DANS LA CONDUITE D'UN COMÉDIEN
JuES grandes vertus supposent ordinaîrem^xt quelques dé&uts qu'elles s'exercent à combattre, et qui serventàlesfortifierà mesurequ'eHes réussissent à les détruire. M. Barton Booth , comédien de Londres, et Fhomipe du monde qui a fait le plus d'honneur à cette profession par la régularité de ses mœurs, étoit si vif et si empor^ natureUement ^ que la
moindre contradiction Téchauffoit jusqu'au trans^ port. Peut^tre fut-il redevable d'uùe partie de sa réputation à ce caractère; car il excelloit à peindre tous les mouvements des passions sur son visage^ et, l'on conçoit aisément que cette facilité veinoit de la même disposition qui les lui faisoit souvent sentir. Ses amis, qui Festimoient beaucoup , avoient assez d'indulgence pour éditer avec soin tout ce qui pouYOtt l'irriter. Mais s'étant enfin marié , il n'eut pas le bonheur 4e trouver long -temps la même complaisance dans sa femme. La nécessité de vivre ensemble, parce qu'ils n'avoient pas asse» de bien pour prendre de bonne grâce le parti de se séparer, les exposa à cent scènes éclatantes, jus* qu'à faire craindre à leurs amis qu'elles ne se ter^ minassent quelque jour d'une manière funeste. Enfin , M. Barton , qui étoit trop sensé pour ne pas sentir toute Tindécenee de cette conduite , prit la résolution de se vaincre U quelqiie piix que ce pût être, et toute la force de son espiit fut employée à cette entreprise. U observa d'abord que la mauvaise humeur de sa femme n'allumoit jamais si promptement sa bile, que, lorsqu'il sortoit do théâtre , après y avoir représenté quelque rôle violent. Ce fut assez pour lui faire ëmbrâsëer lé genre comique, dans lequel il n'avoitpomt encore essayé ses forces, et s'y étant trouvé propre pal^ l'étendue de ses talents , il continua , pendant qu^*-
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ques mois , de s'y exercer uniquemeiit j maigre ]& plaintes du public qui le dèmandoit- souvent à grands cris pour les personnages tfagiqties. Duns cet intervalle, il Usoit Hatpn'; Sénèque'^ Épictète, et tous les auteurs qui ont parié de la patience et de la modération de Famé. Il se retiroit à l'écart, lorsqu'il sentoit nattre dans son cœur le moindre mouvement contraire à «es résolutions. Il trembloit même à la vue de sa femme , comme «m homme timide à la vue du danger. Ce régime dura aussi long-temps qu'il crut devoir se défier de lui^nséme. A-la*fin , devenant jhas bardi , il Vexposa par degrés au combat, et n'oubliant jamais de se retirer au moindre doute de la- victoire, il parvint à soutenir les assauts les plus violents, sans auctme marque de foiblesse et d'émotion. Ses amis même, à qui il confia son entreprise et ses progrès, se firent ua divertissement de le mettre à l'épreuve , et contribuèrent ainsi à son triomphe/
Il ne consentit à recommencer les r61es tragiques, qu'après s'être confirmé dans cet état par pne année d'habitude. Mais quelle fut sa surprise, la première fois qu'il reprit le cothurne, de se trouver une pesanteur qui ne répondoit point à ses anciens talents! Le public s'en aperçut aussitôt que lui, et ne le fit que trc^ conn6itre par son silence. XJo^ si "longue vigilance sur, tous ses mouvemeois^ et des eSbrts coatiouels pour lés réprimer, lui rav.oient ,
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fait|>erdré cetle pointe de.seûtîment^ sî j'ose parler MaÀy qui est niécessaire pour, remuer tout-d'uucoup le ressort dlss passions. Il conçut que l^ercice lui rendroitlHepiôt ce qu'il >ay oit. perdu; i^ais il craignit, par lar même raison , que le vice qu'il avoit vaincu ^ ne reprît une nouvelle vigueur avec son talent. Ses amis, qui étoiènt disposés à lui passer l'un en faveur de l'autre^ l'elhoftèrent à céder à la nature, piiisqu'élle vouloit être la plus forte. Il ne fie lais» pouit séduire par l«ars flâneries; 'et prenant plus d'einpire que jàmai»' sur lui-même^ il remporta une double victoire, en marquant autant de chaleur aathéaire, qu'il eut pendant toute sa vie de douceur et de modération dans le eommierce de ^ femme et d0 ses amis*