‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 65 sur 76 · DE DEUX SULTANES · texte numérisé non relu

DE DEUX SULTANES

JuA sultans Kiosem ayant entrepris de déposer son petit-fib Makomet lY , ; sons la minorité duqad eile avoit été nommée régente après la mort d'Ibrafaim , entretenoit des Kaisons secrètes a?ec Bectas, aga des janissaires, ennemi partièlil»»' de la jeune sakane, mère de lifahom^l. Gdie-cî n'ignorant pas ce qu'elle avoit Ae^aindre de la grand'mère de son fib , avoît mis dans^ ses' intérêts le gi^nd- TÎsîr , les spahis, et tout l^iérail.

Les deux sultanes étoient extrêmement animëea Fuse contre Fautre; la jeune, pour souteàir l'auto* rite de son fils , l'autre pour conserver la ^eiuie. Dans la ville , où les semences de cette division se répanaoient tous les jours entre les différents partis , le trouble et la confusion paroissoient augmenter à tous moments. La vieille r^e donndit avis à Bec^ tas de tout ce qui se passoit au sérail , et noireifisant sa rivale dans l'écrit des janissaires , elle inâinuoit qu'il étoit nécessaire de mettre sur le trône ^ i la

IsT ANi:CiboTX5. SôQ

place Ae Mahomet , son frère Soliman , prince d'un mérite extraordinaire. Bectas, aniioié par l'e»^ përance qu'elle lui donnoit de devenir le premier instrument de sa puisisance, fit une assemblée à Orta Giami , qui est la mosquée des janissaires , ou il se trouva un grand nombre de gens d'épée et de ministres de la loi. H eut même la hardiesse d'in* viter le premier visir à s'y rendre , dans la pensée qu'il pourrait l'attacher à ses intérêts , ou s'en défaire , s'il marquoit du penchant pour le parti opposé. Il étoit deux heures de nuit , lorsqu'il lui envoya faire cette prière. L'heure étoit indue , et la proposition peu respectueuse. Cep^idant le visir se crut obligé de dissimuler. U partit de chez lui avec peu de gens. Le premier objet qu'il rencontra fut une garde de dix mille janissaires , le mousquet sur l'épaule, et la mèche allumée par les deux bouts. Cette rencontre imprévue le surprit ; mais rentrant en soi-^mêmé , il continua son chemin. Bectas le voyant approcher de la mosquée, ne prit pas la peine de venir au-devant de lui , et se contenta de lui envoyer un officier. Quoique le grand cœur du viiir eût pané à supporter un tel mépris , il n'en témoigna rien. Il aborda Bectas^ qui se souleva à peine pour le saluer.

. L'entretien se fit sana dispute et sans ebalenr^

parce que le visir , qui n'avoit en vue que de s'in«-

^«Iruire du dessein des conjurés, affecta de céder &

5io ayeNtuhes

leurs raisQOS •, et d'entrer dans tomes leurs ^es. nies assura même , en jurant sur.Falcoran avec d'horribles imprécations contre lui-même et contre «a faonille, qu'il les serviroit de tout soa pouvoir. Bectas , persuadé par ses serments , eut Fimprudence de lui permettre de se retirer. Mais le yiàt avoit des pensées bien différentes. A-p^ne fut-il ea liberté, qu'il se rendit au sérail , suiyi seulement de deux personnes, et remercia le prophète de l'avoir délivré d'un si grand péril. Etant arrivé à la porte de fer , dans le dessein de passer au travers du jardin , il fut surpris de la trouver ouverte contre la coutume. H en demanda la raison aux bostangis, qui lui r^ondirent que c'étoit l'ordre de la viâlle sultane. Cette réponse n'ayant fait que redoubler ses défiances, il alla sans bruit à l'appartement da sultan , et rencontra heureusement en chemin le kutsiir Agasi, qui faisoit la ronde autour de l'appartement de la vieille sultane. Celui-ci tecomut d'abord le visir à sa voix , et fiit fort surpris de le voir à cette heure. Mais lorsqu'il eut appris de lui le sujet de ses alarmes , il le loua de sa vigilance , et lui fit remarquer que la vieille reine n'étoit pas encore couchée. Elle avoit passé le temps à se réjouir avec ses eunuques et ses femmes, à chanter, à danser, et à faire jouer de divers instruments, ell^ qui avoit coutume de se mettre de bonne heur« |iu lit.

