‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 73 sur 107 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La biche secourable.

Geneyiëye resta longtemps évanouie; enfin elle se réveilla, et se vit toute seule avec son enfant au milieu de cette forêt sauvage. Depuis longtemps la lune était cachée , le ciel s'était couvert de nuages. 11 devint très-obscur. Un vent effroyable mugissait entre les arbres. Au-dessus de la tête de Geneviève, un hibou fit entendre son lugubre cri, et non loin d'elle un loup se mit à hurler. Elle ne put s'empêcher de tressaiUir. .

« 0 Dieu , s'écria-t-elle , mon cœur est saisi d'épouvante. Cependant même ici vous êtes encore près de moi. Devant vous les ténèbres disparaissent: vous me voyez, vous n'abandonnez jamais ceux qui se confient en vous. Vous avez sauvé mon enfant et moi de la main des hommes. Grâces éternelles vous soient rendues. Vous ne nous laisserez pas périr par la dent des animaux féroces. Je mettrai toute ma confiance en vous, et je vivrai saos crainte. »

Elle resta donc assise sous l'arbre, tenant l'enfaot sur ses genoux et ses mains jointes par-dessus l'enfant; les yeux tournés vers le ciel, elle attendait ainsi que le jour parût. Hais , hélas ! le jour ne lui apporta que de nouveaux chagrins. C'était une matinée d'automne , sombre , nébuleuse. Toute la contrée d'alentour était sauvage et d'un horrible aspect. Partout rien que des rochers arides, de

noirs sapins et des buissons d'éj^aes ni^le genièvre. L'air du matin était 4i*iin froid pénétrant ; et à la fin il commença à tomber une pluie violente mêlée de neige. Geneviève tremblait de froid , et son cher enfant, tourmenté à la fois par Fhumidité, le froid et la faim , se mit à pleurer et à crier. Elle chercha partout aux envfrons quelque arbre creux ou quelque fente de rocher pour s'y mettre à Fabri , et quelques fruits sauvages pour se nourrir... Mais nulle part , dans ces buissons à demi dépouillés de feuilles, elle ne put trouver ium seule baie. Alors, avec ses mains délicates , elle se mit à gratter la terre dure et à moitié gelée ; la neige fut teinte de son sang; enfin elle découvrit quelques racines sauvages qu'elle apprêta avec ses dents pour les donner à son enfant.

Ensuite, et quoiqu'elle se sentit d'une extrême faiblesse , elle poursuivit son chemin , portant son enfant sur son bras , au milieu de la pluie et de la neige , sans savoir où aller. Du haut d'une montagne elle aperçut entre des rochers arides un petit vallon couvert de verdure. Elle y descendit, non sans peine. Elle vit dans un rocher garni de sapins une petite ouverture ; elle s'y hasarda et arriva à une caverne assez spacieuse pour loger, en cas de besoin, deux ou trois personnes. Non loin de là elle entendit le bruit d'une source claire comme le cristal, jaillissant des flancs du rocher. Une espèce de plante de citrouille ou courge grimpait le long du roc; mais ses feuilles étaient desséchées, et les fruits, à moitié pourris, épars sur la terre, n'étaient pas mangeables.

Geneviève entra avec son enfant dans la caverne*

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