‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 71 sur 76 · PREMIER. SULTAN QUI SE SOIT ENIVRÉ · texte numérisé non relu

PREMIER. SULTAN QUI SE SOIT ENIVRÉ

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JuE premier sukan qui se soit enivré de vin , est Amurat lY . L'occasion qui l'y porta, et le goAt qu'il prit eosuite pour cette liqueur, mérkent d'être rejaaarqués. Etant k se promener un )oi»r sur la place pnbHque , plaisir que tous les sultans se donnent soos un habit qui lesdéguise , il rencontra un homme du peuple, nommé Becri Mustapha, si ivre qu'il ebaucdoit en marchant. Ce spectacle étant nouveau pour lui , il demanda à ses gens ce que c'étoit. On

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lui dit qae cMtoit un homme vtte ; et tandis qu^ faisoit expliquer comment on le deveooit, Becri Mastapha le voyant arrêté , loi ordomia, avec des termes impétueux, de passer son chemin. Amarat, surpris de cette hardiesse*, ne put s'einpécber de'Id. répondre : Sais-tu, misérable^ que je suis le soltàn? Et moi, répondit le Turc, je suis Becri Mustapha* 8i tu veux me vendre Constantinople, je tel'acbète : tu seras alors Mustapha, et je serai sultan. La sur* prise d'Amurat augm^itant,'il lui demanda avec quoi il prétendoit acheter Constantinople. Ne raisonne pas, lui dit l'ivrogne , car je t'achèterai aussi, toi qui n'es que le fik * d'une esolaye. Ce dialogue parut si admirable au grand-^igneur, qu'apprenant en fuâme^-temps que dans peu d'heures la raison reviendroit k Becri, il le fit porter dans son palafis, pour observer ce qui lui resteroit de ce transport, et ce quHl penseroit lui*même de tout ce qu'il rap-peleroit k sa mémoire. Quelques heures s'étant pas-»^ sées, Becri Mustapha, qu'onavoit laissé dormir dan& une chambre dorée , se réveille et marque beaucoup d'admiration de l'état où il se trouve. On lui raconte #on aventure, eX la promease qu'il a faite au sultan, n tombe dans.une mortelle frayeur, et n'ignorant point le caractère crud d'Amurat^ il}9e croit a» mo-^ ment de son supplice, C^endant ayant rappelé

!^ On srii que les 9iiltaD8 iiaiss.eitf 4ea esclaves d« séc%ilv

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tonte sa prësenise d'esprit ^ pour chercher quelque moyen d'éviter la moirt, il prend le parti de fein? dre qu'il est déjà mourant de frayeur, et que si on ne lui donne du vin pour se ranimer^ il se connoît si bien qu'il est sûr d'expirer bientôt. Ses gardes , qui craignirent en effet qu'il ne mourût avant que d^étre présenté à l'empereur , lui font apporter une bouteille de vin , dont il ne feint d'avaler quelque chose que pour avoir occasion de la garder.sous son halnt. On le mena peu après devant l'empereUr, qui^ lui. rappelant ses offi*es, exige absolument qu'il li^r paye le prix^ de Constantinople, comme il s'y étoil engagé. Le pauvre Turc tira sa bouteille. O empe-^ reur ! répondit-^ , voilà ce qui m'auroit fait acheter hier Constantinople , et si vous possédiez les richesses dont je jouissois alors , vous les croiriez préférables k la monarchie de l'univers! Amurat loi deman-* dant comment cela se pouvoit faire : B n'«dt ques<tion, lui dit l'ivrogne, qued'ayaler cette di|rine liqueur. L'empereur voulut en goûter par curiosité, il en but un grand coup , et l'effet en fiit très-prompt dans une tête qui n'avoit jamus senti les vapeur» du vin. Son humeur devint si gaie , et tous ses sens se livrèrent tellement à la joie, qu'il crut sentir que tous les charmes de la couronne n'égaloient point ceux de sa situation* Il ccmtinua de boire. Mais l'i-^ vresse ayant suivi de près, il tomba dans un profond sommeil , dont il ne retint qu'avec on violent mal

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de tête* hà dguleur de ce nouvel état lui fit oublier le plaîûr qu'il âvoit goûté. U fit venir Mustapha ^ dont il se plaignit avec beaucoup d'emportement* Cdui-HÀ 9 à qui l'eipérience donnoit bien des lu-* tnières, engagea sa vie qu'il guériroit sur^e-champ Amurat ^ et ne lui offrit point d'autre remède que de^ recommencer à boire du vin. Le sultaa y consentit. Sa )oie revint , et son mal fut aussitôt dissipé. Il futsi charmé de cette découverte^ quenou-smile^ ment il en fit usage le reste de sa vie, dont il ne fiassa pas un seul jour sans s'enivrer y mais qu'ayant Élit Becri Mustapha son conseiller piivé , il l'eut toiijours auprès de sa personne pour boire avec lui* A sa mort, il le fit enterrer avec beaucoup de pompe dans un cabaret , au milieu des tonneaux, et il dé-* dara dans la suite qu'il n'avoit pas vécu heureux un seul jour depuis qu'il avoit perdu cet habile maStre et ce fidèle

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