‹ uvres choisies illustréesChapitre 218 sur 240 · PENDANT LE SIEGE DE PARIS · texte numérisé non relu

PENDANT LE SIEGE DE PARIS

Rien de charmant, le matin, comme la diane dans Paris. C'est le point du jour. On entend d'abord, tout près de soi, un roulement de tambours, puis une sonnerie de clairons, mélodie exquise, ailée et guerrière. Puis le silence se fait. Au bout de vingt secondes, le tambour recommence, puis le clairon, chacun répétant sa phrase, mais plus loin. Puis cela se tait. Un instant après, plus loin, même chant du tambour et du clairon, déjà vague. mais toujours net. Puis, après une pause, la batterie et la sonne-

CHOSES VUES. II — i-S'.i

rie reprennent, très loin. Puis encore une reprise, à l'extrémité de l'horizon, mais indistincte et pareille à un écho. Le jour paraît et l'on entend ce cri : Aux armes ! C'est le soleil qui se lève et Paris qui s'éveille.

/er janvier i8ji. — J'ai faim. J'ai froid. Tant mieux. Je souffre ce que souffre le peuple.

Décidément, ie digère mal le cheval. J'en mange pourtant. Il me donne des tranchées. Je m'en suis vengé, au dessert, par ce distique :

Mon dîner m'inquiète et même me harcèle, J'ai mangé du cheval et je songe à la selle.

Les prussiens bombardent Saint-Denis.

2 janvier. — Daumier ' et Louis Blanc ont déjeuné avec nous.

Louis Koch a donné à sa tante pour ses étrennes deux choux et deux perdrix vivantes !

Ce matin nous avons déjeuné avec de la soupe au vin. On a abattu l'éléphant du Jardin des Plantes. Il a pleuré. On va le manger.

Les prussiens continuent de nous envoyer six mille bombes par jour.

j janvier. — Lune. Froid vif. Les prussiens ont bombardé Saint-Denis toute la nuit.

De mardi à dimanche, les prussiens nous ont envoyé vingt-cinq mille projectiles. Il a fallu pour les transporter deux cent vingt wagons. Chaque coup coûte 60 francs; total: 1.500.000 francs. Le dégât des forts est évalué 1.400 francs. Il y a eu une dizaine de tués. Chacun de nos morts coûte aux prussiens 150.000 francs.

5 janvier. — Le bombardement s'accentue de plus en plus. On bombarde Issy et Vanves.

Le charbon manque. On ne peut plus blanchir le linge, ne pouvant le sécher. Ma blanchisseuse m'a fait dire ceci par Mariette : — Si M. Victor Hugo, qui est si puissant, voulait demander pour moi au gouvernement un peu de poussier, je pourrais blanchir ses chemises.

J'étais aux Feuillantines, un obus est tombé près de moi...

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