‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 32 sur 76 · D'UN JEUNE GÉNOIS · texte numérisé non relu

D'UN JEUNE GÉNOIS

Un jeune Grénob quitta sa patrie poui^alleryisiter les principales «cilles d'Itafie. S'élant arrête d'àbbrd a liToume^ il y passa qndque temps à parcourir 1& tiBe 9 pour satisfaire sa curiosité. Rien ne le fiteîppa si sensiblement que la vue d'une infinité de Toreseajptifi, que les habitants prennent ou achètent sur îner , et qu^s eftiploientde toutes sortes de manières à leur service, qûôiqu'avec moins de rigueur qire lei Turcs n'en lisent avec leurs esé/Êh chré*

•e,ntau<

tiensXé (Jénois, touché de leur misère, fîtqnelqnes légers présents i ceur que le hazard lui fit rencon-^ trer, istlear donna d'autres marques de compdsnon. Peu de jours après , il fil attention qu'un de ces malheureux s'arrétoit vis-à-vis des fenêtres de sa chambre , comme s'il eût été accablé de fatigue, et que n'apercevant persoxme , il s'asseyoit à terre d'un air triste et languissant. D l'observa dans cette posture, et la bonté de son caractère le porta même à se cacher derrière son rideau , pour s'attendrir

|Jns long-temps par ce spectacle. . Le visage coa-« sterne du Turc , ses soupirs , quelques larmes qu'il' voy oit couler de ses yeux par intervalles , lui firent croire que son sort ëtoit plus triste que celui de ses pareils, on qu'il ëtoit né dans une condition qui le lui rendoit plus sensible. Par le même sentiment de pitië qui l'avoit saisi d'abord , il le fit appeler, et lut ayant offert une aumdùe , il lui demanda de qudUe manière il ëtoit totnbë dans l'esclavage. La réponse du maUietfreui Turc commençad'nn ton aAez tranquille ; mais Idrsqu'après avoir confessé en général qu'il étoit né qu^uè chose , et que c'étoit un mal* heur de fortune qui l'avoit fait tomber entre les mains des chrétiens , il fut pressé d'une manière tendre de s'expUquer davantage, son cœur s'ouvrit ]

avec vioknce , et fit passage à une infinité de san** g^ots. Un père à Peitrémité de sa vie , une épouse adorée , quatre aimables enfants , et une fortune des plus douces, qu'il avoit perdue avec sa liberté, tfousses malheurs èùfin se présentèrent à sa mémoire, ;

et le récit qu'il en fit au Génois, le toucha lui-^oiéme ^

jusqu'aux larmes. U avoit été pris dans un voyage qu'il &isoit vefsiqudque tle , pour aller rendre les derniers devoirs à son père expirant; et ses tnahres l'avoient vendu à un marchand de Livoume. ^

Le jeune Grénois ajouta quelques pièces d'ai^ent à sa première aumône ^ en lui sduhaitant une m^ leure fortune. Cependant étant deoneuré seul, sa

génërosiié 'naturelle le soUicita à faire quelque chose d^ plus pour, la consolation de cet étranger. B s'informa qUel prix Ton mettrât ordiBairement h la rëdemption des captifs; il crut le poayoir founnr, en retranchant quelque chose à' ses plaisirs, et sans perdre un moment, il s'employa avec tant desiie*. ces auprès du marchand , qu'il Obtint ce qu^ dësiroit pour la somme diC 0ent qiiaranlte ducats. D.se réserva la satisfaction! d'annotiçer lûi^tnéme' celte nottvellepau csaptif. Elle fîit reço^piitèo traiosport. Ge pauyre Turc lui bs^ mille foû^JlesptedS) en l'àppelant ^n Dieu et son Sauveur , ^ liii pirotesta que son premier soin, en revoyant |Ba>&mille, seroit de lui faire compter à Livoume , o.u à Géues , le dé* <mple de sa rançon. Non , lui dit le Génois ,' je vou» ai rendu service sans intérêt , et . jo m'en crob déjà trop bien payé*: mais si vbus.v.oascpo5rez.oMigé>ài quelque reconnoissance, )e vons' pvie der^Kercér dans votre patrie envers q^dques^uns de ces mal^ heureux chrétiens qui y gémissent dans .l'état d'oi» vous sortez. Tâchez d'en choisir ttn.q^i mérit^voim^ attention , et tfaîtez-le coitime tousMtphaiterîez dé me traiter moi-m^ême. Le Turc ^'y engagea ipar. mille s^ments, et quitta livoume e^ bénissant soù, bien£nteur. » • •

