‹ Œuvres choisies (tome 1)Chapitre 12 sur 103 · ET DES USINES FRIGORIFIQUES DU GOUVERNEMENT MILITAIRE DE PARIS · texte numérisé non relu

ET DES USINES FRIGORIFIQUES DU GOUVERNEMENT MILITAIRE DE PARIS

Le rôle joué par Emile Cheysson pendant la guerre de 1870 le désignait pour l'étude des questions relatives à L'alimentation de Paris dans le cas d'un nouveau siège. Le ministère de la Guerre, en I89t, le nomma Diree/eur de& moulin* et des usines frigorifiques du gouvernement militaire de Paris. Outre les moulins, ce service comprenait, comme le dit ce titre, les usines de froid, qui, en cas de siège, permettent de conserver la viande du bétail abattu et d'éviter ainsi rembarras des approvisionnements de fourrage et les dangers d'épizootie.

En même temps, Cheysson étail appelé à siéger, comme vice-président, au sein de la Commission d'étude des appareils frigorifiques, présidée par le général Del ambre»

Il organisa son service en taisant appel à des ingénieurs et conducteurs des Ponts et Chaussées cl des mines, à des ingénieurs civils, à des professionnels de la meunerie. Avec leur concours, il dressa des plans de mobilisation étudiés jusque dans les derniers détails. S'inspirant de son expérience de 1870, il s'attacha à imprimer à tous les moulins un caractère de simplicité rustique, en les installant dans les gares et en fuyant toutes les complications qui, (mi cas de siège, peuvent se payer cher.

Ainsi, alors (pie tous les moulins d'industrie ont adopté le cylindre

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et des moteurs perfectionnés, il a tenu à conserver fa vieille meule et La locomotive, qui avaient fait leurs preuves en 1870.

Pour la meule, il eut assez facilement gain de cause (1). Il n f en fut pas de même pour la locomotive. Le ministère de la Guerre ayant absorbé, en faveur des autres services de la mobilisation, toutes les locomotives du camp retranché, déclarait n'en avoir plus de disponibles pour les moulins, el prescrivait à ceserviee derecourir à tous

autres moteurs, fixes ou mobiles, de sou choix.

Il fallut se livrer à de laborieuses recherches et successivement étudier les tocomobiles, les machines fixes ou mi-fixes des industriels, des bateaux-omnibus, des rouleaux empierreurs : enfin celles des secteurs électriques.

('/est de ce dernier côté qu'on crut toucher au succès. De longues négociations avaient eu lieu avec les Ingénieurs el directeurs

des secteurs, qui avaient témoigné des meilleures dispositions pour

l'étude des plans et la rédaction des traités. Enfin, lorsqu'il ne restait plus qu'à échanger des signatures, le président (Tune de

ces compagnies, d'ailleurs Tune des plus prospères et des mieux

dirigées, déclara reculer devant la responsabilité qu'il s'agissait pour lui d'assumer. Qu'adviendrait-il si, malmenés par une exploitation à outrance, peut-être par des manœuvres coupables, ces mécanismes puissants niais délicats, qui font merveille en temps de paix, se dérobaient au moment de la guerre ci compromettaient la défense nationale? Plutôt que d'accepter une pareille responsabilité, cet industriel était prêt à souscrire une somme de cent mille francs, à titre d'offrande patriotique.

Cette déclaration donnait le coup de grâce à la combinaison éleo-

(1) Gomme il serait peut-être difficile de se procurer des meules au moment de la mobilisation, Cheysson demanda à les approvisionner d'avance, avec un certain nombre d'appareils qu'on n'aurait pas pu improviser.

Pour diminuer les sacrifices de l'Etat, il proposa d'acheter ces meules d'occasion dans les moulins qui avaient opéré leur transformation et que ces meules de rebut encombraient. Seulement, pour cela, il fallait opérer non officiellement, mais commercialement et recourir aux offices d'un courtier qui ne dirait pas le nom de son client réel, sous peine de mettre le feu aux prix

Ce procédé était insolite, antiréglementaire. En l'appliquant, Cheysson parvint à obtenir pour 200 fr., en moyenne, des paires de meules que l'Etat, en son nom personnel, aurait payées 600 francs au moins. Mais les objections administratives devinrent si vives qu'il fallut interrompre cette opération. .Mieux valait acheter chèrement, mais administrativement.

EMILE CHEYSSON

trique. D'élimination en élimination, au boul de plusieurs mois d'étude, on se trouvai! ramené au point de départ, c'est-à-dire à la seule solution dont ne voulait pas ^administration, îi celte des locomotives. En présence de cette situation, exposée dans un volumineux rapport, le ministère de la Guerre, enfin persuadé, se résigna au parti inévitable, et consenti! à prélever, sur les disponibilités, les quatorze locomotives (pie réclamait, depuis près de deux ans, le service des moulins.

Cette question fondamentale tranchée, on put aborder 1rs détails du projet, et notamment entamer les négociations avec les compagnies de chemins de fer, qui devaient fournir à la fois L'emplacement, le moteur el les transmissions, puis avec les divers entrepreneurs, au sujet des travaux et fournitures dont ne voulaient pas se charger les compagnies.

En 1870, toutes ces choses s'étaient organisées, au jour le jour, avec une merveilleuse facilité, sous la pression des événements, qui ne comportaient ni hésitation ni relard, -race à l'omnipotence du ministre mise à la disposition d'un service ayant sa confiance. Mais en pleine paix, le formalisme reprenait ses droits. Pour être

agréée, toute proposition devait passer par une triple filière : celle de L'Intendance, chargée de la direction générale des approvisionnements (lu camp retranché de Paris ; celle du gouvernement militaire; enfin celle des bureaux delà guerre. Or ces trois filières n'ont pas toujours le môme diamètre ; elles éliminaient donc un certain nombre de propositions qu'il fallait reprendre sur de nouvelles hases: en tous cas, elles les retardaient toutes,

Néanmoins les plans finirent par être arrêtés avec les compagnies de chemins de fer; les fournisseurs furent agréés, et le tout dûment approuvé.

Pour les appareils frigorifiques, la question était plus neuve et plus difficile. 11 fallut, d'abord, procéder à un long inventaire de tous ceux qu'avait installés pour ses besoins l'industrie privée, en particulier l'industrie de la brasserie et celle des glacières. Puis, renseigné sur les ressources actuelles, le service eut à étudier, avec le concours de l'ingénieur de chaque usine, la manière de les adapter aux bes >ins d'un siège, par exemple en transformant les locaux et rendant étanches les cloisons afin de combattre la déperdition du froid, ou (Mi installant des tuyauteries de circulation des liquides ré Ingérants. EJn même temp.*, la Commission Ju froid poursuivait des

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expériences sur toutes les questions encore obscures que soulèvent la congélation de La viande, sa conservation, su distribution aux troupes, sa préparation et sa consommation. C'étaient là des études de longue haleine, où la science devait frayer la voie à la pratique.

Tel était en 1899 l'étal de la Direction — complètement installée pour les moulins, en voie d'organisation pour les appareils frigorifiques — lorsque Cheysson reçu! du ministère de la (lu erre, une lettre l'informant qu'eu égard a son (Mal très satisfaisant d'avancement, ce service n'avait plus besoin de garder à sa tète un fonctionnaire d'un rang aussi élevé et qu'en conséquence, l'Administration mettait fin à la mission temporaire (1891-1899) du Directeur actuel, en le félb citant et en le remerciant de la façon dont il s'ën était acquitté.

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