ARRIVÉ SN ECOSSE
On connott la fameuse muraille qui sëparoit autrefois l'An(^eterre de l'Ecosse, et dont il subnste encore diverses parues que le temps n'a pas même ahérées. La force du ciment et la dureté des pierres ottt persuadé aux habitants des lieux voisins, <^'dle n'a pas été bâtie sans le secours de la ma^e, et les plus superstitieux ont granjl soin à'en recudllir jusqu'aux moindres débris qu'ils mélimt dans les fondements de leurs maisons, pour leur communiquer la hiéme vertu. Un jardinier écossois, ouvrant la terre dans son jardin , qui avoit toujours été
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bien cultivé depuis plus de deux siècleis, trouva une pierre d'une grosseur considérable, sur laquelle oa lisoit en caractères du pays, qu'elle étoit là pour la sûreté des murailles du château et du jardin, el qu'elle y avoit été apportée de la grande muraille, dont elle avoit fait autrefois partie; mais qu'il seroit aussi dangereux de la remuer, qu'il y auroit d'avantage ^ la conserver toujours dans le même lieu. Le seigneur de la maison, moins crédule que ses ancêtres, résolut sur-le-champ de la faire trans* porler dans un autre endroit, où son dessein étoit de ^ tenir exposée à la vue, comme un ancien monument. On entreprit de la faire sortir de la terre à force de machines, et l'on en vint à bout comme d'une pierre ordinaire; Elle demeura sur le bord du trou, pendant que la curiosité y fit desceadre,'nonr seulement le jardinier et plusieurs domestiques, mais les deux fils du gentilhomme, qui s'amusèrent quelques moments à creuser encore le fond. La pierre fatale qu'on avoit négligé apparemment de placer dans un juste équilibre, prit ce temps pour retomber au fond du trou, et écrasa par conséquent tous ceux qui s*y trouvoient»
Ce n'étoit que le prélude d'une aventure encore plus louchante. L'épouse de l'ainé des deux frères, jeune et mariée nouvellement, apprit le malheur qui venoit d'arriver. Elle courut au jardin avec le transport d'une amante qui n'a flm rien à ménager;
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elky arriva dans le temps que les ouvriers s'empres-^ soient de lever la pierre, avec quelque espérance de trouver un reste de vie aux malheureux qu'elle couvroit. Ils l'a voient levée à-demi; et l'on s'aperçut en effet, à quelque mouvement, qu'ils réspiroient encore, lorsque la jeiine épouse perdant tout soin d'elle-même à cette vue, se jeta si rapidement sur le corps de son mari, que les ouvriers, saisis de son action, lâchèrent itialheureusement les machines qui soutenoient la pierre, et l'ensevelirent ainsi avec les autres.
Cet accident^, vrai jdsque dans lés tûdihdres circonstances, confirma plus que jamais la super-^ stition des Ecossois; car ils ne manquèrent pas de ftittribuer à la vengeance de quelque-pouvoir établi pour la conservation du mur d'Ecosse, et de toutes les pierres qui en sont détachées. Lès nouvellistes d'Angleterre tournèfent dans ce temps-là l'aventure en ridicule, par leui^ penchant naturel à relever toutes les simplicités de leurs voisins. Ha les . nommoient Blunders^ et prétendoient que cette sorte d'erreur est particulièrement propre à l'Ecosse. Mais il faudroit être exempt- du défaut' dont on accuse les autres, pour être en droit de leur en faire un reproche. Chaque nation n'a-t-elle pas ses chimères? Il y en a de communes à tous les hommes, et de particulières à chaque pays. Qi\e chacun se consulte; on trouvera ^ suivant I»
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pensée de La Mothe Le Vayer, que le plaisir que Pou prend au récit des contes les plus insensés, teb que les aventtoes de fées, de lutins, de chevalerie errante, de loups -garoux, etc., vient d'une espèce de doute, sd eDes sont fausses, et souvent du désir qu'elles fussent vraies»
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