‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 70 sur 76 · TRAIT CURIEUX DE POLITIQUE · texte numérisé non relu

TRAIT CURIEUX DE POLITIQUE

' jjl.éHÉMET Alm^hdi, roi de Fez, ^toit an prince ambitieux , ruse , hypocrite , habile , grand théolo-^ gien,' et parfait déiste* Il eut une longue guerre à soutenir contre des peuples voiÂns cpi refusoient de se soumettre à sa tyrannie. D remporta sur eux plusieurs victoires; mais ayant ensuite perdu une bataille oà il avoit exposé ses troupes avec une fureur aveugle , elles se rebutèrent jusqu'à refuser d'aller à Pennemi.Yoici le stratagème dont il s'avisa pour leur inspirer du courage. Il assembla secrètement* un certain nombre de ses officiers les plus affectionnés, et leur proposa des récompenses couâdérables^'sfils vouloient consenir qu'il les enfermât pour quelques heures dans des tombeaux comme sHls eussent été tués au combat ; qu'il leur laisseroit une ouverture suffisante pour respirer, et que lorsque par une superstition qu^l alloit répandre adroitement dans l'armée , on viendroit lés interroger , . ils répondissent qu'ils avoient trouvé tout ce que leur roi leur avoit promis; qu'ils jouissoient des

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récompenses du martyre ; et que ceux qui les imîteroient en combattant vaillamment, et <]ui mouproient dans cette guerre, jouiroient de la même félicité.

La chose s'exécuta comme il Pavoit proposée. U mit ses plus fidèles serviteurs parmi les morts, les oouviit de terre et leur laissa un petit soupirail pour respirer. Ensuite il rentra au camp , etfaisant assembler les principaux chefs vers le milieu de la nuit : TouséteSyleur dit-il, tes soldats de Dieu, les dé£raiseurs de la foi , et les protecteurs de la vérité. IKsposez-vous à exterminer nos ennemis^ qui sont ansâ ceux du Très-Haut^ et comptez que voua ne retrouverez jamais une occasion si certaine de lui plaire. Mais comme U poi^rroit s^ trouver panni vous des lâches et des stupides qui n'en croiroient pas à mes paroles, )e veu}^les convoimcre par la vue d'ungrand prodige. AUezauc^iamp de bataille j interrogez ceux de nos frères npn ont été tués aujourd'hui ; iis vous assureront qu'ils jouissent du plu» parfait bonheur, pour avoir perdu la via dan&qetfteguerre. £n même temps il les conduisit sur le champ 4^ ][iataille, où il s'épria d# toute sa force i O assemblée de fidèles mar* lyrs I faites*uQn9 savoir ceque vous ave?^ vu des merveilles du Très- Haut] Ss répondirent: Nousavom reçu du Tout-f uissant des réconipenses infinies, et c|ui ne peuvent être conçues par les vivants. Les chefs, surpris de celte réponse , coururent la

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publier daos l'armée, et par ce moyen rév^èrent , le coenr de tous les soldai* . Tandis que cela se passoit eu camp, le roi, feignant

une exiase causée par ce miracle, étoit demeuré près des tombeaux où ses serviteurs ensevelis attendoient leur déliy tance ; mais il boucha les trous par lesquels ils respiroient , et les enToyareeueUlir, par ne barbare stratajgéme, les récompenses qu'ils vefioient d'annonoer aux autres.

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