ET ANECDOTJBS. 5ll

Après uoée courte conférence, le visir et lekàtslir Agasi, snivis de quelques eunuques , entrèrent dans l'appartement de cette princesse, et voyant qu'on n'ëtoit pas disposé à lesrecevpir, lekutslir, homme fier et résolu, donna un coup de poignard au bâcha kapa Ogiar, grand chambellan. Les eunuques qui Faccompagnoient entrèrent furieusement avec lui , le poignard à la main , et mirent en fuite tout ce qui se présenta k leur rencontre. La sultane de* meura seule dans sa chambre , oà elle fut donnée en garde aux eunuques du sultan. Tous ses gens , qui avoient pris la fuitç vers la porte du sérail, iîirent arrêtés avec le reste de ses officiers , et mis sous une garde sûre. Cette action se fit avec si peu de bruit , que l'alarme ne fut pas même portée jusqu'au quartier du sultan , quoiqu'il ne fût pas éloigné.

Le visir et le kutsiir Agasi se rendirent ensemble k la chambre où le sultan étoit couché. Ils entr'ou-r vrirent la porte , et faisant signe ^ aux femmes qui étoient de garde, ils leur firent entendre qu'il falloit ëvdJler la jeune sultane. Une des femmes Péveilla en lui gratant doucement les pieds , et lui annonça la visite extraordinaire qu'on venoit lui rendre. Elle 6e leva avec beaucoup de surprise. A-peine le visit

* Tout le monde sait que la coutume du serait est de se parler par aiguës. #

eut-îl doinmenoë i lui parler du përil oà die étoit^ que se le âguraut encore plus terrible , elle coarut comme hors d'eUe-méme au lit de son fils , et le prenant entre ses bras, elle s'écria d§ toute sa force: O mon fils ! nous sommes morts. Le grand-seigneur, qui n'ëtoit qu'un enfant, se mit à pleurer, et se jetant aux pieds du visir , il le conjura de lui sauver la yie. Le yisir ne put s'empêcher de verser des larmes. H embrassa son maître. Il encouragea la mère et' le fils , en leur protestant qu'il perdroit mille fois la vie plutôt que de souQrir qu'ils reçussent le moindre outrage. Ensuite, il les mena à la lueur de quelques flambeaux portés par des femmes vers l^ozada , où se trouvent ordinairement les premiers seigneurs de la cour.

Ceux qui faisoient la garde dans cette chamlnre, furent étonnés de voir tant de lumière , et s'avançant du coté d'où elle veifoit , ils le furent encore plus d'apercevoir le. grand -s^gneur. Tous leurs compagnons s'étant éveillés au même moment, le grand-seigneur fut placé sur un trdne qui est tou-* jours dans cette chambre , et les quarante officiers qui y sont sans cesse , vinrent se présenter à lui^ en le^suppliant d'employer leur courage et leur ne pour son service. A quoi le visir répondit : Celui qui mange le pain du roi , doit s'attacher inviolar blement au roi. Nous avons souffert jusqu'ici que desiiiraltres aient fidi mourir le sultau Ibrahim, ik

ET? ANECDOTES. 6l3

viSùlent hiaintenant nous arracber encore oëlui-ci* C'est à vous qui êtes ses principaux serviteurs à le secourir. Ëigiusi Mustapha bacba y^ capitaitre de la chambre , hardi comme un lion, et déjà informé des pernicieux desseins de la vieille reine , répondit sur-le-champ: Grând-visir, soyez en repos;' vous verrez demain , avec l'aide du prophète , les têtes de de vos ennemis à vos pieds.

