‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 31 sur 76 · CAPRICE RARE · texte numérisé non relu

CAPRICE RARE

D'UN HOMitE D'ÉTUDE.

Al. Ravin«[gton , Anglok , homme d'esprît ei de savoir, avoit vécu çin^ante-dtefixk ans, dont if avoit employé plus de vingt - cin<]( h Fétude. Son assiduité au travail étoit si constante , qu'elle seikibloit promettre des fruits considérables. Sa déli^ catesse étoit si extraordinaire, qu'il ne laissoit riea passer sans critique, et plus sévère encore pour lui* liiéme que pour autrui , il se ménàgedtt si peu ^ qù^>n ne devoit rien attendre dé inédidcif'e et de négHgé de sa plume. A-Ia-vérité , cette figaéur de gbùt lui faisoit déôbirer fort souvent le sdir ce qù'îF avoit composé pendant le jotir. Mais les années: d'un homme d'étude étant plus longues que ceDesr du conunun des hommes , parce qu^ en tîet i profit tous les momaits ^ on nedoutoit pas que tôt

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ou tard le pnbKc ne recueilltt les (hiiu (Fane si longue application. Ses amis lui manjuoient quel— quefois cette espérance. D répondoit modestement. Enfin, sentant défaillir ses forces , peu de )Ours avant sa mort, il fit appeler ceux qui dévoient être les dépositaires de ses dernières volontés y et leur déclara l'ordre qu'il vouloit mettre dans son héritage. Comme il nCrparlçit {>oiDt de se^ papiers ni de ses livres, on lui demanda s'il en avoit'déjà disposé» Non , dit-il y maîs-diaqpe cbof» aiifa yoo tour. Deux jours se passèrent encore. Le troisième y qui &l celui de sa mort , il se fit apporter en présence des mêmes amis, trois manuscrits fort épais , qu'il prit ^ntr« ses maim^ et qu'il regarda quelque temps aivèc tendresse* A-Ia-fin , rompant le silice par un profond soupir : ^ Yoil^, dit-il, les meilleurs amia j> . que, fa je eus au monde, dchmoîns si le npm d'ami » convient à ce qui nous a tenu la compagnie la y^ plus fidèle , et à ce, qui nous a c^aqsé IfSi plus de D plaisir. J'ai trouvé de la douceur à les faire y do j^ . la dpuceur à les perfectionner et à les lire. J'en . y> trouye. encore k les voir. Il ne s'est pas passé un ]0 jour,, depuis .plps de vingt anj^i quis j.en'y ayo 9 changé ou ajouté quelque chpse. Je ne veux point if que ce c|ai m'a étési-c^ier, passe en d'autres mains 31 que les .miennes» Qu'on m'apporte du feu )>. .. Ses jamis, 'surplis d^ son dessein ^ balançoient à le satisfaire. Il leur témoigna fort amèren^ent; que.

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ce refos Tofiensoit : « Quoi, rq>rit-il, vous m'Aj> terez le droit de disposer de mon ouvrage ? Tous )) me refusez la seule consolation que je demande y> en mourant? Apprenez que si la justice m'oblige y> de laisser mon héritage à ceux qui me survivent, y> parce que je l^i reçu de ceux qui tn'ont précédé , )) elle me permet d'emporter ou de faire périr avec y> moi ce qui n'a de lien ni de relation avec pery> sonne , enfin ce qui ne doit son être et sa naisy> sance qu'à moi. J'en suis le maître absolu , comme )) le roi l'est de ma fortune, ^t le ciel de ma vie* y> Ma volonté s'exécutera, qu je la^;^ plainidrai.p^^ . y> qu'au dernier soupir de h^ violence qu'oK^jne y> fait y>. En prononçant ces paroles avec !(^e;|ucQup d'agitation , il serroit ses livres eptre ses bras, ^os ' vouloir permettre. qu'on en lût. même les titres^ et il protesta que rien n'étoit ce^pable de le faire chan*^ ger de i^Étjbtion. . La crainte d'avancer sa mort, qui ne psnmssoit guères élo^ée , l'emporta sur le r^ret qu'on avoit.de lui ob^ir. J^es trois xnanuscrits ^ furent consumés par les flammes, etM;B,ayîngthon mourut content quçjquesheures aprèsi ' .

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