II. — Sociétés de Géographie et d'àg r îcuitu r e
La carte de France au 200000 e , dont il dirigeait l'exécution au ministère des Travaux publics, avait signalé Cheysson à L'attention de lit Société de Géographie, qui L'appela bientôt au sein de sa commission centrale et, quelques années après, en 1896, lui en confia la présidence.
On sait le rôle joué par cette Société, qui, fondée au lendemain de nos malheurs, s'était donné la tâche, à la fois scientifique et patriotique* de déterminer un courant d'opinion vers les questions coloniales, en encourageant et honorant tous ceux qui, au péril de leur vie, contribueraient à effacer les parties blanches de nos cartes et à créer à notre | > ; i \ s des titres pour qu'il ne fut pas oublié, notamment à l'heure du partage du continent noir.
Ce programme a été magnifiquement rempli, et la Société de Géographie peut revendiquer une part importante dans la popularité de ces questions, autrefois accueillies avec indifférence, et dans la constitution de notre empire colonial.
Peu après la fondation de la Société de Géographie, en 1873, une société filiale essaimait d'elle et prenait une vie distincte, sous le
EMILE CrtEYSSON
nom de Society dè^Géographiè commerciale. C'est la loi des sociétés savantes. Quand elles deviennent prospères, leurs branches, en touchant le sol, y prennent racine el se détachent du tronc primitif pour vivre désormais de leur propre vie.
Comme l'indiquait son nom, la nouvelle Société avait pour programme, moins l'exploration scientifique-dés contrées nouvelles que leur exploitation commerciale. Elle s'adressait donc de préférence aux économistes et aux commerçants, parmi lesquels elle ne tarda pas ii recruter une clientèle aussi étendue que dévouée. Elite fit appel à Cheysson, le nomma membre de son Conseil, puis Président de La Société pendant les deux années 1898-1900. Là encore il retrouva le même personnel et les mêmes questions, seulement envisagées sous un autre angle, et, autant que lé lui permettait cette situation, il put ainsi travailler à mettre en lumière les efforts et les initiatives ayant pour but l'expansion coloniale de notre pays.
Emile Cheysson s'est également occupé d'agriculture, non pas en théoricien ou en amateur, mais en praticien.
Son père lui avait légué dans le Beaujolais, à Chirouhles (Rhône), une propriété de vignes, qu'il avait acquise sur adjudication judiciaire en juillet 1870, la veille de la déclaration de la guerre. Ce nVst pas pendant les quelques mois (Tune période aussi agitée qu'il avait été possible de songer à l'amélioration de ce domaine. 11 était donc échu à Emile Cheysson tel qu'il avait été acheté devant le tribunal, c'est-à-dire fort délabré comme vignes et comme bâtiment. C'était une propriété à refaire.
Cheysson s'y mit résolument et il n'a pas cessé de poursuivre celte
tâche coûteuse, malgré les difficultés opposées par le phylloxéra et
la mévente des vins.
Contre le phylloxéra, il a détendu pendant (dus de vingt-cinq ans les vignes françaises par les insecticides, \u lendemain de la loi du 9aoûtl879, qui prévoyait des subventions en faveur des syndicats établis pour la défense des vignes, il organisait, sous les inspirations de M. Tisserand, Directeur de l'Agriculture, un de ces premiers syndicats.
Grâce à celte organisation, qui embrassait tous les propriétaires sans exception, la défense a été conduite avec ensemble et, grâce à la nature favorable du sol (granit décomposé), qui facilitait la diffusion des vapeurs du sulfure de carbone, elle s'est
ACTION SCIENTIFIQUE
montrée particulièrement efficace. Pendant que, dans toutes les autres parties du vignoble, on arrachait les vignes françaises pour se livrer aux tâtonnements aventureux de L'adaptation des cépages américains, Ghiroubles gardait ses plants français et la qualité de ses vins. On venait de très loin à la ronde, et même de l'étranger, constater ces résultats, qui semblaient invraisemblables.
La reconstitution s'est faite graduellement, sans secousse, en se bornant à substituer, dans les plantations annuelles de la rotation normale, les plants greffés sur américains aux plants français. On a évité la crise générale infligée aux autres communes par une brusque opération, qui a privé les propriétaires de tout revenu pendant la période de reconstitution et qui a baissé la qualité des vins, puisque toutes les vignes étaient jeunes en même temps et que les meilleurs vins, on le sait, proviennent des vignes âgées.
Ces résultats valurent a Emile Cheysson d'être nommé membre de la Commission supérieure du phylloxéra. Il tut rapporteur du concours pour le prix de 300,000 francs, destiné à l'inventeur d'un remède efficace contre ce fléau, prix qui n'a pas été et ne sera sans doute jamais décerné.
Kiu membre de la Société nationale d'agriculture, il tut chargé par elle, en 1902, du rapport sur le projet de retraites ouvrières, soumis alors par la Chambre au référendum des syndicats et fondé sur le principe de l'obligation. 11 montra les dangers de ce projet, pour le pays en générai et jour L'agriculture en particulier, et conclut à la solution du problème^par l'action libre de la mutualité, d'après la formule de la loi belge du 30 mai 1900. Ses conclusions eurent un grand retentissement et servirent en quelque sorte de type à celles que prirent, presque sans exception, les syndicats agricoles.
Nommé Président de la Société d'agriculture en 1903 et, par une faveur exceptionnelle, réélu à l'expiration de son année de fonction, Cheysson crut devoir refuser cet honneur pour ne pas créer un précédent contraire aux traditions.