Après avoir tenu conseil , le parti auquel ils8»arré« tèrent fut de faire apporter de l'encre et du papier^ et de {aire signer un ordre du grand-seignéur pour faire étrangler le bostangi hacha,- commeun traître, qui avoit laissé la porte du jardin ouverte pendant la nuit. • Cette sentence fut exécutée au même mo-* inent« Sa charge ayant été donnée aussitôt à un autre , on lui fit prêter le serment de fidélité, et il le fit prêter ensuite à tous les bostangis du sérail , qui se trouvèrent au nombre de -ciniq cents. Il les distribua ensuite à la garde des portes et sur les mu* railles du jardin. On proposa: de faire assembler les ichoglan», et pour éviter le lM*uit , on alla d'abordt à la chambre du capa Agaâ, à qui son. emploi donne l'inlendance de toute ja jfsunesse du sérail« On heurta dpucement à sa porte. Les gardés .vinrei:^ demander qui c'étoit. On leur dit d'éveiller le capa Agasi, et de lui dire qu'on vouloit lui parler à sa fenêtre. Le' capa , avant de se lever , voulut savoir de' la part de qui on le dèmandoit. Ou lui dit que

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c'étoit le râir et le kulslir Agaâ. Il répondît y ^^étant indisposé, il ne poûvoit se lever, et qu'on pou- Toit Ini faire savoir par la fenêtre ce qu'on a voit à lui demander, ce qui obligea enfin de lui dire aasex haut : Nousteconunandons, au nom du sultan, de iaire lever promptement tous les ichoglans da sérail pour une affaire de la dernière importance. Ciomme il ne se bâta point encore d'obéir, on â>'iaia* ^a qu^il étoit de la conspiration , quoique la vérité fôt que c'étoit un vieillard de quatre-vingt-dix ans , mal sain, et qui ne pouvoit se remuer fiaiciJement. Le visir voyant qu'il demeuroit immobile , lui cria une seconde fois : Aga , faites promptement lever les ichoglans ; on veut nous enlever le soltan. Mais il demeura ferme dans sa résolution , protestant toujours qu'il ne les feroit point lever sans un ordre par écrit.

Au bruit de cette contestation, ses domestiques s'év^èrent , et comprenant qu'il étoit question de la sûreté et peut-être de la vie du grand-seigneur, ils iJlèrent sans ordre heurter à la porte des grandes et des petites chambres des ichi^ladSi Le sommelier aMa à la plus grande. D étoit environ cinq heures de nuit. Ciomme cette chambre est longue de plus de quatre-vingts pas, il s'arrêta au milieu , et se mit k frapper des mains l'une contre l'autre , quoique ce WM tn grand crime de faire du bruit la nuit dans le sérail» Les ichoglans, épouvantés de ce tmnultc,

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demandèrent ce qu'on Youloit d'eux. Le soEamdier répondit : Levez-yous ; on est sui^Ie-point de nbùg enlever le grand-seigneur. A ces mots , toute la chambre se leva ; et on les eût vus tous^ au nombre de six cents, courir avec la dernière confusion , les uns sans habits, les autres sans armes, et la plupart cherchant à se cacher , dans la crainte que les janîssMres ne fussent déjà maîtres du sérail. Les autres chàttibres étoient dans la même confusion. On les rassura comme la première. Pendant ce temps-là , le grand-seigneur inconsolable, appréhendoit toujours qu'on ne le tuât comme son père. Mais Mus-* tapha bâcha l'ayant pris par la main , lui fit Voir tous ses serviteurs sous les armes , et prêts à mourir pour son service. Dans cette revue , 0 arriva une diosè qui augmenta beaucoup Kalarme. Un ichoglan , ayant vu passer le grand-seigneur sous les fenêtres de sa chambre, se mit à crier de toute sa force r Dieu donne dit mille ans de vie à notre empereur ! et lès autres répondirent tout d'une voix : Alhaha ^ àUaha. Ce cri de guerre fut porté en un moment jusqu'aux lieux les plus éloignés du sé« rail, et fit prendre les armes aux confituriers, aux cuisiniers, aux fauconniers, aux porteurs de hache, et à tous le reste des bas-officiers.

