‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 39 sur 76 · AVENTURE UTILE · texte numérisé non relu

AVENTURE UTILE

Un gentilhomme, avancé en âge, et marié depuis quelques mois à une jeune femme dont la fidélité lui devint suspecte , s'étoit mis dans la tête de se faire séparer d'elle, et de la renfermer dans on couvent»

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Toutes les instances de ses parents , qui oraignoie^t cet éclat pour leur propre honneur , n'ayant pu le faire changer dé résolution^ il porta l'aSPaire au par^ lement de sa province. Il sollicita puissammeot/ et n'épargnant pas plus son bien que ses peines, il engagea sa meilleure terre pour fournir aux frais de^ procédur.es* La dame choisit pour son défenseur uu avocat célèbre , qui la servit avec beaucoup de zèle. Deux audiences n'ayant pas suffi pour terminer la cause, elle fut renvoyée après qudqués fêtes qui interrompirent les assemblées. Les deux parties se retirèrent ^ le gentilhomme dans son village , et la dame dans une maison dont elle jouissoit par son contrat de mariage. .

. Dans cel intervalle, un des neveux du mari lui rendit visite, pour savoir de lui les particularités de son procès, dont il n'étoit informé que par des bruits vagues; quoiqu'on l'eût assuré que l'avocat de la jeune dame l'a voit attaqué dejia manière du monde la plus outrageantie. Ils soupèrent. A table, on tomba peu sur cette matière , pour ne pas donner la .comé« die aux domestiques. Ce nçveu.est un homme qui s'est fait connoître par des marques éclatantes .de courage, qui sait parfaitement son Horace et son Ju vénal, et qui ne veut savoir de philosophie que ce qui est capable.de guérir l'esprit des erreurs communes.

Quand l'heure de se retirer fut venue , il fît quel-

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ques pas par boaoâteié, pour suivre son onde jus*^ qu'i sa chambre; mais le barbon qui voulut le traiter avec la politesse qu'on a pour ses hâtes, exigea abaolumeut qu'il se laissât conduire k la sienne. Là , s'étant assb pour un ntomenl, le bon homme qui ae trouva libre , se soulagea tout-dHm*coup , en s'éoriant avec un amipîr : Ah I mon trésor, mon trésor! G'étoit l'ouverture que son neveu attendoit; et lui demandant s'ilpouvoit parler librement sans lui déplaire 9 il Jkii tînt ce discours après s'être assuré qu'on l'ëcouteroit volontiers. C'est de lui-mémé qu'on a su toutes ces circonstances.

xMonsieur, vous n'ignorez pas le mot du mare-* chai de Bassompière, sur la dUBculté de garder ceripn trésor. Celui à qui nous avons FoUigation de

notre iy>blesse^ et qui ëtoit de la vénerie de >

prit pour ses armes un bois de cerf. ËUes ont été pour la plupart de ses descendants des armes parlantes. Mon père , qui étoit votre cadet , a fait un honteux diroroeaveosonépouse, dontilfautconfes-^ ser anasiqu'on ne saurait propoter la vie en exemple'. Son père, qui eltle vdtre, ne ftit guères plus heujBux dans ses amiwrs; ^ s'il falloit remonter plus haut , on trouv^inm bien des pasde-volants dans cette revue. Pour m qm me regarde en particulier , j'ai épousé, conmie vou$le savez, une fille unique, de qui j'ai eu trente mille écus , et elle peut en espérer autant d'une vieille tante qui a déjà marqué l'endroit

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àe 6a fosse. Cependant, ma femme , cpk ne perd ni messe ni yépres, a laissé, par imprudence, deui^ billets galants, que le hasard m'a &it rœicontrer dans son livre de prières , et comme eOe m'en a Sût un secret, je n'ai jamais eu la curiosité de m'eià éclaircir. Ma beUe-soe^ir , qui est aises fierc, ne lais» soit pas de s'apprivoiser avec rni C»...»., et moû frère , sans fiûre de bruit, a fait dona^ une oM^' dience k ce fiiux dévot, pour aHer cherdier d'autreé fortunes au-delà des Pyrénées , sans que hiî ni ma belle-sœur ayent pu découvrird'oii est venu ce âian^ gement.

