‹ Œuvres choisies (tome 2)Chapitre 25 sur 58 · V. — Réslmk · texte numérisé non relu

V. — Réslmk

En résumé, les considéralions que je viens d'exposer rapidement me semblent de nature à débrouiller la complexité de la matière sociale, en assignant son rôle et sa place à chacun des facteurs sociaux.

A la base, l'élément primordial des sociétés humaines, la famille, dont il faut, avant tout, sauvegarder les intérêts et fortifier la constitution.

Au-dessus d'eUe, s étageant en gi*()up('nients harmonieux et hiérarchisés, les associations libres de divers degrés, et désormais caj>ables, grâce à leur forh^ organisation, d'aborder et de résoudre avec succès ces graves problèmes sociaux qu'a posés Tavènement de la démocratie et qui sont à la fois 1 angoisse et l'honneur de notre temps.

Enfin, au sommet, 1 Etal, s'attacliant à développer et à encourager les initiatives privées, ne se résignant (|ue malgré lui à Tinterventiofi directe, là seulenuMit où hi grandeur et la nature d(^ la tache dépasse la taille des associations mèmi» les |)lus hautes, (M, même dans ce cas, faisant le jdus largement |)ossible a|)[)el à leur concours pour soulager sa responsabilité.

Frédéric Le Play

Sa Méthode — Sa Doctrine — Son École

VIIÏ

FRÉDÉRIC LE PLAY

SA MKTIIODE — SA DOCTRINK — SON ÉCOLK

La science sociale est aujourd'hui grandement à la mode ; on en fait partout à la fois, dans les ateliers comme dans les salons, sur la voie publique comme dans les chaires, les parlements, les académies.

I/un des hommes qui ont le j)lus contribué à ce mouvement et qui ont marqué le plus profondément leur empreinte sur ces questions, c'est à coup sftr Frédéric Le Play. Ingénieur éminent, penseur illustre, il a fait deux parts de sa vie : Tune, consacrée aux travaux professionnels et à la science do la métallurgie et de l'exploitation des mines ; Tautre, plus brillante encore, dévouée au service de 1 intérêt public et à Tétude des causes d'où dépendent la paix sociale et la prospérité des nations.

A rheure actuelle, où ces problèmes sont l'objet d'un véritable (Uîgouement, où bon nombre des idées démontrées et formulées par Le Play sont tombées dans h* domaine commun et font partie de cette atmosphère intelh^ctuelle que nous respirons à notre insu, nous avons quelque peine à nous figurer Timportance de son rôle et ce qu'il lui a fallu de sagacité profonde pour aborder un pareil tei*rain dès 18!27, de science et de méthode pour s'y installer en maître après un demi-siècle de travaux poursuivis sans relâche, cnûn de clairvoyance divinatoire (^t courageuse pour .prédire, au milieu de l'indifférence et de la quiétude générales, les catastrophes qui s'apl)rochaient et pour indiquer les moyens d'en prévenir le retour. C'est seulement en replaçant un homme dans son cadre (»t dans son milieu qu'on peut exactement mesurer sa taille et son avance sur ses contemporains.

l; ComjjiUDicûlion faite ù V Académie des Sciences moiales et poUiicfues le 15 jniUot 1905.

EMILE CHEYSSON

Déjà, de son temps et de bonne heure, des esprits d'élite avaient pressenti ce que les recherches de Le Play renfermaient de puissant et de nouveau. « Je lis et j'annote la [le forme sociale, écrivait Montalembert, en 1864; je m'en imbibe goutte à goutte. Je n'hésite pas à dire que Le Play a fait le livre le plus original, le plus courageux, et, sous tous les rapports, le plus fort de ce temps... Il sera vraiment grand dans l'histoire intellectuelle du xix^ siècle ». Sainte- Beuve n'est pas moins formel ; il rend hommage à u son esprit exact, sévère, pénétrant, exigeant avec lui-même », et voit en lui <( un de ces hommes rares, chez qui la conscience est un besoin de première nécessité ! » — « Son ouvrage, ajoute-t-il, est, sans parti pris, un modèle, et devrait être une leçon pour tous les réformateurs, en leur montrant par quelle série d'études préparatoires, par quelles observations et comparaisons il convient de passer, avant d'oser se faire un avis et de conclure ».

A mesure que ses travaux se multipliaient, sa réputation grandissait, au point de devenir universelle à la fin de sa vie. Les étrangers d'élite qui traversaient Paris se faisaient un devoir d'aller le saluer et le consulter ; sa correspondance était écrasante ; de nombreux disciples Tentouraient et recueillaient avec avidité ses enseignements.

Dans une lettre datée du 4 avril 1882, la veille de la mort de Le Play, et qui, arrivée trop tard pour être lue par lui, a été du moins comme une couronne funéraire déposée sur sa tombe, le cardinal de J^avigerie lui écrivait de Tours : « Vous êtes l'un des hommes que je respecte et que j'admire le plus ! »

(^.e qui a fait sa grandeur et assure Timmortalité de son nom, ce ne sont ni ses remarquabh^s travaux d'ingénieur et de métallurgiste, ni ses exploits de commissaire gtMiéral des (expositions universelles de 1855, de 1862 et surtout de 1867 : ce sont ses éludes sociales ; ce sont les livres où il les a présentées au public ; c'est le mouvement qu'il a déterminé ; c'est la Société d'Economie sociale et l'Ecole qu'il a créées; c'est sa méthode et sa doctrine. Tels seront bien ses véritables titres de gloire aux yeux do la postérité.

Au moment oii l'on s'apprête à célébrer son centenaire, j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'apporter une contribution personnelle a cette manifestation et de rendre un public et filial hommage au maître, dont j'ai eu le grand honneur d'être le collaborateur, le disciple et l'ami.

FRÉDÉRIC LE PLAY

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