‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 36 sur 76 · D'UN ROI DE PERSE · texte numérisé non relu

D'UN ROI DE PERSE

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XJn des derniers rois de Perse devint si anioureux d'une Circassienne, nommée Alida, qu'en ayant fait sa maîtresse absolue, il s'engagea par serment à ne lui jamais rien refuser. Elle tka tous les avantages qu'elle put s'imaginer de la foiblesse de son amant; et chaque jour lui fit naître de^ occasions de satis«iaire son avarice , son ambition et tous ses caprices. Pendant l'exercice de son pouvoir, un marchand d'Europe qui lui avoit vendu quelques joyaux préâeux , et qui avoit besoin de sa protection à la cour, pour d'autres vues d'intérêt, lui fit présent d'un petit chien extrêmement joli, à qui Ton avoit ap* pris à danser et à faire cent tours extraordinaires. Alida devint aussi folle de cet animal que le soj^ l'étoit d'elle; tout son chagrin étoit qu'il ne pût lui

parler et répondre à toutes. les expressions tendres qu'elle lui adressoit en le caressant. Un de ses eunu* ques l-alfêura qu'elle pouvoit se procurer la satis&c* tiônqù'^eUedésiroit, et qu'un philosophe de la nation j nommé Hali y qui faisoit son séjour dans un faubourg d'Ispahan, étoit capable d'apprendre la langue persanneà un chien , aussi parfaitement qu'à une créatm*e htytnaine^ On appelle Hali ^ et sans examiner si l'éloge qu'on avoit fait de son savoir étoit vraisemblable, on luidonn^ ordre de commencer dès le lendemain ses leçons. En vain protesta-t-il qu'on vouloit l'engager dans une entreprise ridicule et impossible. La seule réponse qu'il obtint, fiit que tel étoit l'ordre du roi, et qu'il ne fàDôit point répliquer. On lui accorda trente jours, k Fexpîration desquels on lui fit envisager une grosse récompense , ou la mort si le ehien ne parloitpas. Hali prit l'ordre du roi pour un artifice de ses ennemis, et pour un. piège qu'on tendoit a sa vie. Il comnmnique soâ embarras à son fils aîné, jeune homme de vingt ans, qui joignoît à beaucoup d'esprit et d'excellentes qualités, des manières fort engageantes, et une douceur de caractère. qui répbndoit admirablement aux grâces extérieures de sa figiu<e. Mirza'( c'étoit son 'nom.) fondit en larnies en aj^renant le' danger >. de son. père^ mais revenant bientôt à lui, il l'assura qu'il trouveroit un moyen de lui faire éviter son malheur.

ET ANECDOTES- 58f)

n le pria de le présenter le lendemain au chef des eunuques, sous le nom de sa fille, et comme une Jeune personne qu'il avoit élevée avec tanirde soin dans la pratique de .son art , qu'eUe se chargeoit, au risque de sa propre vie, de satisfaire. aux volontés du roi* Hali re^rda son fils avec étonhe^ ment; et ne doutant point qu'il ne lui parlât, par l'inspiration du prophète ^ il ne fit pas difficulté de se rendre à ses désirs. Le jour suivant Mir^'a,.dé^ guisé en fille, fut conduit à l'eunuque, qui l'introduisit dans l'appartement d'Alida. 11 y soutint ^î adroitement son rôle , qu'avant la fin du mois au raconta dans le sérail que la^ fille du philosophe avoit appris au petit chien non -seulement ^à parler, mais à parler avec toute* la sagesse d'un homme , et à faire des réponses fort justes .à toutes sortes de questions. Le roi voulut s'assurer ; de jce prodige. 11 fit une visité <à sa maitiresse , qui ne balança- point à lui en éonfiraner la véritér.EHe lui présenta le chlen\ en ordonnant a ce petîfcaiïtmal dé donner des preuves; de son savoir ^ c?est-àdire de répondre avec respect à toutes les questions qu'il plairoitau roi de lui faire. : • / ; '

Le monarque s'assit sur ' un sofa , et prenant le petit chien sur. ses genoux , il lui fit cette question, après l'avoir caressé : Dis-^moi y Joli petit xmimai, quisuis-je ? Quelques mom^ents s'étant passés dans le silence, Alida demanda au roi s'il n'^toit pas

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charmé de la réponse qu'il venoit de recevoir de la petite créature, et s'il l'eut jamais pu croire, à-moins que de l'avoir entaidu. Le roi protesta qu'il n'avoiç pas eotendu une parole. Cette prqt^tation parut étonner beaucoup Alida; èjle r^arda fixement le roi , et elle lui demanda encore s'il n'avoit pas en*tendu le petit chiep qui vemoit de tenir mot pour mot ce discours à sa majesté : f^oua êtes le fila du. soleil^ le lieutenant dea prophètes, et le roi des rois* Vous êtes redouté par vos ennemis y {idoré par ifos si^ets , et passionnément aimé de ma belle, maîtresse.

XiC roi de Perse se leva avec diffi^rentes œarqueç^ de surprise et de confiision ; mais comme il persisrtoit k soutenir qu'il n'ayoit pas encore entendu parler le chien , AKda leva les mains vers le câel , et s'adressa ainsi à Mahomet : Toi, messager de Dieu, protège et défends le roi^ augmente sa gloire, prolonge sa vie y présente son entendement, et ouvre ses oreilles ! Si jamais , jamais ne permets qu^il se ressente des infirmités de la vieillesse. Ensuite , ordonnant au petit chien de parler un peu plus haut, elle conjura le roi de faire une seconde épreuve, qui réussit avec tm admirable succès; car il déclara aussitôt qu'il avoit entendu prononcer distinctement au petit animal les marnes paroles qu'Alida àvoit répétées.

Cette nouvelle répandit aussitôt la joie dans tout

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le serait. On ne s'entretint pendant quelques jours que da petit chien qui parlait. Sa réponse au i^oi fut écrite en lettres d'or , et conservée dans les archives de l'empire. La fitte prétendue de Hali fut congédiée avec une récompense magnifique, et son père se vit bientôt revêtu d'un des meilleurs emplois du royaume.

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