‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 48 sur 107 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le soin des enfants est une occupation digne des anges.

Au commencement du siècle dernier, il y avait, non loin de la grande forêt de B**"", un antique et superbe château , habité par le comte Frédéric de la Rochéne et la comtesse Adélaïde, son épouse. Ils n'avaient qu'un seul enfant, nommé Henri, petit garçon plein de gentillesse et beau comme un ange; aussi le chérissaient -ils au delà de toute expression.

Hais, avant que cet enfant sût prononcer le doux nom de père, la guerre éclata, et le noble comte fut obligé de quitter sa famille pour se rendre à Tarmée. La bonne comtesse resta seule avec ses domestiques dans le château; le petit Henri devint alors le seul objet de sa tendresse et son unique consolation dans la solitude où la laissait Fabsence de son époux. Elle résolut de se dévouer tout entière à l'éducation de cet enfant chéri , et ses vœux appelaient sans cesse l'heureux moment où , volant à la ren-

contre de soa époux , elle lui présenterait leur fils grandi et embelli.

Un soir, la comtesse était dans sa chambre, assise et tenant son enfant sur ses genoux; la bonne, nommée Marguerite, amusait le petit Henri, et lui présentait, en folâtrant, quelques fleurs nouvellement cueillies. L'enfant étendait ses petites mains pour saisir ces fleurs, et souriait. La mère souriait aussi, et jouissait de la joie naïve de son cher petit Henri. Tout à coup un des domestiques qui avaient accompagné le comte Frédéric à Tarmée entra dans Tappartement, et apporta la triste nouvelle que son maître, dangereusement blessé, demandait à voir son épouse avant son dernier moment, qui ne paraissait pas éloigné.

A ces mots, la pauvre comtesse devint pâle comme la mort, et fut tellement saisie, qu'il lui resta à peine la force de soutenir son enfant. Le messager tâcha de la rassurer en lui donnant Tespoir que le comte pourrait se rétablir; mais il ne put lui cacher que le danger était imminent, et qu'elle serait obligée de partir sur-le-champ , et de voyager nuit et jour, si elle voulait être sûre de trouver son époux encore en vie. La comtesse ne voulut pas perdre une minute. Elle embrassa son fils en versant des larmes amères. « Mon bon petit Henri , s'écria-t-elle tout éplorée , hélas ! tu ne peux comprendre encore le désespoir de ta mère. Pauvre enfant ! tu perdras ton père avant de Tavoir connu. Ah ! mon cœur se brise à l'idée de me séparer de toi; mais il est impossible de t' emmener dans ce long et pénible voyage , et au milieu des horreurs de la guerre.

« 0 Marguerite, continua-t-elle en se tournant vers la bonne , je Tais te confier ce que j*ai de plus cher; aie bien soin de cet enfant; ne le laisse pas un moment seul, pas même pendant son sommeil. Fais comme si j'étais toujours présente; donne- lui les mêmes soins et la même attention. Tous les matins surtout, lorsque le temps sera beau, tu lui feras respirer Tair pur en le promenant dans le jardin. Chante-lui souvent une petite chansonnette, parle-lui, montre-lui des fleurs ou d'autres objets agréables ; mais ne lui laisse jamais entre les mains rien qui puisse le blesser. Je pense bien que tu ne lui feras jamais le moindre mal , et j'espère que tu supporteras avec patience les petits défauts de son âge. besoin dés enfants est une occupation digne des anges : sois l'ange tutélaire de mon fils. J'ai recommandé à Marlhe, la femme de charge, en lui confiant le soin de toute la maison, de veiller aussi à ce que tu suives ponctuellement toutes les instructions que je viens de te donner, et de m'en rendre compte. Promets-moi de ne jamais rien oublier de ce que je viens de te recommander, pour que, du moins à cet égard, je puisse être tranquille. A mon retour, si tu me présentes mon enfant gai et bien portant, tu peux être sûre que je te récompenserai de tes soins. »

Marguerite promit tout. La comtesse embrassa son enfant, le bénit; puis, l'ayant rendu à sa bonne, elle descendit dans la cour, où l'entourèrent tous ses domestiques éplorés. Enfin elle monta en voiture, et partit à l'entrée de la nuit , malgré la pluie, qui tombait par torrents.

150 LE JEUNE HENRÎ.

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