‹ uvres choisies illustréesChapitre 232 sur 240 · LA VOIX · texte numérisé non relu

LA VOIX

Gennaro ! Je meurs ! Venge-moi !

gennaro, relevant le couteau.

C'est dit. Je n'écoute plus rien. Vous l'entendez, madame, il faut mourir !

dona lucrezia, se débattant et lui retenant le bras.

Grâce ! grâce ! Encore un mot !

gennaro

Non !

DOXA LUCREZIA

Pardon ! Ecoute-moi !

GENNARO

Non !

DONA LUCREZIA

Au nom du ciel !

GENNARO

Non !

(// la frappe.)

DOXA LUCREZIA

Ah !.. tu m'as tuée ! — Gennaro ! je suis ta mère. <^0 <*

r.lii — MARIE TVDÔH

Représentée sur le même théâtre que Lucrèce Borgia, le 6 novembre 1833. Marie Tudor fut loin d'y réussir comme sa devancière. M1,c George y jouait, cependant, le rôle de la fameuse reine d'Angleterre, et son apparition, an commencement du second acte, « fut un éblouissement », lit-on dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (chap. lx). Mais, avoue très loyalement le même ouvrage, des sifflets accueillirent l'entrée du bourreau (à la fin du second acte), et « toute la troisième partie ', surtout la scène de Gilbert et de Jane, excita des ricanements continuels. Le cortège de l'exécution, au dernier acte, fit grand effet, et le bourreau, sifflé au second acte, fut applaudi au quatrième2. Mais les sifflets reprirent aussitôt. Mlle George elle-même ne fut plus ménagée. Son imprécation contre Londres fut bourrasquée ; la grande scène finale fut sifflée d'un bout à l'autre ». Victor Hugo raconté, etc., ajoute, il est vrai, que la chute de la pièce avait été machinée par le directeur de la Porte-Saint-Martin, Harel, qui, brouillé avec le poète, s'était promis de faire tomber cette Marie Tudor. Pourtant, dit encore le « témoin », le drame ainsi malmené « eut un nombre de représentations plus qu'honorable ». — Il fut repris en 1873, à la même Porte-Saint-Martin. Mme Marie Laurent y remplaçait Mlle George, morte en 1867. Et, chose curieuse, Frederick Lemaître, alors âgé de soixante-treize ans, et qui devait mourir en 1876, accepta, lors de cette reprise, un rôle original mais de troisième plan, celui d'un « argentier juif ». qui disparaît de la scène pour n'y plus reparaître, dès le premier acte.

Jusqu'à présent, nous avons parlé d'actes, pour être clair; mais le poète, cette fois, divisa son drame, à l'espagnole, en « journées ».

L'action se passe à Londres en 1553 (année où la catholique Marie Tudor, née en 15 16, monta sur le trône d'Angleterre). Il faut malheureusement en convenir : si l'action même, dans sa complication mélodramatique, est émouvante, c'est au détriment de l'histoire, méconnue, ou, plutôt, défigurée dans le prétendu portrait de la reine. « Grande comme reine, vraie comme femme », voilà, d'après Victor Hugo, sa Marie ;i ! Or. comme reine, elle est indigne et incapable de gouverner un grand peuple : comme femme, c'est une Mescaline. Paul de Saint-Victor lui-même confesse qu'ici Victor Hugo a outrepassé les franchises accordées à l'art dramatique *. Vieille ayant l'âge, et malade, la fille de Henri VIII fut une reine chaste. Nous la montrer changeant d'amants avec cette aisance \ et folle, trois actes durant, d'un aventurier italien, c'est la rendre « aussi méconnaissable que le serait, par exemple, Catherine II de Russie transformée en matrone austère '"• ».

Marie la Sanglante, oui ; mais non Marie la dissolue. Encore sied-il de distinguer entre les persécutions religieuses et les exécutions politiques

1. Le « témoin » veut dire la première partie du troisième et dernier acte.

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