SANS EXEMPLE
Une éame irlandoise., forcée par diverses raison» d'abaDdonner sa patrie avec une nombreuse faolillQ, s'étoit reiirëe i Sunt-GeriDain , ou elle espëroit trouver un asile sous la protection du roi Jacquea. Ce prince la reçut avee iionté; mais ses propres besoins ne lui permettant pas de soulager ceux d'une multitude d'illustres fugiû& qui venoient grossir continuellement sa cour, il ne put satis&ire l'indir nation qui le portoit à lui &ire un bonnâte établissèment. Ce qu'dle avoit sauvéi de l'héritage de ses pères n'éKHt pas sui&ant pour la nourriture et l'ér ducatton de quatre 61s, dont le ptus lige étoit audessous de dix ans, CUe n'envimgeoit qu'un triste avenir, lorsqu'une dame veuve ^t sans en&nts, qui faisoit sa demeure à quelque disiaoee de Paris , lui fit toucher ujie somme considérslile, ei se cbai^ea de réducatioo du plus {euaedê ses fils. Cet enfiuit étoit aimabfe. U devint bîentât si cher i sa qu'elle prît la résolution de l'adopter \ £Ue communiqua son desseîa à sa mère
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rien déplus favorable à espérer; et sa tendresse croîçsant pour lui tous les jour^, elle continua de rélever dans cette Tue. ' • '
Cependant, le succès d'une entreprise, dont je laisse le détail aux historiens du roi Jacques , rdieva le courage de quantité de fidèles Irlandois, jusqu'à les faire retourner dans leilr patrie, avec des espé^ raoces qui furent soutenues assez long-temps paj- 'de nouveaux avantages. On ne se promettoit pas moins que de détacher ^Irlande entière du parti du roi Guillaume, et d'y rétablir les Stuarts avec l'ancienne religion. Madame A. . . . proéta habilement •de cette conjoncture pour répâper Je désordre de 'se$ af&ires; et r/ayant rien à regretter én^ France, 'die se hàtâ'de regagner sa patrie, où lamine du projet des catholiques ne Pempécha point de me* ner dans la «mite :tAie vie ibrt tranquille.
• Son fikdemeora aprèàdle dans leA mains qui lui avoient oflfert un asile. Les premières.thices de Yen" fanée n'étant poô^tdiffioiles à effacer, il oublia bien-'
'tôt^u'il é^it né en Irlaiide. Le soin qu'eut sa mère d'adoption de le 'mettre de bonne heure dans un collégedeParis, acheva de fa^ faire perdre le sonavenir dé son ori^ne. Il y ût son cours d'études, sous »le nom de la famille où il étôi[t» entité; et rien n'étant ëpai^é'pour son entretisen, il continua les
• autres exercices<dé son'âge iaveo toute 3a distino- Vion d'un jeune homaiê*xlesiiné & une fei*tunecon*
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-^iâérable, et sans conserver la moindre défiance du changement qui étoit arrivé dans son sort. B prenoit sa bienfaitrice pour sa mère. Elle s'étoit accoutumée elle-même à le regarder DOttime son fils; et le voyant répondre à ses espérances, par le fruit <}a'il evoit tiré de son éducation , elle étoit résolue de faire durer toujours une erreur si bhère.