. D'aufressoimocqjapèréntle'voyageiQr^ois^pto* dant la suite de son vOyâge. U se rendît '^ V^ise ; aprèsrdifférentes cotp'ses. 3esin6linaMç9)8Etepdresry

lEt ANECDOTES. S65

telinrent plus long-temps qu'il n'avoit prévu. La nièce du correspondant de son père y chez lequel il étoit logé, le toucha si sensibleiâent, qu'il ^(brma le dessein de» Pépouser. Elle étoit fille d'un marchand maltois , qui étoit retourné dans son tle , après l'avoir amenée chez son frère à Venise. Le parti n'ayant rien que de fort avantageux pour lui , il écrivit à Gènes , d'où il reçut aussitôt le consentement de son père ; et de concert avec l'onde de sa maitresse, il résolut d'aller célébrer son mariage à Make. Ils s'embarquèrent tous trois dans les plus douces espérances. Un vent favorable les porta jusqu'à la vue de Malte. Us croy oient toucher au port , lorsqu'un corsaire turc qui cherchoit sa proie , fondit sur leur vaisseau , et le prit sans résistance. Ils furent conduitssur4e-champ à Smyrne, où leur sort devoit être d'entrer çlàns les chaînes des Turcs y et d'y mener une vie misérable dans l'esclavage. ' On ne tarda point k les produire dans le lieu où se fait la vente des esclaves, avec la triste parure de leur nouvelle condition. On imagine assez leur tristesse et leurs pleurs dans ces circonstances. Tout cela se suppose sans peine dans un riche marchand de Venise , dans un jeune homme passionné , et dans une fille de dix-huit ans qui n'aHoit pas mal-« gré elle à ses noces: Divers Turcs y divers habitants de Smyrne se présentèrent pour les acheter. La jeune fille fut enlevée la première. La consterna-

566 AVENTUREaf .

tion.de l'amani à cette funeste séparation, ne.peat s'exprimer. Perdre en peu de jours sa fortune , sa liberté et sa piaitresse, c'est resswiir toat-à-)a-fois trois coups, dont chacun peut passer tour-à-iour pour le plus cruel de tous les malheurs* Sil'onsup* pose que la dernière de ces trois pertes empêche un amant d'être sensible aux deux autres , c'est donner à son amour le dernier degré d'impétuosité, et par conséquent rendre encore plus terrible la donl^ir de s'en vpir arracher l'objet. Ajoutez que le Turc qui acheta la jeune Maltoise , étoit lui-même un jeune homme qui parut charmé d'elle au premier coup-d'ceil , et qui se retira comme en triomphe avec une si belle proie.

Le triste Génois s'abandonnoit donc au déses-< poir , lorsqu'il se vit marchander hii-même par un Turc , qui paroissoit contait de sa taille et de sa jeunesse. Ces infidèles ne ménaf^nt pas plus un esn claTC chrétien , que nous un abeval : de sorte que le jeime homme tenant la tête baissée dans l'àcca* blement de sa douleur , devoit s'attendre de se la voir hausser rudement , pour dohn^ la lib^té de considérer son visage. Cependant le Turc , qui ex»» minoit sa figure, se contenta de lui lever le menton avec beaucoup de douceur. Un seul ooup-d'œil lui fit reconnottre dans c^t esclave son libérateur de Livourne. C'étoit ce même Turc que le jeune Génois avoit délivré de ses chaîna quatre mois aapa*

£T ANECOOTJES. ^6^

ravanL L'étonnement lui coup» d'abord toute ex^ pression ; il n'en çroypit pa$ ses yeux; il leva vîn^ ioi» les mains au ciel pour attester son prophète^ et tout ce <{u'il avoit jamais révéré. Enfin , le oo^ut gros de. tendresse et de joie, dans un transport iiiexr prunable de reconnoissance , il se jeta y k la vu^ de tout le monde, auxpied^ de son bienfaiteur; il s!écna, en les embrassant : O le meilleur de tous le$ chrétiens ! ô le plus cher et le plus généreux de tous les hommes ! C'est donc à vous-même que le cie^ me met en état d'offrir mes biens , ma vie , et tout ce que j'ai de plus précieux ! Tout vous appartietib Tenez être ;aipn matfre àSmyme» Je suis à vous^ comme j'étois au marchand de Livourne*

