AVENTURE SINGULIERE
\J^ avoh fait à Londres peu d'attention a tine lettre insérée dans certaine feuille périodique, nonrmée the Auditor, "p^lvc^ qu\)n y est accoutumé à regarder ces sortes de pièces comme'un jeu de l'imaginaÛQ^ de l'auteur. Mais cette lettre, quin'étoit point feinte , ayaiit'eu des effets réels ., on ?a d'abord la rapporter ici :
« MpNSIEUR Ii'AUTHT^UR^
» Je sei]#Iè besoin que fài du Ai&riage^ JTai deux )» aniJMits qui pensQ^U'sérieusenïent à m^pouser^ » «nais quoique j« sdis yésdlue d'to accepter un , y> le choix m'-est^xtrémement difficile. Déterminezy> moi , s'il tous platt , par vos conseils. Le pre- 3> mier est un honune. bien Jsiit , d'une humeur y> douce et polie , mais sérieuse. Il ne m'entretient » que de choses graves et solides, et il prend plai- » sir, dit-il, à m'entendre raisonner. Il me pftrie 3» souvent des charmes d'une vie retirée dans la » solitude d'une belle campagne , avec kt compa-
• VË
9 gaie d'^n ami II m'averiit nalur^Ilement d^ me» 3i> défauts. Il tâche de m'impirer du goût poui! 1» y> lecture. Il me presse à tous mon^ents de le pr^urr D dre pour époux , et m'assijr^ jqw0 je le reudfBiJbfeu-^ y> reux. Sa figure , comme je vous rai âit^ est fort D agréable, taah il $e met toujours, fori; siaîple*- » ment. H hait les bàls etll^graadcA aisaemblées^ D quoiqu'il danse et qu'il cbajite avefc beauooup>de y> grâce , saûs ^e faire presser pour oda , lorsqu'il y> est avec ses i^mis. Il n'^t poiii.t avare, inala on » ue le verra jamais dépenser deilx guînées , Icu^ » qu'une seule suffit. Enfin, sans être d'unegaieté'exfp » trordinaire, sa contenance est toujours riante et y> tranquille , excepté lorsqu'il paroit craindre que j> je ne lui préfère son rival , car il s'aflKge alors si » sincèrement , que j'en suis touchée ; et il meproy> teste que si je lui reflise ma main , il ne tihèr^ y> chera jamais d'autre épouse.
» L'autre est d'un caractère tout différent. Ima- D ginez-vous le plus joli homme du monde , la plus 7> belle taille, le plus beau port, le visage et les » yeux charmants. II n'ignore rien ; poésieë, chan- '» sons , nouvelles , aventures de viUe.^ Il raobàte 3) si agréablement, qu'on ne se laisse point dePen^ D t^adre. On n'a jamais eu tant ée passion qaè loi jn pour la danae. Aussi dansé-t-il comme un angé*^ » Tout ceqn^ &it a de la grâce. Il est magnifiqo» % en habits^ et il dépense son argent ayec une fa-^
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j> ciKté et tine noblesse admirable. Cest la crëatnre 3> là plus vive que j*aye yne ; îl ne «auroit être dan» 31 la même place pendant deux minutes ; i} étouffe 30 de rire pour la moindre chose. Cependant il y> m'aime avec tant de passion , qu'il est sans cesse a » m'àdmirer , et quHI ne se lasse point de parler y^ de mes bonnes qualités. Il m'a juré mille fois j^ <!pe s'il n'obtient pas mon coeur et ma main , il > se tuera de désespoir ; et daoïsle fond , il me dit y cela d'un air qui mé le fait értn^âve. Je serois » ilcbée^l'étre là cause.... Mais je vous demande^ » Monsieur y votre <^inion , et je suis y
» Votre très-bumble , etc. »
P. S. <c J'oubKois de voua dire que j'ai naturel-* y> leqaent l'humeur gaie ; que j'aime la danse et la 7> musique à la folie , que je n'ai point de goût 3) pour la campagne } enfin y que j'aurois peine à 7> vivre sans aller au bal et aux spectacles )>.