Elle Favoit déjà mis dans les mousquetaires', lorsqu'un de ses frères fut envoyé en France par leuf mère commune, pour chercher de l'occupation à la cour du roi Jacques. Son premier soin ayant été de se présenter à la dame qui avoit' rendu de si gé*néreux services à sa famille, il apprit décile ce qu'elle ne pouvoit lui cacher ; que son frère vivoit, et^u'il s'étoit rendu dignede Faffection qu'elle avoit conçue pour lui. Mais ne lui dissimulant point le caprice de son cœur, elle ajouta qu'elle s'étoit efforcée jusqufalors de lui cacher la vérité de sa naissance, et qu0 son dessein étoit de le tenir pendant 'toute sa vie dans cette erreur; qu'à ce prix elle étoit toujours résolue, non-seulement de lui servir de âlère, mais de lui assurer quelque jour la succession de tout son bien; qu'il portoit déjà son nom et ses armes; enfin, qu'il se croyoit lui-même destiné par la nature à son héritage, et que la force de l'habitude lui avoit fait prendre pour elle tous les sentiments d'uii fils tendre et respectueux; qu'elle trouvoit tant de douceur dans cette illusion , que le plus grand mat
hëur qu'elle eût à craiiidre étoit de la voir finir; qu'elle ne répcneidoit pM même de la durée de ses anotennes disposidon», si, en détaron^ant son cfaec Si»y, on lui donnoîl lien de se refroidir dans les sen-* limeQtfi qu'il avoit fKwr die , ou peui^^tre d'en cbaiHSer la nature; qu'il étoit par conséquent d'une importance égide ^ pour l'un et pour l'antre, qu'oa le laissât dan» l'iguorance où elle l'avoit élevé ; que •oit; faveur, ou justice, elle demandoit qu'on eut cette complaisance pour elle, du-mcâns puqu'à sa mof^^ En un mot, dit«^e à l'étranger, vous êtes la laaitre du sort de votre frère. La vérité t^ Fhomiemr ne Ai'ont pas permis devons d^;uiser ce que je sou« biâterois que tonte la terre ignorât comme lui ( mais vous le p^dea, â, en lui oonunnniquant les loaûères que voua venea de recevoir, vous me rv* viâsea quelque chose.du plaisir qi» je me suis fait )usqu'à-préaent de les lui refuser. Pensea-y bien, reprivdie encore, car je me sens li*dessns des dé* lîoaieases qui ne me permettront jamais de m'en lapportierauit apparences, ni de me bosser tromper padT ds^ seMmeota ccnir e&ito .
: Qiielqiie bbarreria çpTû j eût dans touteir^iDes idie^ k genâUiomme irlandois se crot oblige ds lui répoodve qu'eUe ne demandoit rien qu'die n'cât dràît d'eadgcr ; el ae réduisant au désir de voir son ^m^y il pcotaau que tout ce qu'il venoit d'enten-* 4m dnmeureroit aussi long-temps secret qu'^b la
ET AKBCBpTËS. ^1%
)Ugeroit à propos. EUe ne fit pas (jUffioiilté , après cette promesse, délai appreo||M^<|u'il: étoit mous^ quetaire, .et qu'il pouvoit le toir à Paris. En effet, quand la tendresse du sang n'auroit pas su$ pour l'empêcher, de nuire à la fortune de soii, frère, il y étoit lui-même si intéressé par .les avantages qu'il pouvoit en espérer , que C!9tte seule raison devoit l'engager au silence,. II partit dans la disposition de le garder, et loin de se défier de sa propre^ dîaorér tion , il se faisoit d'avance un plaisir du rôle singur lier qu'il alloit soutenir. Son in^tience ne lui per^ mit pas de remettre bien loin la satisfacûon qu'il 9voit désirée. Il se la procm-aipr^squ'en arrivant, et le hazard le servit si bien, qufau-^lieu du seul pl^i*^ sir de la vue, qu'il s'étoit proposéi, il ei^t, dès le prender jour, oelui de souper avec son frère, par l'entremise d'un officier irlaadpis^ qw avoît quelr ques liaisons k l'hôtel des mousqurei^ii^es.