On travailloit avec la même diligaice au-dehôrs.> Le visir avoit donné ordre à tous les bâchas de se rendre incessamment au sérail , avec tout ce qu'ils

5l6 AVENTURES

pourroient rassembler de gens résolus, et de leo j* &ire apporter des vivres pour trois jours. Ije concours lut bientôt si grand , que le jardin et les cours se trouvèrent remplis d'hommes armés. H vint des bateaux de Galata et de Tophana, chargés de poudre et d'autres munitions; de sorte qu'à la pointe du jour, on vit auprès du sérail une armée de terre et de mer. Les janissaires crurent le danger pressant. Ils firent armer de leur côté un grand nombre d'Aïbanois et de Grecs, qu'Us engagèrent dans leurs intérêts , à force d'argent et de promesses. Ainsi , la ville et la cour paroissoient prêtes à s'entr'égorger. Aussitôt que les prières du matin forent achevées, les baltagis, armés de leurs haches, firent avertir les ichoglans de les venir joindre pour se reâdre ensemble à l'appartement du grand-seigneur. Etant arrivés à la porte, l'eunuque quila garde, fort attaché au parti de la vieffle reine , leur en refusa l'entrée, en les traitanrd'însolents qui maiiqtioîeiit de re^ect pour un lieu si sacré. Ils répondirent tout d'une voix qu'ils vouloient parler à leur itiaître , et que la vieille reine étant ennemie de l'emper^ir et' de Mahomet , ils demandoient sa mort» L'eunuque, fier de son autorité^ continua de les traiter de séditieux et de traîtres: Qu'avez vous, leur dit--il , k déinéler avec la reine? Etés^vous dignes df ouvrir' la bouche pour prononcer un seul mot contre elle? Ces putrages irritèrent tellement toute la troupe,

que plusieurs s'étant écriés qu'il étoit ennemi de la foi,etqa'ilméritoii]aznorl, l'un d'eux leva sa bâche, n s'enfuit par la terrasse dans le jardin ,. où ayant été poursuivi.^ il eût été tué sur-le-champ , s'il^n'eût obtenu, à force de prières, de se jeter aux pieds du sultan avant que de recevoir la mort. Mais il ne li^ eut .pas plutôt remisse sceau et la clé d'un trésor caché y qu'un bakagis ^ nommé Saferti , lui fendit la téie d'un coup de hache. Les autres se jetèrent aussitôt sur lui , et le coupèrent en movœaus. avec leurs cimeterres. Une exécution si. proDopte et si violente jeta la terreur parmi tous les officiers qm étoient.d'intelligence avec Ik vieille reine, et leur -^ apprit à dissimuler. Le sultan méu^e^^ <|ui d;voit vu •jaillir sur aea meubles et jusque sur ^ses hiahits le aang et la cervelle de CO; misérable, et qui^^oroît les bonnes - inléntioB» de ses . serviteurs , nç put s'empêcher de jeter un grand cri , et d'embrasser le sèlihar jquile tenoit entre ses bras. Cependant sa frayeur et ses , larmes cês^rent ^ lorsqu'on eut éloi^é de ses yeux ce tragique speçtaclç^, et qu'on lui .eut représenté qu'on ne pensoit qu'à le. servir.

Le mufti et les principaux oi&qiers^ élfut arrivés à la fin de l'exécution , furent surpris en entrant dan^Ja ho;^da:d'y voir tant de désordre, et si pe|i de respect. C'étoit na, mélange de dii»ers hng^ges^, de cris et de mouvements , qui sembloit. présage^' le$ dernières e:^tr4#i(és:de 1^ hardiesse et.de la fur

6lé ATSNTURS»

reur. Pour mettre le comble au tnmnlte y la jetme rane reçut avis qu^ s'étoit domié un combat daus les rues , et n'en pouvant savoir Fëvénement , elle accourut à la chambre de son fils, où die espétXHt de trouver un asile. La confusion qu'elle y aperçut ayant an^enté sa frayeur , die s'écria comme iiors d'eUe-méme : Est--ce là le respect qu'on doit au grand-seigneur? connoissez-vous le lien où vous êtes ? que demandes-vous à une femme ? pourquoi tous méle»-vous desaflhires de mon fils? Un icfao* glan, qui ne la reconnut point, parce qtifelle avoii la tête voilée , ^imagina que ce pouvoit être la vieille r^e. Voici cdle que vous demandes, dit-il d\in ton furieux ; elle est ebtre nos mains; ven* geon»-nous, et punîssonS'la de ses crimes^ Qudques-uns des plus hardis s^étant avancés pc^kir s'en saisir, elle courut se jeter aux pieds de son fils, en poussant des cris épouvantables : Non , non , leur dit- elle , je ne suis pas la vieille reine, je sois la mère de votre mattre. Son voile tomba , et s'étant fitit recônnottre à la beauté ravissante de son visage, elle ne sVtira plus que des marques de reqpeot da ceux qn) s'étoient disposés à l'outrager«

