‹ uvres choisies illustréesChapitre 209 sur 240 · FREDERICK LEMAITRE · texte numérisé non relu

FREDERICK LEMAITRE

Frederick Lemaître est bourru, morose, et bon. Il vit retiré avec ses enfants...

Frederick aime la table. Il n'invite jamais personne à dîner que Porcher, le chef de la claque. Frederick et Porcher se tutoient. Porcher a du bon sens, de bonnes manières et beaucoup d'argent, qu'il prête galamment aux auteurs dont le terme va échoir. Porcher est l'homme dont Harel disait : — Il aime, protège et méprise les gens de lettres.

Frederick n'a jamais moins d'une quinzaine de plats à sa table. Quand la servante les apporte, il les regarde et les juge sans les goûter. Souvent il dit : — C'est mauvais. — En avezvous mangé ? — Non. Dieu m'en garde ! — Mais goûtez-y.

— C'est détestable. — Moi, je vais y goûter, dit Clarisse-.

— C'est exécrable. Je vous le défends. — Mais laissez-moi essayer. — Qu'on emporte ce plat ! c'est une ordure. — Et il fait venir sa cuisinière et lui lave la tête.

Il est extrêmement craint de tous dans sa maison. Ses domestiques vivent dans la terreur. A table, s'il ne parle pas. personne ne dit mot. Qui oserait rompre le silence quand il se tait? On dirait un dîner de muets ou un souper de trappistes, à la chère près. Il mange volontiers le poisson à la fin. S'il a un turbot, il se le fait servir après les crèmes. Il boit en dînant une bouteille et demie de vin de Bordeaux. Puis, après dîner, il allume son cigare, et, tout en le fumant, il boit deux autres bouteilles de vin.

Avec tout cela, un comédien de génie et fort bonhomme. Il pleure aisément, et pour un mot, dur ou doux, qu'on lui dit, fâché.

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