‹ uvres choisies illustréesChapitre 233 sur 240 · Victor Hugo : « Marie Tudor · texte numérisé non relu

Victor Hugo : « Marie Tudor

5. Dès les premiers mots de la première scène il est question « du temps où elle aimait le cardinal Polus » ; et, un peu plus loin (se. 11), un geôlier de la Tour de Londres dit:

C'est moi qui ramasse les morceaux de tous les ministres et de tous les favoris qui se cassent chez la reine •.

(>. Victor Hugo, p. 'J4.

M - ■•■ du Prado, a Madrid.

l'Ail ANTONIO Mo le

VKTOK HUGO — PROSE.

dont la mémoire de cette reine est tout ensanglantée. Les persécutions sont abominables ; mais les exécutions politiques, reconnaissons-le, furent nécessaires. Quel souverain, au seizième siècle, eût pu faire grâce à des Thomas Wyatt1 et à des Xorthumberland!?

Elisabeth, en vérité, mieux que Marie Tudor à qui elle succéda, eût permis au poète de réaliser le dessein qu'il formule en ces termes dans la préface de sa pièce : « Poser largement sur la scène... ce formidable triangle qui apparaît si souvent dans l'histoire : une reine, un favori, un bourreau ».

La première « journée • a pour titre : V Homme du peuple, et pour décor une grève déserte, sur le bord de la Tamise, au delà de laquelle on aperçoit Londres. La nuit approche. Des lords et Simon Renard (le bien nommé). « légat de l'empereur ;l » causent entre eux de la reine, « très amoureuse... et, par conséquent, très jalouse », et de son favori actuel, l'Italien Fabiano Fabiani. Et Simon Renard annonce que, s'il « rencontre cette nuit un homme comme il en cherche un », le favori sera « demain, à pareille heure », à la Tour de Londres K Puis il commande aux lords de se disperser sans trop s'écarter, et sort le dernier. Arrive — avec Jane, sa fiancée, et Joshua, geôlier à la Tour — l'ouvrier Gilbert, qui a là sa petite maison. Joshua parti, Gilbert demande à Jane si elle l'aime ; et Jane, qu'il a recueillie toute petite, qu'il a élevée, multiplie les protestations de reconnaissance, mais, évidemment, si elle l'a aimé, c'est bien fini. Et, restée seule, que ditelle ?... Gilbert l'a quittée en s'écriant : « Encore aujourd'hui ton père ; dans huit jours ton mari ». Alors, elle :

Mon mari ! Oh ! non, je ne commettrai pas ce crime. Pauvre Gilbert ! il m'aime, celui-là, — et l'autre !... Pourvu que je n'aie pas préféré la vanité à l'amour. ! Malheureuse fille que je suis ! dans la dépendance de qui suis-je maintenant? Oh ! je suis bien ingrate et bien coupable ! J'entends marcher. Rentrons vite.

Au moment où elle entre dans la maison avec la clef de Gilbert (elle a dit à Gilbert qu'elle avait égaré la sienne), celui-ci revient, ramené par « un homme... coiffé d'un bonnet jaune » (l'argentier juif). « Veillez sur votre maison cette nuit », dit cet homme, « et venez si vous m'entendez appeler main -forte ». Puis, seul, il prête l'oreille à « un bruit de rames et de guitare » : une voix éloignée d'abord, mais de plus en plus distincte, chante une chanson d'amour, qui est devenue célèbre :

Quand tu ris, sur ta. bouche

L'amour s'épanouit,

Et le soupçon farouche

Soudain s'évanouit.

Ah ! le rire fidèle

Prouve un cœur sans détours ..

Riez, ma belle,

Riez toujours.

i. Sir Thomas Wyatt, né vers 1521, marcha sur Londres à la tête d'une petite armée en 1554. Il fut exécuté la même année.

2. John Dudley, duc de Xorthumberland, qui tenta de substituer sa maison à celle desTuiors, sur le trône d'Angleterre, en y faisant asseoir sa belle-fille Jane Grey, petitenièce de Henri VIII, au détriment d'abord de la fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, Marie Tudor. 11 fut exécuté (août 1553 .

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