Ces caresses touchantes, qui durèrent fort longtemps , causèrent uneétrangesurpriseà touslesautrep Turcs. Le bruit s'en répandit dans la ville. Quelque sensible que le Génois put être à une faveur si ine^ pérée de la fortune, ses premiers soin» ne tombée rept point sur luir-méme, nispir tout ce qui L'envi*ronnoit. Il .confessa au Turc, en deux n^ots, que sa rencontre étoit ce qui pouvoit lui arriver de plus heureux. Mais ce n'est point la liberté que je vow demande, c'est la vie. Je la perd$ , si vous ne trouT rez le moyen de me rendre ma mattress^ : un de vos jeunes Turcs me l'enlève ; je ne veux point de la vie , ni de la liberté sans elle. Le musulman ^ après s'être informé au maître dés esclaves de ce qui

56d AVENTURES

^éloit passe , se rapprocha plus satisfait encore qu'auparavant, 0 lui dit qu'il n'avoit plus rien à désirer au monde, puisqu'il pouvoit non-seulement lui rendre la liberté , mais le rejoindre sur-le^^hamp k ce qu'il aimoit. C'étoit son propre fils qui ayoit acheté la jeune fille maltoise pour le service de sa mère. Cet heureux achat étoit l'occasion dont le ciel ^étoit servi pour le conduire au marché, parce qu'en voyant arriver chez lui l'esclave chrétienne , il avoit demandé à son fils s'il restoit d'autres chré^ tiens k vendre , et que dans le dessein qu'il entretenoit d'en délivrer quelques-uns , suivant la pro^ messe qu'il avoit faite k Livourne, il s'étpit bâté do se rendre au marché des esclaves.

- Deur événements si extraordinaires furent admirés de tous les habitants de Smyrne, et les Turcs n'y parurent pas les moins sensibles. Il restoit à délivrer le marchand de Venise , qu'on n'eut pas de peine non plus k retrouver. Le bon esclave de Li- Tourne paya libéralement le prix qui fut demandé , et remplit tous les autres devoirs avec une ouverture de cœur et une générosité digne du christianisme. Les deux amants quittèrent l'Asie avec leur oncle , et tous ensemble allèrent goûter dans leur patrie un bonheur d'autant plùssenâUe, qu'il suivoit de rudes traverses.

E* ANECÎJOVïS. ^ 'SCig

Il ■■! I ' ■ ' ' ' '\' f ' "

D'-UNIE JEUNE IRLAiNDOISE.

JL/£Ft7is plùsdNinBièclet|ue les Abgloisont acheva de conquérir Flrlàiide , il parottrà incroyable ^il'd y reste encore des tf aces profondes d'idolâtrie , e^ que le zèle des vâinqneurs, q[ui s^té^t étendu jusqu'au nouveau m^nde , manqué, si' l'on ose parler'ainsi, d'ardeUr à-leur porte. N'est-ce pas fort mal entendre le précepte de la charité du prochain y qui seinblfe 'demander les^ premiers sokis pour les plus proches, •ou qui ne permetpaS dû^iïifoinà' qti^ils soient absolument négligés? Ceuï qui^dbùtîéf^iënt que le christia^ 'nîsmesoit e;iicore inconnii oti rejeté dans plusieurs cantons de l'Irlafide , ' outre - les éclaircissements qu'ils peuvent chercher Hi-^essus dans les histôrîenà de cette île^ n'ont qu'à lit^e* 'ehdofce' l'aventuré sûi-* *vante pour en êtf e cofrvàibttft: * ■ '*

La beauté est'^i GommUtié^^iitTm les femniëè'tflti^ lande, que pourVattirer uïve adâÉAratidn etti^di^diinaire, il faut '%^éà% i^efiMàblé^tftiât plùs'&ril&ntiÀ t]iedcriptk)û8 de nos rotnadS; JLeâ'batii^difitoés attii^

S70 AVBNTURXS

baent celle faveur de la nainre k la lemp^raUire de Pair, qui défend File, daus toutes lea saîsonSyde Texobs de la chaleur et du froid. Par des raisons moins faoles k 0xpli<|n«r ^ il arrive aussi fort sou* Teot que la campagne produit des beautés plus accomplies que les vHles; et Finpocmce.des sentiments étant d'ailleurs, dans toutes sortes de pap y le partage des lieux diampétres, on peut regarder une bdle paysanne d'Irlande, comme ce qu'il y a au monde de plus séduisant, par les diarmes natures de l'esprit et du corps» Il leur manque, à-la-véïiié, ile la pditesse ; mais û c'est une qualité que la nature ne donne prâit, elle met dans les femmes de tous les pays une û heureuse diq>psition k l'acqué* rir , que l'art et Tusage en font FaS^ire k peu de frais. Tput dépend du motif et de Foçcanion.

