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QUI EN SONT PRIVÉES

Ces simples chitYres vous font pressentir ce qu'une telle situation comporte de souffrances pour les paysans, de dangers pour l'agriculture et de devoirs pour la mutualité. Mais nous ne devons pas nous contenter d'une impression vague et fugitive : il faut nous courber sur le mal, l'observer de près, l'interroger, en chercher le remède approprié et, si l'on a la bonne fortune de le trouver, il faut aboutir à l'organisation pratique de son ap|)lication.

a) Souffrances des habitants.

Je voudrais d'abord appeler votre attention sur la gravité des conséquences de ce dénuement mutualiste pour les habitants des com* munes qui en sont affligées.

(1) Discours prononcé le 13 juin 1909 à TAssemblée générale de la Ligue natio* nale de la Mutualité.

EMILE CHEYSSON

Dans cos communes, — vous le savez dv reste — le paysan iTest secouru ni dans sa maladie, ni dans sa vieillesse.

Ce n'est pas devant des mutualistes comme vous qu'il est nécessaire d'insister sur la fréquence de la maladie et de rappeler que, tous les ans, sur 100 adultes de 20 à 60 ans, on en compte environ un quart qui sont malades, pendant une durée moyenne de o à 6 jours.

Cette crise ne se caractérise pas seulement par sa fréquence ; mais aussi par sa cjravité : outre les souffrances physiques, elle inflige au père un chômage, qui tarit les ressources de la famille, parce qu'(^lle compromet le salaire ou la récolle dont elle vit.

S'il s'agit de la femme, le mal n'est guère moindre : le ménage est en désarroi ; le linge, les vêtements, le mobilier ne sont plus entretenus; les enfants ne sont plus soignés; pas de repas préparés pour le pere qui rentre des champs: tous les travaux féminins de la femme susp(Midus ; h^s beti^s de la basse-cour ou de Tétabh* bramant la faim.

En un mot, qu'elle frappe le paysan ou sa femme, la maladie est un malheur pour son foyer et il est grandement désirable que l'un et Tautre puissent recevoir sans retard les soins que réclame alors leur état.

Malheureusement, il en coûte très cher pour se faire soigm^r au village! Les j)harmaciens doivent majorer leur prix à cause delà faible importance du chiffre annuel de hmrs affaires ; mais surtout les visites des médecins atteignent parfois les taux prohibitifs de 6, 8 et 10 francs, quand ils sont à plusieurs kilomètres de la commune où les appelle le malade.

Le paysan est, en fait, dans un état d'infériorité manifeste vis-à vis de l'ouvrier des villes, qui peut se procurer les soins médicaux et pharmaceutiques à sa porte même et a des prix accessibles, quand il ne trouvf* pas encore plus commode et plus économique d(* recourir aux ressources de Tassistance publique et de la bienfaisance privée, qui sont, partout, à la portée de sa main.

Comment dès lors s'étonner si le paysan hésite devant des frais aussi lourds et ne se décide à demander le médecin que quand il est trop tard et qu'il n'y a plus rien à faire. C'est ainsi qu'une indisposition originairement légère s'aggrave; que, par excanple, un rhume se transforme en bronchite et une bronchite en tuberculose. — Et voilà un homme condamné désormais à traînc^r une vie misérable et voué à une mort prématurée. Economie véritablement désastreuse pour la famille et pour la nation !

LA MUTUALITÉ RURALE

La situation du vieillard n'est pas, au village, meilleure que celle du njalade. Au moment où, courbé sous le poids des ans, trahi par ses forces, il ne peut plus continuer son travail, le paysan tombe alors à la charj^e de ses enfîmts : il se reproche le pain qu'on lui donne et il finit par en être réduit à implorer la mort comme une délivrance. Triste fin d'une vie consacrée au noble ol fécond travail de la terre I

On me répondra peut-être que, si les choses se passaient ainsi autrefois, elles ont été profondémimt modifiées, à l'avantage du travailleur, par la loi de 1893 sur Tassistance gratuite et celle de 1905 sur l'assistance aux vieillards ; mais c'est là une législation d'exception, qui vise les indigents, les déchets sociaux : un travailleur indépendant et fier ne s'y résout pas volontiers. Combien plus digne serait sa situation, si, groupé avec ses camarades de travail, il ne leur demandait que ce qu'il leur donne lui-même et si, au lieu de tendre la main, il faisait à la fois un geste de prévoyance et de solidarité : malade, il serait soigné et sa vieillesse, loin d'être un supplice pour lui et une charge pour ses enfants, s'écouh^rait (mî pleine quiétude et dignité, semblable au soir d\\n beau jour.

// Désertion des campagnes.

n^vst pas seulement à la famille rurale qu'est pr(''judicia!)h» la privation de la mutualité : c'est encore à Tagriculture et au pays luimême, en poussant activement à hi désertion des campagnes.

A l'heure actuelle, Tassistancc* (^t la prévoyance sembhMit être, en effcq, 1(* privilège des villes. Un |)ort(» belge, Verhaeren, traite les cités d(* ' tentaculaires ». Une de huirs tentacules les plus prenantes est certainement celte belle armature d'institutions charitabl(,*s, qui fascinent et rassurent les pauvres gens du village. « Après tout, se disentils, si nous ne faisons pas fortune à la ville, si nous n'y gagnons pas le gros lot, du moins y serons-nous garantis conti^e la misère noire par les secours de toute nature, dont nous serions privés, si l'infortune nous atteignait aux champs ».

(iOmbicMi de j(*unes gens arrachés au foyer rural par la séduction irrésistible de ^< la retraite », assurée aux fonctionnaires et aux agents des chemins (h* ter I I-a retraite sert à ces administrations de u miroir aux alou(»ttes » pour recruter l(Mir personnel au rabais : elle a joué (M jou(^ chaque jour un rôle décisif dans l'exode des champs et dans les maux qu'il déchaîn(\

EMILE CHEYSSON

Cet exode trouble l'équilibre économique et politique, en remplaçant la population stable et clairsemée des campagnes par des populations remuantes et fiévreuses, qui, entassées dans des locaux surpeuplés, sans espace, sans lumière et sans air, subissent les influences maudites du taudis, cet infatigable pourvoyeur de Talcoolisnie, de la tuberculose et des haines sociales.

C'est ainsi que les villes sont de véritables ce mangeuses d'hommes » : les immigrants viennent s'y fondre comme le minerai dans le fourneau, et, pour quelques lingots de métal pur sortant de cette fournaise, combien ne rejelte-t-elle pas de cendres, de déchets et de scories !

Les inconvénients et les dangers de la désertion des campagnes sont d'une telle évidence et d'une telle gravité que tous les pays ont mis cette question à leur ordre du jour; car tous ont affaire en même temps à ce même problème.

Tel a été précisément Tobjet du Congrès que vient de tenir, avec un grand succès, la Société d'économie sociale et qui a envisagé cet inquiétant phénomène sous toutes ses faces, au double point de vue de ses causes et de ses remèdes.

Ce Congrès a reconnu que Tune des causes les plus importantes de ce mal était la disette mutualiste au village et que l'un des remèdes les plus efficaces consisterait dans Textension de la mutualité rurale.

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