‹ Œuvres choisies de Prévost avec figuresChapitre 73 sur 76 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DU GRAND-YISIR CALAILY AHMET.

CiAXiAILtAhmet, pacha ^ étoit né iGésaréeai Cappadoce , de parents arméniens et chrétiens. Mais ayant été amené jeune i Constantinople, où il abjura le christianisme, il fut admis dans Fordre des ^i/id^i^. Il cacha si habilement ses vicieuses incjirnations sous des apparences de vertu, qu'il fut créé haltagiiar tiehaisi^ et de cet office il (ut renvoyé avec deui queues au pacbalic de Zita , qui^ est le dernier que lesTurcsaientsur la mer Rouge. Ensuite il obtint successivement les dignités de capudam pacha '^ celle de aumacan > et d'autres pachalics^

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Qaoiqne âa conduite dans tons ces em[^iseftt para folle et ridicule i tontes les personnes sensées , soo tiàe affecté contre les chrétiens, et quelqu'apparence d'amour pour la justice , kii acquirent parmi la populace ignorante et superstitieuse la réputadon d'na irritable musulman. Pour rendre les chrétiens odieux, il ordonna, pendant qu'il étoit caîmacao^ que leurs habits fussent de gros drap noir ; qaedaos

le bain ils ne porteroient point de souliers de bois,

ce qui est généralement en usage pour se garaotir les pieds de la chaleur du marbre, et qu'ils auroient des sonnettes attachées aux bras , afin qu'on les put distinguer dans les rues et dans les autres heux publics. Mais les jamis , dont le principal revenu est sur les bains , le voyant bientôt diminuer, parc^ que cette honteuse dbtinciion en éloigna bientôt tous te chrétiens , portèrent leurs plaintes aa sultan, qui révoqua lui-même une loi si dure, et fit passer le caiïmacan à un autre emploi. Cependantle penpk n'en ayant conçn de lui qu'une plus haute esûme, il arriva un jour que le sultan, qui étoit à seprotnener déguisé , sur une place publique, cDieDûant les plaitiles de quelques personnes du penpk, <P^ );émissotent sur la corruption des usages et des toicenrs, et qui prétendoient qu'il ne Moit poio espérer de réformation , si Calaily Ahmet n'Aoît tai yîmr; le sultan, sans le connoître personnellement,

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jugea qu^un liomme si dësîré devoit avoir un mérita dtsûngaé, el craignant que. la sédition qu'il ayoit éteinte heareoseinoit depuis, quelque mois^ ne se rallumât à cette occasion , prit le parti de satisfaire le peuple, en mettant Calaily Ahmet à la place do Hassan* Calaily étoit alors pacba de Crète. A-*p^e se vit'-il au sommet de la fortune, qu'il lâcha la bride à tous#» vices. Le premier jour de son visiriat , étam entré en son palais avec le sceau du visir ^ et voyait que tout le monde attendoit sestprcmiera ordres, pour en tirer, suivant la superstition des Turcs, un augure pour le cours de son administra* tion, il envoya chercher un tailleur. L'ordre qu'il lui donna fut de lui &ireune veste, que les Turcs appellent enteri^ de drap d'or ; ce qui est non*-seu* lement contraire à l'usage du pays, maïs condamné même par l'alcoran. L'ayant reçue dès l'après-midi du même jour , il la mit sui^le-ehamp , et rendaol visite à ses concubines, il s'admira beaucoup dans ce nouvel habit. Ses femmes n'ayant pas manqué d'augmenter son admiration par leurs flatteries^ il prit la résolution de parottre avec cette parure au divan et devant le grande seigneur même. Il ne se borna point là. Ayant joint divers ornements ex^ traordinaires â son turban , et s'étant enfin revêtu comme un bouffon , il fit venir le cbausbodbi , a qui il demanda si tout élcut prêt pour la procession.

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Ceu officier, frappe de sa figure, lui répondit que toutétoitprêt aorddhMirs, mab qa'il Boanquoilbien des choses aunledans. Pressé de s'exfdiquer.avec plus de clarté, il loi dit que dans l'état où il étoity il couroit risque non - seulement de se &ire' disgracier le jour qu'il ^itroit en faveur , mais de jeter tm étrange ndicule sur toute la nation ; et que pour lui et ses. compagnons, ils lui dédardKnt qu'ils ne l'acéompagneroient point chez le grand-scâgneur, s'il tue commençoit par réformer ce cooûque équipage. Galaily , après s'être fort emporté, conçut qu^il n'avoit rien de mieux à &ire que de suivre un si sage conseO»

La semaine d'après il invita le sultan à la fête que kii donnent ordinairement les nouveaux visirs. Ce prineé passant, sdon la coutume, entre deux haies d'ôffiders rangés pour lui faire honneur , observa Hahomme borgne, qui étoit à côté cPnntefterdar, savec un air fortbantaiù. H demanda an visir qui il ^éioît. Quoil hn dit celui-ci, votre haûtesse ne,conr inott :pas cet homme-là ? Je ne puis connoture, ré-^ pondk le sultan,* tous les sujets de mob eyaq>ire. OhA "vepiit le visir, vous deviez connoître celui-ci, qui n'est pas un bomme du commun, et qui a un bon chiftilix ( c'est-a-diré une métairie )près de Constantinc^le, qui lui fournit tant d'oies et de poules, qu'outre sa provision de bouche, il en vend chaque

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aonée pour une somme considérable. A l'yard de son office, il est biiah bakilulu àa tefterdar ( emploi des plus médiocres ). Le sultan ne lui fît pas la moindre réplique; mais aussitôt qu'il le vit un peu écarté, il se tourna vers lekidar agasi : Avez-yous entendu, lui dit-il, ce que ce monstre vient de me raconter dé mon bash bakilulu? Pour moi, je vous assure que j'ai découvert sa folie trois jours après l'avoir fait visir. Mais, afin que ceux qui l'ont tant désiré puissent aussi la découvrir, je veux lui laisser sa dignité pendant quelques mois, d'autant plus que les affaires de l'empire sont actuellement assez tran* quilles pour ne pas craindre que son imprudence fasse ton à l'Etat.

Sa haine contre les diréti^os éclata aussitôt par le renouvelïëmentdes loix qu'il avoit portées contre eux , lorsqu'il étoit caîmacan. Il ne se trouva plus personne qui osât s'en plaindre, et chaque jour offrit de nouveaux exemples (de rigueur et de cruauté contre le christianisme. Le détail ^i seroit long^ mais ce zèle même, qui continuoit de le rendre agréable an peuple, fut mêlé de tant de folies, que s'étant acquis dans le public Je surnom d'insensé^ il parut au sultan qu'il étoit temps de le déposer» Cependant , comme ses fautes venoient moins de malice que d'un manque de génie , il en fut quitte pour être banni ijstankoi, qui est l'ancienne Coos^

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patrie (FHypociate, oà on Itd aceorda par jour trob cents autres pour sa snbsistaioce. Il y flàonrut dechagrin.

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