Qu'cm se figure donc à-présent une j^ine Irlan* doise, plus diarmante epEioore que oeUes dont on .vient de donner lldée; qée k la Campagne^ oi depuis long-temps* <m n'avait rien vu d^ si beau qu'elle; idolâtre,, quoique pl^ adorable elle-même que toutes aes idpkjs^ e(.aélée )iQ|^pi'i Fiepicàs pour les ancfîçnne^ snp^RMtti^iil d^ sa foniille. Elle vivoit fort tranquille dans u^ yillege qni éloit tombé en partage depuis tri^ou^qualre ws an jeune lord......

^per la aaort de «lad^rneb duchesse de Tirconnel. Ce aetgpeur aimoi^ pMnoonémeat les femmes., S lie s'étMt pM plntdt. TU mattre d'un canton d'Irr

■^PW**"«Ti^P'

Iwde assez étendu , que, suivant l'exémpie de ses pareils, U y avoit fait db^^ercher de qtioi Tftiifr 8e$ plaisirs. On }in avoit amené planeurs îniines viçr times^ qui ne. s'étoient pas fait presser loqg^teitips pour consentir au sacrifice de leur hopiji^ur; OMiis ceux qu'il 3 voit chargés de cette misérable Aqoimis^ âon, sollicitèrent vainement Anna Kitill; çWle nom de notre héroïne. Le portrait qu'ils ffiisoient d'elle, l'ayant enflammé jusqu'i le conduire en Irr lande, pour tenter lui*- même cette conquête, il

,1'avoit trouvée aussi belle qu'on la représent;oit, ifiai^ plus inflexible qu'il ne se l'étoit figuré* Ses pSrfBs.et ses caresses n'avoient pas fait plus d'impressipn suf eIleqUie^Onr%ng,quoiqu'U|i seigneur angloia trouve rarement.de la résistanceen Irlande avec de 4 fortes armestr

Ôa pasynpn;, qui n'étpit, densM^n oHgibe, qn^u» effet du libertinage, devint si sérieuse et si vioteiite^ qu'il, résdbt de se satî^f ire à toutes aorteàde prix* C'étoit Mff^ ancien ^sagô en IrJbinde , que pep^anjt l'assemblée du parlemcyi^t qui s^ ûent k Duhlib^ les femmes, dans le^ villes de .province, et c^éaae 4aiU^ les campagneS,formoient, à l'imitation des JboimMS^ une asç;»nblée de leur sexe, à laquelle etle§ dofi«^ i|oient aus» le nom de parlementa lies his^ir^dlt pays rapportent mille circonstances agréableti .d# cette institution , qui , sons préjtexte d^r ào^k^ moyen aux femnms 4e réfonner de concert le^al^

572 AVENTtTHES

cjui'së glisfeoient daûs lei usages dci letir seie, prodiiiâoient autrefois des fruits beaucoup plàs importants pour la société , en servant à Pumôù des fan^ill^dans chaque partie de Fétat , et par conséqûeni à la tranquillité publique. Aujourd'hui que. les ifilérêts dé religion' et de politique tjnt . divisé yusqu^ûl' moindres hàniéatixVén cabales eten fàcikoM, touties ces heureuses coutume^ OM 'dispara avec4e bonheur de ceux qui les obscrvoient. Cependant, Fôiàbres^en conservé ericôre'âu miKeuinêœe delà division , par le îsoiri que' les femnieà de chaque parti ont toujours eu de se tenir unies entre elles, et dé s'assembler aux termes ordînaires.'Mais comme elles fuyérit avec détéstation cielles '6m sont ; d'uii parti èjyposé, il arrive ainsi que ce *4uî sértoit de fondement à l'union, ne peut servir désormais tçà'àPperpétuer plus s&retïient la hanhe' et la dis-

eoi<de: • * : ' ' ■ " •.••-■''.

