CHAPITRE XX
L'ermitage.
Les enfants^ curieux comme on Fest à cet ftge, après avoir vu Geneviève, Dolor et Golo, témoignaient aussi le désir de voir la fidèle biche. Le comte lui avait fait construire dans le parc du château une très-jolie cabane. Elle se promenait librement dans le parc, dans la cour et même dans Tintérieur du château. Plusieurs fois par jour elle montait à Tappartement de Geneviève , et ne se retirait qu'après avoir été admise quelques instants. Elle était si familière avec tout le monde , qu'elle venait manger dans la main ce qu'on lui présentait; les chiens de chasse, qui la connaissaient, ne lui faisaient aucun mal. Les enfants témoignaient une grande joie de voir ce bel animal, lui donnaient du pain , et prenaient plaisir à le caresser ; et les mères disaient : « Mon Dieu, sans cette fidèle biche, notre chère comtesse et notre cher comte auraient péri de faim dans le désert.
— Voilà pourquoi Ton ne doit tourmenter aucun animal, répondait la domestique chargée de soigner la biche ; si nous n'avions pas le bœuf qui traîne notre charrue, ni aucune vache qui nous donnât du lait, nous mènerions une vie presque aussi triste que celle de notre maîtresse dans le désert. Oui , sans les animaux la terre serait un véritable désert pour nous. On y verrait peu de champs cultivés , et les plus belles prairies ne nous serviraient de rien.
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Ainsi gardons-nous de tourmenter nos animaui domestiques , et rendons grâces à Dieu pour ce bienfait. »
On ne sait pas positivement jusqu'à quel âge Geneviève vécut encore ; mais ce qui est certain , c'est que tant qu'elle vécut elle fut heureuse , faisant encore infiniment de bien , et sa fin fut douce et paisible. Le dernier de ses jours ressembla à une belle soirée de printemps après un terrible orage heureusement passé , et Ton peut comparer sa mort au coucher du soleil , qui brille et nous envoie sa lumière bienfaisante jusqu'à ce qu'il se dérobe à nos yeux , pour se lever plus resplendissant dans on monde meilleur.
Une foule innombrable assista à son convoi, et tout le monde pleura sur sa tombe. Sigefroi et Oolor l'arrosèrent de leurs larmes. La biche ne la quitta plus , ne toucha plus à la nourriture qu'on lui apportait, et un matin on la trouva morte sur la tombe de sa maîtresse. Le comte fit ériger à Geneviève un magnifique mausolée en marbre blanc, sur lequel la fidèle biche était aussi représentée.
A la prière de Geneviève, le comte avait fait bâtir un ermitage dans le désert. A droite, à côté de la caverne, on voyait la chapelle. L'évêque Idolpbe en fit l'inauguration , et le peuple la nommait la chapelle des femmes. Sur les murs, des peintres habiles tracèrent, danà plusieurs tableaox, les principaux événements de l'histoire de Geneviève , et la petite croix de bois , à laquelle se rattachaient tant de souvenirs, fut, mais seulement après la mort de Dolor, enrichie d'ornements d'or, et placée sur l'autel. A gauche de la caverne s'éleva
Termitage , dont le petit jardin était arrosé par la source voisine. Beaucoup de personnes vinrent successivement visiter ce lieu devenu célèbre , et Faffable ermite leur montrait la petite croix de bois, les tableaux, la caverne, la pierre sur laquelle Geneviève s'était si souvent agenouillée, la source où elle étanchait sa soif. Il racontait les détails de son histoire , et exhortait les grands et les petits à suivre son exemple.
Geneviève fut révérée par le peuple comme une sainte. Près d*un siècle après sa mort, les plus anciens vieillards disaient encore avec orgueil : « Quand j'étais enfant j'ai vu Geneviève , » et ils racontaient à leurs neveux attentifs ce qu'elle leur avait dit.
Le château de Sifroibourg , ou Sifridsheim , vulgairement nommé Simmern, où Sigefroi et Geneviève avaient demeuré, était situé dans le ci-devant département de Rhin-et-Moselle. Le temps l'a détruit, et aujourd'hui on ne voit plus, près de Coblentz, que quelques ruines, connues sous le nom du VieuX'Simmern. Mais le temps n'a point détruit dans les cœurs de la postérité l'amour et la vénération pour les vertus de cette femme admirable. Beaucoup d'églises magnifiques lui furent dédiées, et, de nos jours encore, beaucoup de femmes et de niles portent l'honorable nom de Geneviève.
FIIV DE GEIŒVIÈVE.
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