AVENTURES DU DUC DE RIPPERDA
JLje nom du duc de Ripperda est plus connu que ses diverses aventures. Né d'une faâiille noble, dan» la province de Grouingue, il avoit servi quelque temps les états- généraux , en qualité de colonel d'iafanterie , lorsqu'il fiit envoyé ambassadeur en Espagne. Après y avoir eicercé quelque temps cet emploi, il quitta le service de ses maitres, et cbangéant' de religion , 9 s'attacba en Espiig;de i Vétablissetnent de quelques manufactures.' Son génie ^ propre aux affiiires, lé fit toujours considérer à la cour. Il fut dboisi, comme l'on sait, pour la négocittiofi de Tienne; et quoiqu'il n'eut contribué que fort i médiocrement au succès, il fut bonoré , à son retour i^ Madvtd, de la {Jnshaute faveur du roi, et d€a i^écompenses les plus glorieuses. Grand de la première classe, duc, premier ministre, il jouit qtirique temps de m bonne fortune avec beaucoup
ET ANECDOTES. ^Qt
46 réputation; radis sen penchant pour l'intrigue ayant causé sa disgrâce, il fut renferme dans une prison, d'où il eut beaucoup de peine k se sauver ^ pour passer én^A.ngleterre, et de là en Hollande.
Ilviyoit depuia^elque temps à La Haye, dans la reUgion du pays , qu'il avoi^ reprise en y arrivant , et sans aucune part atix affaires publiques. On s'at<* ^endoii de l'y voir mourir tranquille; mais l'arrivée de l'ambassadeur de Maroc , avec lequel il lia con-* noùsance, servit à £3iire renaître toutes les idées de son ambitieuse politique. On fut surpris un jour d'apprendre qu'il avoit quitté la Hollande, sans doaoer avi% à personne de sou départ. Cette &ite pré* c&pilée fit raisonner tout le monde , mais san s aucun fondement certain , jusqu'à ce qu'on f&t informé qu'il avoit pris, la route de l'.A^que, de concert avec l'ambassadeur, et que sou desseip étoit d'aller à-Maroc^ On ne tarda point à savoir qu'il y étoii arrivé* D y fot reçu avec distinction, et comme un bomme attendu* Les gasettes et les antres mémoires du temps rendik^ent eompte«de tout ce qu'où pou^ voit découvrir de ses démarches et ^ ses entne^ prises* On loi attribua même beaucoup de paist au ■dernières campagnes des Maures contre les £s^ pagnols, soit pour l'attaque^ soit pour la défense* Quoi qu'il en soit, le bruit qui s'étoit répandu que sa fidélité • étoit devenue suspecte au roi , et qu'il avoit été puni du dernier supplice, £at démenti par
égà ATENTTTftES
les notUfoUê^ <pi'on reçut depuis. EHes portaient quelques circonstances iniéress&ûtes de sa vie , qui méritent d^étre connues.
. M. le :duc de ftipperda passa dfabord quelque temps à Maroo, sans penser à c^ligerdè religion ; occupé seulement à fiiire goûter ses projets au roi, et à profiler de ses bienfaits. Gep^idaiit, deux raiaonsle déterminèrent tout-d'un-coup à embrasser le mahomélisme, et k prendre le nom d'Osman; l'une fat la crainte qu'un des principaux^ officiers des troupes derMaroc, Tlommé Àzari, qui marquoit beaucoup de jalousie dé la faveur où' il étoit à la cour) lYe^ravaiHât secrètement à le perdre dans Fesprit du peuple et du l*oi, sous prétexte qifii étoit infidâe ; Taulre raison , qui n'eut pas sans doute moins de force, ftit l'envie d^ntrer dans tous les droits du piiy»; cf est-à-dire , d'y posséder <[ëd terres y et '^y avoir un sérail. En eSety ces deux grâces lui furent aceordéâ dès qu'il eut embrassé la religion du prince, et sa &veur ne fit qu'augmenter jusqu'è^l'arrivéé dfls Espagnols en^ .â£îque. On as* sure -qu'il olniut le commandement 'd^uïiei pa^e iConsîiMrable. de l'armée des Mawes, et qutt se'distingua par ^sft pmdeiice 4it par sa yakftir dans le combat ou il» fuiîéttt défaits:: Mais «ette preuve de fidélité. ne put l'emporter suk le chagrin que le roi de Maroc eut du malheur des «roupesmusulmanes. Osman fut reçu avec tant de froideur à son retour^
ET ANECBOTSS. ^9%
qu'il. augura mal de cet accueil. H oMcoit point assez zélé pourPalcoran , ni ateez esclave des volontés de son maître ,
Pour se piquer du scrupnle insensé
De bénir son trépas, s'il Favoit pronobcé*.
n pensa sérieusement à se mettre k couvert par la fuite, et il s^a6Si:ira pour cela de <{uelques domestiques qui le servoient. Son pcojet eût liéus^i y sans la malignité du jaloux Azari, qui l'observa de si près, qu'il le surprit au moment de son départ. Il fut fondait au palais du roi par plusieurs gardes , et toat lé monde s'attendoit à le voir condamner au supplice. Cependant, avec son éloquence et s^n adresse ordinaire, il tourna si heureusement l'esprit de ce monarque, que l'ayant persuadé à-demi de l'innocence de ses vues, il en fut quitte pour être renfermé dans unchâteau assez voisin de Maroc, jusqu'à ce.qu'Azari eût donné les preuves qu'il pro^ mettoit de sa perfidie. On jugea même qu'il de- \bït rester fort peu de colère au roi ^ parée qu'il lui permit d'avoir ses femmesavec Jui dans sa psison .
Le cb&teau où Osman fut conduit, est situé sur le sommet d'une montagne, àqiielque distance de Maroc. U est environné de tous cotés dé profondes vaHées; il,n'y a, dit-on , que deux, chemins par les-