• ''-Cette longue remarqué n'étoît pas inutile à notre réoiti'M^^lofd..... fut informé que leè^idblâtres dé à}Xk déïtoèiiné étaient en grand nombi*è, et que leurs jSètiîmfes^ comme cèJlé^ des autres sectaires^ tenoient ^lls -Certains temps des assemblées ; qu'un: nouvel ti^à^iry<>it inti'oduites sôus Fancién nbiii de parletncfot. il tira assez de lurtiiérès de quelques femmes ^u'3 gagna par sesUbéi^aliïés, pour savoir fc[u'aù- Itfti ée jJènsèr & la réforitiatioti des usages, biles n« «tfikJfciEJ^oient ensemble que des pratiqués supersti-

ET ANECDOTES, 5j5

tiôusea delewrcJiglcm. L'idole; du canton ëtoît uqq statue informe et d'iMQ^e tai|Jlé gig^atesquç.y.qu'eUes adoroient arec diverse» cérépioiiie$. U forma là-^ dessus un dessein qui ne Içd réussit que trop beureu: . sèment; à l'aide de qudques ouyriera habiles, et . des fe^nmes^ qu'il avçiit gagnées , il fit creuser ^ disposer t^leittentïa statue, que par leiOïK^y^n de quelques ressorts, elle pouvoit s'ouvrir et contenir une personne ou deux dans son sein. Tout Iç. reste fut préparé avec le même artifice pour l'ëxécutioa de ses vues, qui consistoient à se renfermer h^méme dans le sein de la statue, à l'ouvrir loifsque Anna Kitifl s'approcheroit à son tour pour rendre ses adorations, à se saisir d'eUe^ avec quelques marques de puissance^ qui fussent capables d'ipr spirer aux autres du respect et de Fadmiratipiîjuiet de lui faire croire à elle-même qu'elle s'étoit rendue agfséable à ja divinité jus^'à lui inspirer de TaïQOMr. Cette entreprise, et la laciEté aw> laquelle elle fut exécutée , ne paroitront incroyables qu'à ceux qui ignorent la forpe de la superstition ,, surtout parmi des femmes simple et çrédul^ y 1lel|es que le^ paysannes d'Irlande.

Après que l'amant eut tiré tout le fruit qu'il s'étbit pio^ de son art^ce, il se flatta, mal-àrpropps, de posséder tranquillement ce qu'il ayoit .obtenu. lia jeune, fiBe y persuadée qu'elle étoit aimée de sçn idole, n'aviwt pas.trop disp»^ des faYejirs. qu'Ole

croyoU dues a une divinité. E^e se lafaèa oondoire, avec la tilême complaisance, au diÂteaa du seigneur angloîs ; et les précautiofns qu'il avoit prises pour aortir secrètemcat avec c91e de la statue, et pour lui déguiser les chemins et les lieux, Pempécbèrent peut-être, pendam quelques heures , de s'apercevoir qu'on la Irahissoit. On eut soiiji d'aider à Terreur, en la traitant avec une magnifioedce propre k l'ë^ Uottin Cependant, si éUe éloit simple, elle n'éloit pas stupide ; elle reconnût , a diverses marques , qu'elle n'étoît point dans la demeure des dieux , et aa défiance ne frisant qu'augmenter après cette pre-inière réflexion, ^e refusa le soir de se mettre au lit , où on l'assuroit que le dieu scia amant devoit la Te; oindre. Comme il avoit eu soin jùsqu^ors de lui cacher son visage, il crut qu'il étoit temps de se démasquer, et qu'après ce qu'eue lui avoit accordé dans la Statue, die passerait sur le reste, lorsqu'dl€| verroit son mdheur sans Iremède. Cette espérance lui coûta cber. 0 se démarqua ; nuos à-peine l'eùt^ eHe remis, que soit vertu, soit honte d'avOîi" été trompée, eHe se jeta sur lui avec le dernier trans<* port, et elle lui fit sentir en mâle endroits )e tran* chant de ses on^es. Son emportement ne diminua point par les efforts qu^on fit pour V^rêMr. Se Toyant retèaue par plusieurs personnes, et perdant jf espoir de se venger de.celui qui Favoit outragée, elle totuna sa fureur <^tk*é «Ue^méme. £Ue s'dP*

BT ANECDOTES. 37$

força siiQcesâvemeni de s'étrangler, de se casser la tête contre le mur, de s^étôuSPer en retenant son haleine; enfin, elle se porta i tant d'excès, que

mylord.* , elrayë de ce spectacle, et peutnâtre

du sort de mylord CasIediaTen t, prît le parti de' quitter sur -fe- champ l'Irlande, pour retourner promptement à Londres. Il laissa ordre k ses genst de réparer le désordre, à quelque prix que ce fôt , et ils vinrent à bout d'étouffer les plaintes à forcé de libéralités et de pensions.

Page 1