L'ANCIEN HOTEL GUÉMÉNÉE, PLACE DES VOSGES
Victor Hugo l'habita de 1830 à 1832 et il y écrivit Xolre-Dame de Paris.
Aujourd'hui Musée Victor-Hugo.
VICTOR HCGO — TROSE.
d'étudier la pensée d'esthétique et de philosophie cachée dans ce livre ».
Le certain est que Notre-Dame de Paris avait tout de suite obtenu un succès considérable En dix-huit mois il se vendit trois mille cent exemplaires : gros chiffre pour ce temps-là.
Le roman historique était, du reste, à la mode Les Martyrs, de Chateaubriand, n'avaient qu'à moitié réussi (1809) ; mais les premiers romans de Walter Scott avaient été accueillis en France avec enthousiasme. En 1820 — année où parut Ivanhoé, — le romancier écossais était regardé chez nous comme le plus grand des écrivains vivants. Dès 1819, Victor Hugo avait salué son « génie » dans le Conservateur littéraire, et, en 1823, dans une autre revue, la Muse française, il commençait ainsi une étude sur l'auteur deQuentin Durward : « Certes, il y a quelque chose de bizane et de merveilleux dans le talent de cet homme qui dispose de son lecteur comme le vent dispose d'une feuille ; qui le promène à son gré dans tous les lieux et dans tous les temps;... dont l'imagination domine et caresse toutes les imaginations, revêt avec la même étonnante vérité le haillon du mendiant et la robe du roi, prend toutes les allures, adopte tous les vêtements, parle toutes les langues... ' •. Au surplus, on sait que, dans Han a" Islande, il imita quelques-uns de ses procédés de composition; et, assurément, l'espoir de l'égaler, sinon de le surpasser, en écrivant à son tour un grand roman historique, ne fut pas étranger au désir qui vint à Hugo de faire Notre-Dame de Paris. X'a-t-il pas même osé y dessiner (d'une main sûre et vigoureuse, d'ailleurs) un Louis XI qu'il était impossible de ne pas comparer avec l'admiraole portrait du même roi dans Quentin Durward?
A l'influence de Walter Scott joignez celle des écrivains français qui de 1826 à 1830, donnèrent des romans historiques remarquables. Alfred de Vigny, en 1826, publie Cinq-Mars. Yitet, de 1826 à 1829, ses Scènes historiques, c'est-à-dire i°les Barricades. 2° les EtatsdeBlois. 30 la MortdeHenri III . enfin Mérimée, en 1829, sa Chronique de Charles IX. — Pourtant, il faut le noter : dans la pensée de Victor Hugo, lorsqu'il se fut mis au travail, le but et le caractère de son roman étaient encore plus artistiques qu'historiques. La preuve en est dans cette réponse à Gosselin. qui lui avait demandé quelques renseignements sur l'ouvraee : « ... C'est une peinture de Paris au quinzième siècle, et du quinzième siècle à propos de Paris. Louis XI y figure dans un chapitre-. C'est lui qui détermine le dénouement. Le Uvre n'a aucune prétention historique, si ce n'est de peindre peut-être avec quelque sc'ence et quelque conscience, mais uniquement par aperçus et par échappées, l'état des mœurs, des croyances, des lois, des arts, de la civilisation enfin, au quinzième siècle. Au reste, ce n'est pas là ce qui importe dans le livre. S'il a un mérite, c'est d'être œuvre d'imagination, de caprice et de fantaisie...'».
Et le fait est que Notre-Dame de Paris est à la fois un essai et souvent une merveille de reconstitution — ou d'évocation — historique et une œuvre d'art ou de * fantaisie », ajoutons : plus ou moins symbolique. Les deux principaux personnages, le monstrueux sonneur Quasimodo, le troisième » monstre » créé par le romancier, et l'archidiacre Claude Frollo, sont des symboles. Les juger du point de vue psychologique, ou historique - — en d'autre? termes, comme des individus, qui devraient être à la fois vrais et vivants, ou comme des représentants de la société du quinzième siècle, ayant aussi pour devoir d'être vivants et vrais, — c'est commettre une erreur, qui est sûrement, d'avance, une injustice. Ils incarnent on verra
1. On peut lire cet article dans Littérature et Philosophie mêlées (1^34). recueil dont nous parlerons plus loin, et citerons quelques pages.
2. 11 y figure aussi dans un des chapitres ajoutes en 1832: Abbae Bea'i Martini {L'Abbé de Saint-Martin).