Si ce fut d'abord la curiosité qtii lui .fît parcourir 9i.videment toi^te sa figure, il sentit bienti^t que la force de la nature le rammoit à .c^tte occupa^on malgré lui. Pendwt %q\xVà h Sjoiréo, il ne put dé^ tourner un n^iainent les y§u^ ét^m visage, dont daa^ que trait réveillpit aii fond de ae^u cceur quelque sentiment teiidN* I^'ua mvre cô%a, le même pou*^ voir agissoit secpètejQOieni sur son irère. Cdui-ci ne prit d^abord les mQUV^QP^enM qui Tagîtoient, que pour une espèce d'embarras qu'il altrîbioit à
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Fatteation continuelle avec laquelle il se voyoit observé; mais les sentant croître avec un intérêt dont il ne pouvoit se rendre raison à lui-même^ il les regarda à-la-fin comme un de ces penchants sympathiques qui préviennent quelquefois le cœur sans qu'il en puisse démêler la cause, et qui le dispose à aimer ce qu'il ne connoit pasJ
Ils se quittèrent tous les deux avec une pressante envie de se revoir. "Le mousquetaire , d'autant plus ardent qu'il croyoit n'avoir aucune mesure à garder , pria dès le lendemain l'officier irlandois qui lui avoit procuré cette nouvelle connoissance, de ménager entre eux ime liaison plus étroite. Ils continuèrent ainsi de se Voir, et leur goût ne faisant qu'augmenter mutuellement l'un pour l'autre, ils devinrent pre^u'inséparables. On raisonna beaucoup sur une amitié qui ressenfïblôit si fort à la passion. Dans un temps où ces affections de tendresse ^ de familiarité n'étoient pas toujours innocentes , il se trouva quelque mauvais plaisanjt qui donna un tour odieux à leur liaison. Td fut du-moiïisle préieiitequi «efvit à oduiqui étoit chargé du secret , •prar se jusdlSer de Favôir rompu. Il ne devoit pas s'imaginer d'ailleurs que son indiscrétion pût devenir si funeste à. son frère; ceux qui l'accusent d'a- .voir manqué dé force pour se taire^ ne lui font pas xm crime de s'être laissé vaincre par celle des sentijnents naturels.
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Un jour que le mousquetaire lui parloit avec étonaement de rincUnatiou qui lui faisbit souhaiter de le voir, et qui le portoit à Faiàier, il ue put s'empêcher de liii en découvrir la cause , et de l'embrasser avec tendresse, en faisant succéder lé nom de frère à celui d'ami. ^Cependant il y ajouta aussitôt toutes les raisons qui dévoient les obliger l'un et l'autre à bien user de cette confidence ; et ne lui cachant point l'entreden qu'il avoit eu avec celle qu'il prenoit pour sa mère , il lui fit craindre qu'eUe ne fût capable effectivement de renoncer à c/e titre , si elle s'apercevoit qu'il cessât de le lui donner tivec le même air de persuasion et les mêmes apparences de tendresse. Quelque trouble que cette déclara^ tion eût jeté dans le cœur du mousquetaire ^ il promit de se renfermer dans les bornes qu'il lui im* posoit , et ils convinrent ensemble de la conduite qu'il dévoient tenir. Du respect et de l'attachement pour une dame aimable et généreuse ne pouvoient parottre un devoir bien pénible. Aussi fit-on sei^ ment de ne s'en écarter jamais ; et les marques qu'elle pouvoit en attendre, ne dévoient pas causer plus de peine à un jeune homme bien élevé, quin'avoit besoin d'aucun effort pour suivre les niouvements de * sa politesse et de sa reconnoisisance.
Mais le danger étoit d'un autre côté. L'idée d- une mère qu'il n'avpit jamais vue, et qui lui revçenoit sans cesse à l'esprit, soUs miUe formes capables de
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FatteiMlnry troubla bientôt là traaquîlfilé de 6on cœur. lie désir de là voir devint un tourment qu'il ne put supporter. Il en fit Fouverture k son frère , qui lui représenta vivement ses propres craintes, et qui Fexhôrtai prendre plus d'empire imr ses sentiments. Ce conseil ne fut pas écouté. La ^ene même de ses espérances ne lui parut pas un mal qui dût l'arrêter. Mais il ne put se persuader d'ailleurs qu'une dame k qui il ne snpposoit point d'autre motif que sa générosité, dans tout ce qu'elle a voit fait pour lui, s'offensât jamais de le voir céder à des sentiments aussf justes que ceux deJa nature, lorsqu'il lui protesteroit snr-tout qu'ik n'akéroieni point ceux qu'elle avoit droit d'exiger. £n vain son frère fit mille efforts pour lui êter cette pensée. D partit dans le dessein d'ouvrir son cosur à sa bienfaitrice^ et de lui demander la permiséon d'entreprendre le voyage d'Irlande.