Cependant le mufti qui ne vit aucun moyen d'apaiser tant de gens mutinés, et qui crut sa propre vie en danger, si l'on s'ôbstinoit à leur refuser ce qii^s demandoient avec des cris conlinnds, fitsigne k l'assemblée qu'il n'avoit besoin que d'un moment

ET ANJSCBpT^S. 5] 9

pour conférer avec les principaux ministres ; elL dans une courte conférrâce qu'il «eut eSec^vemenl ayec eux , il fujt résolu /qu'on supplieroit trè&-huoi<^ blement le grand-seigneur de consentir à la mort de la lâeille reine. On dressa la supplication qui fut conçue dans ces termes : ce La volonté de Dieu est 7^ que vous mettiezYOtregrand'mèreentre les main^ j> de la justice , si vou# voulez que vos esdavea j> s'apaisent. Un petit mal est moins dangereux » qu'un grand. Il ne reste point d^autre remède. Le }!> ciel en rendra la fin heureuse ». Le mufti dressa epsuite la sentence , qu'il fit signer au grand^sei*^ gneur. Elle portoitque la vieille reine serait .étraor glée, mais qu'elle ne seroit ni coupée avec 1$ qiûie^ terre 9 ni brisée de coups. Cet écrit fut remis mxt eunuques de la diambre y avec ordre de conduire la vàne hors du sérail^ par h porte des oiseaux, nommée le oasbena , ^n qu'^e ne mourût pas sous les yeux du gnmd-seîgneur ^ et qu^ ses cris ne fussent pas entendus. Les ichoglans chargés de l'exécution, allèrent les mains levées, en. criant allaha ^ à la porte de l'appartenant des femmes ^ où ils trouvèrent quelques eunuques npirs qui ne firent aucune résistance, après avoir vu l'ordre du ^and-seigneur. Cependant, ils exigèrent qu'il n'eur treroit que vingt personnes dans la chambre. Les 9iîeux armés s'étant introdwts les première, ils ren* contr^ent d'abord U.foUe de la r^e , qui teooit

6ao AVENrrURES *

•an pistolet à ia main , et qui leur demanda fièrement ce qu'ils v^ùloient. Ils répondirent qu^ oberchoient la mère du roi. Je la suis , repliqua-t-elle, et elle lâcha son coup sur eux. Cette hardiesse lui auroit coûte cher, si le kntsiir Agasi ne les eût avertis que ce n'étoit point la r^ne. Ils se bâtèrent de pénétrer dans la chambre y mais ils n'y trouvèrent point de lumières. La reine avoit fait éteindre tous les 'flambeaux au bruit de leur arrivée, et s'étoit cachée dans une grande armoire, sous quantité de tapis et de bardes. Ik la cherchèrent inutilement, et peut-être lui auroient-ils laissé le temps de s'échapper, si un Albanois , nommé -DelK Dodangi , ne s'étoit avisé d'ôter toutes les bardes de cette armoire, où il l'aperçut enfin , -malgré l'obscurité. EUe lui dit tout bas et en trem- *blant : Généreux esclave , prends pitié de moi ; je •ferai ta fortune , et si les icfao^ans veulent me sau- "ver Ift vie, je leur f^roaaets dnq bourses à cbaoun. Perfide , lui répondit*il , il n'est pas temps de capituler', il faut mourir ; et la tirant en même-*temps •par les pieds , il la tira dehors avec violence.