L'auditeur, en insérant cette lettre dans sa feuille^ y joignit une courte réponse, suivant sa coutume: Le sens étoit que la demoisdle n'avok besoin, pour se déterminer , que de relire die- même sa lettre» Qudie que fut son intention en lui donnant ce conseil y elle s'apUqua apparenunent de la ma* nière la plus favorable à ses désirs. Le petit-mattre'
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fut prëférë peu de jours après à l'amant sage ; le inariage se conelut , et dans les premiers moments, madame de. . . . découvrit à son époux , non-seulement que c'étoit elle qui avoit écrit à Fauditeur la lettre que tout le monde avoit lue dans sa feuille , mais qu'elle n'aroit point eu d'autre motif que sa réponse pour sedéterminer. Celteindiscrétion lui coûta cher. L'époux , rassasié dans moins d'une semaine , prit occasion de cette confidence pouk* la traiter d'abord avec-beaucoup de froideur. Il prétendit se justifier aux yeux de ceux qui s'en, aperçurent, en leur racontant de quelle manière son mariage s'étoit fait, n avoit été trompé; il croyoit épouser une femme dont il étoit aimé ; c'étoit un malheur, di-^ soit-il, dont rien ne le pouvoit consoler. D ne laissa pas de chercher sa^ consolation dans le redoublement de sa dépense, et sur-tout dans la compagnie de quelques femmes qui aidèrent à le dégoûter de son épouse plus que jamais. La haine suivit de près l'indifférence. Il affecta de ne la plus voir ^ et irrité à-la-fin de quelques reproches qu'elle lui fit avec un peu d'amertume , il la força de quitter Londres, pour aUêr vivre dans une campagne fort solitaire; . Elle sentit alors toute son infortune , mais sans y pouvoir trouver de remèdes. Le souvenir de Pâmant qu'dle avoit rejeté, ne fit qu'augmenter son désespoir. QudUe différence entre la soKtude où elle étoit réduite, et céUe dont il lui avoit tracé une si*
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douce image ! Ce fut à lui néaomoins qu'elle qa% recours pour adoucir l'horreur desa cocidition. Eïl^ connoissoit l'honnêteté de son caractère; elle se craf permis de l'appeler quelquefois chez ^e , sm* le pied du-moins d'un ami. Il y alla , sans &iretrop valoir sa complaisance. Dans le famà y il l'aimôit toujours avec la même tendresse ; âwis tous ceux qui le connoissoi^t étoient per^ii^djéa de l'iono--^ cence de ses \isites, et qu'il n'avoit ,poîi;it d'autres vues que de la consoler par son entretien. Il y a même assez d'apparence que ce fut sa droiture qui lui fit négliger toutes sortes de précautions. D en prit si peu , que le ipari fut informé dé ses assiduités. Il les interprêta mal ; et plus sensible à l'honneur qu'il ne l'avôit été à la justice 9 il se rendit à la campagne de son épouse, au moment qu'on l'attendoit le moins. Il y trouva son ancien rival : on ne dit point dans quel état; mais sa rage augmentant avec ses soupçons , il fpndit sur lui Vépé^ i.la main , sans aucune mesure. L'snitre qui étoit bravé , conserva assez de présence d'esprit pour se défendra. Il p^rça l^infidèle époux d'un coup d'épée qiû lui ota la vie.
II faUut.sè. cacher queli|ae temps p^r bienséance; mais^ fet. accidcsnt u'ayaot e\). be^oiii ({ipe d'être expliqua pour êtr^ paurdopn^ a U, P9.^ U'<mva mênoe. personne qui ea sollicitais 1^ pviiiiiwii< Madame de... 86 trouva libre. ainsi p^r un coup qu'elle regai;^*'
comme une faveur du ciel. La bienséance Parréta quelque temps. Mais sentant enfin qu'elle ne devoit qu'un foible respect à la mémoire d'un bomme qui ne l'avoit jamais traitée comme ^n épouse, ou qui ne l'avoit prise pour teUe que pour la tourmeniep et la rendre malheureuse , elle ne se fit pas presser pour donner sa main à l'amant qu'elle avoit d'abord » injustement rejeté.