TROISIÈME PARTIE L'ACTION SOCIALE
Nous arrivons à la partie de la vie d'Emile Cheysson, où il a peutêtre mis le meilleur de lui-même, h celle qui concerne l'action sociale.
On luiasouvenl reproché de s'être dispersé sur un grand nombre de sujets, au lieu de s'être concentré sur l'un deux, pour le creuser profondément. En réalité, cette dissémination de ses efforts a été moindre qu'il n'a semblé, car ils visaient tous le même but : l'amélioration matérielle et morale du sort des travailleurs et la paix sociale» C'est là. sous leur diversité apparente, ce qui tait L'unité de ces (Mudes et de ces œuvres.
Les moyens concurremment employés par Cheysson pour atteindre ee but oui été : la parole, la plume, l'association. Nous allons rapidement dire comment el dans quelle mesure il a eu recours à chacun de ces moyens,
T. — Le Professorat.
Êmile Cheysson avait commencé, de 1887 à 1870, sa carrière de professeur à l'Ecole des Ponts el Chaussées. Il se confirma dans sa vocation en IN77, lorsque, dans un salon de l'abbé de Tourviile, prêtre de St- Augustin, esprit vigoureux et dogmatique attiré vers la science sociale, il eut l'occasion de faire une série de conférences sur la famille, les ouvriers, les institutions patronales.
Ces conférences furent très suivies par un auditoire choisi, dans lequel figurait le comte de Paris, auteur de divers livres alors célèbres, en particulier sur les Trade-union».
Le conférencier avait forcément rencontré, chemin faisant, quelques-unes des questions étudiées dans ces livres el il les envisageait à un point de vue qui ne cadrait pas toujours avec celui de son royal auditeur. Un jour qu'il avait été forcé d'accuser ce désaccord, le Prince l'attira chez lui au sortir de la conférence pour discuter à
EMILE CHEYSSON
fond ses conclusions et, comme il arrive presque toujours en pareil cas, chacun des deux interlocuteurs coucha sur ses positions.
Emile Cheysson avait, dans diverses circonstances, continué à s'exercer à la parole et il ressentait la nostalgie du professorat, le moyen, selon lui, le plus efficace de le communiquer au dehors. Aussi, lorsque fut supprimée, en 1885, la Direction des cartes et plans, et qu'il fut question de lui accorder une compensation, demanda-t-il au ministre d'alors, Raynai, de créer pour lui une chaire d'économie industrielle à l'Ecole des Mines.
L'affaire ne marcha pas toute seule. Non pas que personne contestât L'utilité do la chaire, ou la personnalité du professeur. Tandis que, depuis l S i S , l'Ecole des Ponts et Chaussées avait un cours d'Economie politique professé par Joseph Garnier, l'Ecole des Mines on était réduite à quelques notions sommaires intercalées dans le cours do droit administratif et do législation des mines. On convenait qu*il y avait là. dans le programme de son enseignement, une lacune à combler au plus tôt. D'autre part, on reconnaissait les titres de Cheysson à cette chaire; mais on lui reprochait d'être ingénieur des Ponts el Chaussées. Jusqu'alors, disait-on, jamais nu étranger au corps des mines n'avait pénétré dans l'Ecole. Il y avait là un privilège qu'il fallait maintenir intact.
Le Ministre n'eut pas do peine à rép tndre que ce privilège défait ne pouvait prévaloir contre l'intérêt do l'Ecole, et que celle-ci devait prendre son bien où elle le trouvait. Passe encore si un Ingénieur des mines avait posé sa candidature pour la nouvelle chaire avec des titres au moins égaux à ceux d'Emile Gheysson; mais on ne lui en opposait pas. L'Ecole des Ponts el Chaussées 1 do longue date, comptait parmi ses professeurs des ingénieurs des mines. Pourquoi la réciproque no serait-elle pas vraie? Enfin, Cheysson avait fait (ouvre d'ingénieur dos mines à la direction du Greusôl et pourrait parler leur langage à ses futurs élèves.
Au demeurant, le Ministre passa outre à ces objections peu fondées. Aussitôt franchie la porte de l'Ecole, Gheysson y reçut un excellent accueil do ses nouveaux collègues et s'enracina si bien dans la maison qu'il refusa de la quitter, lorsqu'on 1896, à la mort de Baudrillart, qui avait succédé à Joseph Garnier comme professeur d'Economie politique à l'Ecole des Ponts et ('haussées, M. Yves Guyot, alors ministre, lui proposa cette chaire en échange de celle de l'Ecole des Mines. Bien que l'Ecole des Ponts et Chaussées fût sa