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ROSE DE TANNE60URO. iS9
répandue sur la figure de Hathilde près de monter aux deux, adoucirent d'abord la douleur de Rose; et ses sentiments religieux s'augmentant par le désir et Fespoir du salut étemel de son excellente mère, elle éprouva le désir de mourir avec elle pour la suivre au séjour des bienheureux. Elle ne quittait pas le chevet de sa mère; et à Texpression de dévotion et d'amour, de sollicitude et de compassion qui animait son beau visage, on l'aurait prise pour le bon ange de Mathilde.
Peu de jours après arriva le chevalier. La nuit était déjà avancée, mais Rose veillait toujours : elle courut, au-devaot de son père , qu'elle rencontra au bas du grand escalier. En l'embrassant elle ne pou* vait parler; ses larmes seules, tombant en abondance , disaient à Edelbert le danger de Mathilde. Il monta. Arrivé près du lit de douleur, il versa un torrent de larmes en voyant l'étonnante pâleur de son épouse et tous les symptômes d'une mort prochaine sur son visage altéré. Il pleurait d'un côté du lit, Rose sanglotait de l'autre côté. Mathilde, rassemblant le peu de forces qui lui restaient, leur tendit à chacun une de ses mains déjà presque glacées, et dit d'une voix faible , mais avec un sourire d'une inexprimable tendresse : « Cher Edelbert , chère Rose , ma dernière heure s'approche ; je ne reverrai plus le lever du soleil. Mais ne vous désolez point, je vais changer de demeure, et voilà tout. Recevez ma bénédiction. Nous nous rejoindrons un jour, et pour ne plus nous séparer. « Après ces mots, les forces lui manquant , elle fut obligée de faire une pause ; puis elle ajouta : « Edelbert, je ne t'ai jamais donné mon portrait ; mais regarde notre fille , c'est mon image
vivante, c'est le plus précieux souvenir que je puisse te laisser de moi. Je la remets entre tes mains dans ce moment suprême et en présence de Dieu. Je me suis toujours appliquée à Télever dans les principes sacrés de la religion et à perfectionner mon ouvrage, Reporte sur cette enfant toute la tendresse dont tu n'as cessé de me donner des preuves , et dont je te remercierai encore en expirant.
« Et toi , ma chère Rose , continua-t-elle , tu as toujours fait la joie et les délices de ma vie ; jamais tu ne m'as affligée , tu as toujours été pour moi la meilleure des filles : c'est un témoignage que ta mère se plaît à te rendre à ses derniers moments. Rose , ma chère enfant , conserve ta piété , ton innocence, la bonté de ton cœur. Honore et chéris ton excellent père. Hélas! dans sa terrible profession il est continuellement exposé à tant de périls ! Si le malheur voulait qu'il fût blessé , je te recommande de me remplacer auprès de lui. Tu dois être , et tu seras , n'est- il pas vrai , ma bonne Rose? la consolation de sa vieillesse; tu le soigneras, tu l'aimeras ; enfin tu seras pour lui , comme tu as été pour moi , la meilleure des filles.
«ODieu, ajouta-t-elle , Dieu tout-puissant, exaucez la prière d'une mère expirante qui vous implore pour son enfant ! Daignez , ô mon Dieu , la préserver de tout mal, la soutenir dans la voie des vertus, et nous accorder à tous trois la grâce d'être un jour réunis dans les cieux. Là, dit- elle en serrant dans ses mains glacées les mains de son époux et de sa fille , qui fondaient en larmes , 1^ , du moins ; nous ne mourrons plus et nous pourrons nous aimer éternellement. Tous trois nous n'avons eu sur cette
terre qa'un cœur et qu*une âme; il en sera de môme quand nous aurons quitté cette vie, et rien ne troubler^ notre union. »
Puis elle jeta sur son époux et sa fille un dernier regard , où se peignait une angélique sérénité , et fixa ses yeux sur un tableau suspendu en face de son lit. Ce tableau représentait le Christ mourant sur la croix. « 0 mon divin Sauveur, dit-elle d*une voix éteinte et à peine intelligible, je remets mon âme entre vos mains... » Ce furent ses dernières paroles. Elle rendit le dernier soupir.
11 serait impossible d'exprimer Taffliction du père et de la fille pendant cette nuit fatale, le jour suivant, et la cérémonie des funérailles. Toute la population des environs partagea leur deuil. Chaque maison , chaque chaumière était plongée dans une si grande désolation , qu'on y semblait , conmne au château, pleurer la meilleure des mères. Bt pendant de longues années encore, et même jusqu'à la seconde et à la troisième génération, on garda dans toute la contrée le touchant souvenir de cet ange de vertu et de bienfaisance.