‹ Œuvres choisies (tome 1)Chapitre 6 sur 103 · VII. — Service de la Navigation de la Seine · texte numérisé non relu

VII. — Service de la Navigation de la Seine

En avril IKT'k Emile Cheysson retournait à Paris demander un emploi dans le corps des Ponts et Chaussées. Il l'avait quitté trois ans auparavant, sans esprit de retour et croyant lui dire un adieu définitif. Ses grands chefs Pavaient alors beaucoup encouragé à prendre un congé pour entrer au Creusot, lui disant qu'il y servirail son pays aussi utilement et brillamment que dans les fonctions publiques; mais, quand il se présenta au ministère pour se mettre de nouveau à sa disposition, il fut accueilli froidement, un peu comme un transfuge qui devait, sinon « faire pénitence » pour sa Fugue industrielle, du moins marquer quelque temps le pas derrière s<\^ collègues qui, eux. n'avaient pas quitté la maison natale pour chercher, au dehors, de grosses situations.

En vertu de cette théorie, il fut obligé d'accepter un poste fort peu envié alors, celui d'ingénieur de la Seine à Vernon. 11 allait y retrou- Yer son ancien chef du siège, Kranlz, ingénieur en chef de la Seine,

LA CARRIÈRE DE L INGÉNIEl K

qui était en délicatesse avec l'administration, à raison d'un barrage à grande chute, ingénieux el de son invention, qu'il avait installé à Port-Ville/, et qui, malgré ses grandes qualités générales, avait certains inconvénients pratiques, dont se plaignait la batellerie. Il s' agissait donc, pour L'ingénieur arrivant dans ce service, de démolir le barrrage de son chef, malgré ce dernier, qui tenait tête à l'administration en défendant son système, el auquel le souvenir de ses éclatants services du siège d< i Paris, sa liante valeur personnelle e| son assiette politique qui allait bientôt ramener an Sénat, Taisaient une situation très forte. On s'explique dès lors très bien que tous, les ingénieurs, auxquels avait ete offert ce poste de Vernon, se tussent hâtés de le décliner. On ne laissa pas à Cheysson le loisir de les imiter. Le secrétaire général du ministère, de Bourretiille, èl le ministre, Caillaux, pesèrent sur lui, en faisant valoir que l'administra ti on savait les difficultés du poste, lui en tiendrait compté et lui en saurai! gré. Enfin, après une tentative de résistance, il dut céder el alla s'installer à Vernon.

C'était un singulier contraste que celui du directeur du Greusol et de l'ingénieur ordinaire de la navigation : à la place du confortable hôtel directorial, un pigeonnier étroit et incommode, le seul local qui restât disponible à Vernon, dans cette petite ville, riante et endormie, où les rentiers vont se retirer et finir leur vie sur les rives de la Seine: au lieu d'un personnel immense et discipliné, quelques rares agents, assez, mal en main. Le temps (Mail passé de décider, en quelques minutes de délibération intime, l'acquisition

de mines, ou la passation de commandes s'élevanl à plusieurs millions : force était d'adresser un rapport au Ministre pour demander, sans être sûr de l'obtenir, un secours ou une gratification de 50 francs pour un éclusier.

Néanmoins, au bout de quelque temps, tout se tassait. Quelques mesures de rigueur et d'épuration prises a propos avaient rétabli l'ordre et la discipline dans le personnel. Cheysson avait trouvé le moyen d'obtenir, de l'administration des Pouls et Chaussées, des félicitations pour une réparation du barrage de la Garenne, accomplie en pleine crue, et pour une échelle à saumons, qu'il avait imaginée et exécutée au barrage de MartoL Les échelles ordinaires sont des constructions permanentes et coûteuses, qui risquent de ne rendre aucun service, si elles ne cadrent pas exactement avec les habitudes des poissons. Dans le système de Cheysson, Ton

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