MIRABEAU ORATEUR
Mirabeau qui parle, c'est Mirabeau. Mirabeau qui parle, c'est l'eau qui coule, c'est le flot qui écume, c'est le feu qui étincelle, c'est l'oiseau qui vole, c'est une chose qui fait son bruit propre, c'est une nature qui accomplit sa loi. Spectacle toujours sublime et harmonieux •'
Mirabeau à la tribune,... c'est quelque chose de magnifique. Là, il est bien lui, lui tout entier, lui tout-puissant. Là, plus de table, plus de papier, plus d'écritoire hérissée de plumes, plus de cabinet solitaire, plus de silence et de méditation ; mais un marbre qu'on peut frapper, un escalier qu'on peut monter en courant, une tribune, espèce de cage de cette sorte de bête fauve, où l'on peut aller et venir, marcher, s'arrêter, souffler, haleter, croiser ses bras, crisper ses poings, peindre sa parole avec son geste, et illuminer une idée avec un coup d'œil ; un tas d'hommes qu'on peut regarder fixement , un grand tumulte,
1. Voir l'excellent ouvrage de M Aulard : les Orateurs de l'Assemblée constituante, notamment au chaj itre intitulé Mirabeau à la tribune. Parlant des pages de Victor Hugo, M. Aulard a pu dire : « Je ne connais pas d'exemple plus curieux de fantaisie historique. Il est évident que le grand poète n'a pris aucun renseignement, ouvert aucun livre. A ce nom de Mirabeau, son imagination s'est éveillée, et il a peint un orateur idéal qui n'p pas le plus lointain rapport avec le Mirabeau réel ». — « Mê.ne observation, ajoute M. Aulard, pour le Mirabeau de Lamartine. » — A la tribune, Mirabeau fut toujours calme et grave, plein de sang-froid. Et d'autre part, loin de foudroyer les interrupteurs, il répondait très mal aux objections.