Il frit reçu d'elle avec les marques ordinaires de son aiectioii. Elle ne se défioit de rien , et sa passion pour ce dier fikétoit au comMe. Cependant, à pebe en eiSM eiii41 commencé à s'expliquer, qu'elle comprit ce qui Famenoil. Un dépit mortel éteignit à l'heure même tous ses ^mpê$ sentimenu. Oo vous a perdu lui dît*-eOe en Interrompant; je cesse d'être voire mère, ptôsque tous n'ignores phis de qui vous êtes êk. Retournes à ceux qui vous ont rendu eebcm oS<^ , et ne vo» présenta plus devant moi«
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La noirejalousie qui laposaédoitla£t rentrer aussir lot dans ua cabioet^ qù elle s'enferma seule ^ sans vouloir un moment prêter l'oreille aux plaintes et aux supplications du jeune homme. II comprit enfin que ses raisonnements l'avoient trompé; mais le malheur qu'il comme;|içoit à craindre^ le touchant beaucoup moins que ce qu'il croyoit devoir à la na-* ture, il résolut de renoncer plutôt à sa fortune qu'aux obligations d'un fils bien né, qui ne* doit rien avoir de si cher que ceux dont il tient la naissance* Cette résolution ne l'empêcha pas de renouvder ses efforts, pour attendrii* un cœur dont il mettoit l'afr fection au premier rang, après celle de sa mère. Il étoit aiiué des domestiques, qui étoient accoutumés à le traiter comme leur maître. Il vint à bout par leurs secours de ^'introduire dans l'appartement de la dame, malgré la rigueur avec laquelle elle ayoit défendu qu'on lui permit d'en approclier. Elle vou-' lût fuir, mais il la retint. Cette scène, une des plus singulières que Ja œndressè et k jalousie ayent ja-'^ mais prodmli^s^ ftboutit a une espèce de opmposi-* tion entre les deox pauses. Ïa dame promit de ren« dre son amiài et id'o«Jjiier oe qmi l'ayqk offeBsée, à eon<£tion <pi'on s'eogaqgeât, «naiiong'-tenipsqu'^lle seroit au motidie , à ne pas &ire le vo jage d'Irlande, et à ne jamais donnerleiiom d» atère^en sa présence it cette dame irlandoise, qu'oile regardoit cMsme sa rivale. De son côté , le mousquetaire 4iMUia s»
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parole, inais da&s les terknes les plus vaguer qu'il put employer, d'obéir sans réserve à celle qu'il vouloit aimer toute sa vie comme tine knère, et de ne jamais rien entreprendre qui fût capable de la chagriner. Son espérance étoit de se sauver à là faveur de cette équivoque , et de trouver quelqu'occasion d'aller secrètement en Irlande.
La paix étant rétablie par cet heureux traité , il laissa passer quelques mois, pendant lesquek il prit des mesures si justes, que s^étant dérobé de Paris avec un congé de la cour, il fut absent plus de trois semaines sans qu'on eût le moindre soupçon de son départ. Enfin la fortune, qui ne le destinoit pas à l'héritage qu'un peu plus de modération pouvoit lui assurer, voulut que sa bien&itrice tombât pendant son absence dans une maladie dangereuse, et que se croyant à la fin de sa vie, elle souhaitât ardemment de le voir. On lui écrivit, on le chercha inutilement, et l'xm découvrir enfin , par le témoignage des officiers de son corps, qu'il étoit passé en Irlande. Cette nouvelle, qui fut rapportée avec trop peu de *mé* nagement, fit tant d'impression sur une personne mourante , qu'elle n'y résista point. Toutes ses fureurs s'étant rallumées, elle expira peu 'de jours après, dans les plus améres sentiments d'une dou^ leur qu'elle croyoit juste , et sans laisser la moindre partie de son bien i l'ingrat dont elle se croyoit méprisée.
ET ANEÇ3>9T£S. 4tlf
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