit, et il lui découvrit, en expirant , toute l'histoire dé sa nai^nce.

Ce jeune homme se flatta encore de tirer quelque avantage d'un tel secret* Il employa tous les efforts de la tendresse et de l'industrie pour amollir le cœur d'un père qu'il n'avoit jamais offensé, et dont ses excellentes qualités le rendoient digne. II lui fit connoître à-la-fin tout ce qu'il avoit appris de son ondej mais cette ressource, à laquelle il n'eut recours qu'après avoir épuisé inutilement, toutes lés autres, acheva de ruiner toutes ses espérances. Il fut traité comme un imposteur. Sir Henri' l'accabla d'injures, et lui défendit de parottre devant ses yeux. Cependant, pour garder quelque espèce de bienséance à l'heure de sa mort , il le fit appeler, et le nommant son neveu, il lui fit présent de queitques terres d'un revenu médiocre, sous lé seul titre de bâtard de son frère.

Un endurcissement si opiniâtre contre les plus tendres sentiments de la nature, auroit peut-être rendu le témôi^age de l'onde et du neveu fort suspect. Mais outre l'homêteté de leurs principes;^ re-^

connue de tous ceux qui les a voient vus familièretuent, le ciel permit, pour leur justification, qu'on retrouvât toutes les liettres que sir Henri avoitécrites à sa inattresse pendant son commerce avec elle. Le sens en étoii trop dlair pour laisser le moindre doute sur la naissance de M. F;... Mai^ le titre et les richesses qui lui étoient dùspar Ford re de la nature, n'en passèrent pas moins entre les mains d'un étranger.

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