‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 67 sur 76 · DE LA TIE DU CÉLÈBRE DUC DE BUGEINGHAM · texte numérisé non relu

DE LA TIE DU CÉLÈBRE DUC DE BUGEINGHAM

*»»<«Wl%»«wH»»»Wi»H»M%t<W»

ALlTiia&i) Clarendon , dans la preoûère partie de son histoire , avoit parle fort mystérieusement d'ua fait étrange, qui précéda de quelque temps la mort de Greorges Yilliers , duc de fiuckingham. Il le croyoit certain et digne de la gravité de l'histoire ; mais ne Payant appris que sur le témoigi;iage de quelques amis du duc , auxquels ce seigneur Favoit confié lui-même ,il en avoit développé si imparfidtemeat les circonstances , que son récit n'avoit &it qu'irriter la curiosité du lecteur. Voici le détail de l'aventure, td qu'il fut trouvé parmi les papiers du duc de Devonshire, signé de la main de plusieurs seigneurs contemporains, qui avoient été informés particulièrement du &it qu'ils atteatoient.

Le duc de Buc^ingham , au plus haut degré de puissance et de gloire où l'ambition d'un sujet puisse a'âever , n'usa pas toujours assez bien de sa fortune pour éviter les deux écueils ordinaires des fiivoris : la hatne du peuple et la jalousie des grands. Sa fin tragique ne causa ni étonnement, ni compassioi)|

iM^riÉ^M^MM«^^M^HHÉHHaHftttna^MM«aa«ahi^^^^^^^MA>^^M.«^MaB

628 AVÉNTtJ&ES

parce qu^dle étoit prévue et désirée de tout le monde. Cependant , il eût pu se mettre à couvert du péril , si sa présomption ne Feût point aveuglé. Quelques mois avant sa mort^ un vieux gentilhomme^ nommé William Parker, ancien ami de sa maison , mais retiré a la campagne , où il passoit sa vieillesse dans Péloignement delà coiir etdesafiàires, étant seul dans sa chambre , en plein jour , bien disposé de corps et d'esprit, aperçut tout^l'uncoup y vis-à-vis de lui , la figure du vieux sir Georges YiUiers , père du duc , qui étoit mort depuis longtemps. Il prit d'abdl^ ce spectacle pour une illusion des sens. Mais s'étant levé de sa chaise , ses oreilles, d'accord avec ses yeux , lui firent entendre la voix de son vieil ami , qui le prioit d'arrêter. « M. Parker, lui dit*il, vous me reconnoissez j je y> sais que vous avez eu de Paffisciion pour moi , et y> que Vous l'avez conservée à nK>ïi fils Georges. Au y) nom de Dieu , rendez services à hé pauvre insensé » ' qui court volontairement à sa ruine. Allez le voirj yi dites-lui de ma* part, que s'il ne r^ette point les y> conseils de tels et de tels amis, s'il ne change tel y> et tel article de ses desseins' et de sa conduite , y> il est menacé d'un châtiment plus'terrible et plus 7> prompt qu'il ne pense y>. M. Parkeip, un peu revenu de sa surprise, n'osa refuser tout-à-fait cette commission ; niais il tâciia de s'en défendre par toutes les objections qui peuvent se présenter à un

homme de bons seo». Le fantôme les leva toutes ^ et l'ayant pressé d'engager sa parole y il disparut après l'avoif.ohténue. : ;.

Cependant Parker , demeure seul , considéra pliis attentivement les difficultés de l'entr^rise. Sa vieillesse, le Caractère du duc, et la seule nouveauté de sa commission , lui firent craindre d'être réjeté avec m^ris. Ajoutez , que^ l'impression de ce qu'il dvôit TU , commençant bientôt à diminuer, il revint pett^ à*peu à croire que ses sens Tavbient trompé: U laissa passer binsi quelque temps , sans s'arrêter à rien de certain. Mais l'impatient fantôme revint à la charge, et joignit la menace aux prières. Enfin , la crainte força la répugnance-de Parker. Il obéit', après avoir pris néanmoins lé eonseil de quelques personnes vertueuses, qui, sans rien diéeider sur uneaventUreextraordinàire,l'excitèrent.àlapous$er à bout, par la seule raison qu'dle pouvoit être utile au duc.

L'avis du bon Parker ne fut point regjirdé coOQtM

.une offense, inais on crut faire grâce à sa vieillesse

en le traitant de folie. H revint de la ôouf fort môr*

tifîé des railleries du duc. A-peine étoit-il rentré

dans son appartement , que le fantôme se fit fcfvoif .

Il n'étoit point couTert de ces tristëë lainl)eâiix , Qu'âne ombre désolée emporte des t<Hnbeaux. La. Vengeance à la main , l'œil ardent de colère *^

WÊàimmtÊ

^ Corneille ^ dans PoUeuçici

Prévost. ToméXXXr. 34

55o AVENTURES

Il se plaignit d'abord dmèremeDt de Tendarcisçement de son fik. Ensmie tirant an poignard de sa robe : Allez , dit- il à Parker, allez dire à Hn^rac que vous avez tu l'inslraiDeat de sa mort. Et de pear qu'il ue soit enccH^ assez fou pour vous accuser de l'être vousriuêine , découTrefr^lm ce que je Tais vousfq>prendre, et qui û'est connu au monde que de lui. U lui révéla k -dessus un des plus intimes secrets du duc Parker derint plus bardi avec uneaussi boone aiarque de sa missîaû. Il retourna à la coar, et ft'eifilîqua avec beaucoup de fermeté. Le duc fut frappé de le voir îastmit de son secret; mais après avoir paru quekjuea moments rêveur, il reprit le ton de raillerie, et conseilla k son prof^ète de s'adreaier 4 quek]ue médecin habile, qui fôt capaUe 4e lui guécir le oerveau.

Lescîrconstancesde la dernière apparition ayant ^Oii.v#îiicuParker que oetteaventure ne pouvoit finir heureusement pour le duc , il prit le parti de demeurer à Londres pour suivre des yeux les événejUAUta, et pour se rendre, s'il étoit possible, utile à ce seigneur , malgré lui-même. Qiidques semaines s'écoulireût peodant lesqudles il ne le vit jamais sans (a4»uyer qurelques raUkries sur ses visions. Il n'y répondoit que par des vosox ard^ils pour sa prospérité. Avant la fin du mois^ le duc iiit assassîiié par Fdton»

ET ANECDOTES. 53l

Page 1