S'étant relevée , elle tira de sa poche unç poignée de sequins, qu'eDe jeta au milieu de ses meurtriers. Son espérance étoit de se dérober a leur fureur pendant qu'ils s'oecuperoient à les ramasser^ et les plus jeulnes furent éblouis en èflPét' à la vue de For. Mais l'Albanôis- s'attàcban^ à- eUe comme on fu-

rîeax , vint seul à bout de la terrasser , quoiqu'elle fût extrémemeat forte et pesante. Un ichoglan du même pays , lui voyant aux oreilles deux diamants d'une beauté extraordinaire, se jeta dessus et les lui arracha. Us étoient taillés en triangle , de la grosseur d'une noix , et soutenus d'un gros rubis. Ces pendants d'oreilles lui avoient été donnés dans la fleur de son âge par le sultan Açhmet, dans le temps qu'il ea éloit le plus amoureux , et l'on assure qu'U n'y avoit rien de si précieux dans le trésor du grand-seigneur.

Les autres pillèrent cette malheureuse reine avec la même ardeur. Ses brac^ts, ses bagues, ses habits, et jusqu'à ses jarretières, qui étoient cou-^ vertes de diamants , tout lui fut enlevé par la voie la plus courte , c'est-à-dire , sans ménager sa pu^ deur . On trouva dans sa fourrure de marte zibeline , des caractères magiques , par lesquels elle s'imaginoit avoir lié la langue, de tous les empereurs dé son temps; et sur sa peau niême , die portoit un cadenas admirablement composé , où les noms des sultans Amurat et Ibrahim étoient gravés. C'étoit l'ouvrage d'un imposteur, nommé Pelly, qui s'étant rendu célèbre par cet art , devint en peu de temp9 le principal favori du sultan Ibrahim , et le plus riche particulier de Constantinople.

La reine ayant *élé dépouillée , avec mille ou^

522 AVENTUJIE9

trages qu'eOe s'attiroit par sa résistance, fiit hâsaoé pendant quelque temps nue sur le paYé , el traînée ensuite par les pieds au cashena. C7étok le Ken Biarqué pour rexécudooj maïs lorsqu'dle y fut arrivée, les ichoglans firent attention qu'ils a^oienl oublié de se munir d'une corde* fls forent oblige» de prendre celle de la mosquée impérièle, qm n'é* toit pas éloignée. On la lui passa «ntour du oou, et Dogangi la pressoit par derrière avec les mains^ tandis que les autres la serroient. Quoique la reine fût âgée de plus de quatre-vingts ans , que la vio* lence de ce traitement Feût mise hors d'elleméme, et qu'elle n'eut point de dents, die ne laissa pas^ en revenant à die comme d'un profond assoupissement , de mordre avec tant de force le pouce gauche de Dc^angi , qu'il ne put le tirer de sa bou* che qu'en lui donnant de l'autre main plD^enrs coups de poignard sur le visage. Quatre idioglans des plus robustes avoîent entrepris de l'étrangler ; mais étant peu accoutumés à ce foneste office, ils la firent languir long-temps dans des peines affreu-r ses. Enfin , la croyant npirée, ils annoncèrent sa mort à leurs compagncxis par leurs cris , et la plupart coururent en porter la npuvelle au grand-seî-* gneur. Mais è- peine l'eurent -ils perdt^e de vue, qu'elle se releva pour prendre la fuite. On rappela les moins éloi^és, gui n'eurent pas de peine à la

£T ANECDOTES. SsS

rejoindre , et pour l'adbever promptement , on serra si bien la corde avec le manche d'one hache , qu'ello expira.

Les eanuques noirs prirent son corps ^ et le por-^ tèrent avec beaucoup de respect dans la mosquée; Foyale , où ils retendirent après l'avoir revêtue d'bafaits aussi précieux que ceux qu'on venoit de lui enlever. Tous ses esclaves^ au nombre de quatre cepts , ^y rendirent en versant des larmes et s'ar-* rachant les cheveux.

Après cette expédition y le visir remercia les ichoglans^ et donna ordre que la bannière de Mahomet fAt déployée. Elle fut placée sur la principale porta djQ sérail ^ à la vue de tout le monde. Cette nouvelle, et celle de la mort de la rdne, qui se répandirent en un moment dans la vUle , réunirent avant la 6xx du jour les esprits que la haine avoit divisés*

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