Après l'éclat de queiquesHmes de nos aventures | je ne crois pas qu'on impute mes sentimenta à bas9 sessç d'ame , ni qu'on nous soupçoime de manquéic de ccsur. Mais nous ne oherdions point, moa frèr^ et moi, ce que nous seriofls fichés de trouver, el nous ne «ommes pas pcrmadéa que le plus grand bonheur d'un mari oonsisie loi^ours à éxxm devin* Nous allons droit k noiM rcpoa , et noire.mailme est qu'iln'y a paim depto«n«i«â.îMmiq«d'4tr* toujours sur le qui-^vive av^eo sa fiunme. : ' '

: Les r^nontrances où il ebtre de la jakum soot suspectes ; les défœses irritent l'écrit; et «ow n^** vons jamais pu concevoir qu'un man ptioa^ttar fut plus commode qu'un mari tyran* fia vis^ii? à la violence, c'est se déclarer brutal 9 et si l?W|iMà4

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le parti de se pourvoir en jnstice , on ne manqfje point de s'attirer lé mépris des juges , qui en usent bien mieux dans le même cas, et qui ne font point retentir les chambres desgalanteries dé leurs familles. En vérité, si la justice devoii connoître de tous les désordres de cette nature, les parlements, les présidiaux, les bailliages ne suffiroient pas à les régler j outre que les procédures coûtent beaucoup, et que les avocats et les procureurs s'enrichiroient trop vite à nois dépens.

. L'onde écoutoit âveoune attention qui marquoit assez qu'il n'étoit point insensible à ce discours. Cependant , toutes ses plaies se rouvrant tout-d'uncoup, il ne put s'empêcher d'interrompre son neveu* Je vous avoue frandi^ment , lui dit-il , que le dernier plaidoyer de l'avocat de mon infidèle m'a percé le coeur» U.n'a nullement teau à lui que je n'aye passé pourleplusfbuetleplosniëchantdetousleshommes. .Vous: snires encore que je ne fus pas plutôt sorti de la diambre , que j'entendis une voix confuse dé fibrâires et d'autces marchands qui sfadrêssoient à moi : Fbici, Jiohsteur , le Curieux impertinent y le Cocu imaginaire; Peigne&de corne. Il n'y eut •pas jusqu'à un misérable geirçon de boutique qui me sunit sur les bas degrés de la grande cour , et qui , par une froide allusion, jouoit à mes côtés de la oomtmuae. lÀ , tous les marchands serécrièrent ,

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comme de concert : Peignes de come^ et j'essuyai toutes les orduresi, c'est-à-dire , toutes les mauvaises plaisanteries des halles.

. Vous avez souffert toutes ces avanies, reprit le neveu, sans en témoigner le moindre chagrin? Hé quoi ! répondit le vieillard j voudriez-vous que je me fusse commis avec tout un peuple? Quelqù'envie que j^eusse d'en tirer vengeance , j'ai modéré mon ressentiment, qu'il auroit éré dangereux de faire éclater. La colère est quelquefois sage et retenue. Ah! Monsieur, s'écria le neveu, vous avez souffert, avec une patience véritaUement forôée, la raillerie de ces libraires et de ces marchands , et vous implorez, par votre aident et par vos amis, le secours des juges pour l'autoriser ? Vous avez eu la sagesse d'épargner des geos de rien , et votis réservez votre colère et votre vengeance contre la mcdlleure partie de voufr-méme? Vous vous êtes cherché dans son cœjur sans vous y trouver? Hé! permettez-moi de dire , y pouvez-vous être ayec vos reproches et vos menaces? Par vos soupçons, vous lui avez inspira le crime dont elle croitpouvoir se défendre, et vous ne laissez pas de l'en punir ? Vous lui avez ôté jusqu'à l'honneur, et vous ne craignez pas d'en porter la. honte? Vous en voulez à sa liberté, qu'elle tient du ciel , et il ne reste pour votre dernière satisfaction qu'à presser sa mort, et à lui refuser une sépulture? Le jour les trouva dans cet entretien. Après quan-

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tité d'autres eombals , il fut arrêté que le neveu mon-* ferait sur-Ie»champ eo carrosse, pour aller rendre visite à la belle, qu'il ne trquva pas fort disposée à prendrez le parti qu'il hii c^roit. Il lui coaseilla ^ comme le meilleur de ses- amis, de prévoir les suites de ce refus. Il lui protesta que le repentir de soi^ onde çtoit sincère ; que^ la réconciliation^ ne seroif; suivie ni d'éck^rçis^ements, i|ide r^rodies, et il lui fit con^endre que de cette manière elle se trou-r v^rqit miei^x justifiée qM^par unesentepçe des.)uges^ Conup(i^^ Içr couvât \iÀ &ifioit peuir, qp^e le g^in de j^Q procès étoit douteui^ , «pi'dle esiinaK)M infiniment son médiati^r^ €^e iifiplora ^ pyoteolioq, en lui pr^w^ett^nt ^s^^t sw 92| parole QÙ ft ki^plaifcik, de la conduira {4)^ bi^bofi n's^v^. p^s ipMqué d^allei; li^M^deif%i^, 4 tQ^ hi9ili4* Ih se rœconU^èreiit en çb^i^){ ^mr: arrivi^ fiit une fike peur les domesr^ ^ues et pQ^ 1^ vilkg^

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