III. OUGANISATIOIV DE LA MUTUALITÉ RURALE
Après avoir montré les nécessités de la mutualité rurale et les facteurs qu'elle pouvait mettre en jeu pour son extension, il me reste à dire quek[ues mots de son or^çanisation et de sa modalité.
Généralement, les syndicats agricoles ont opté pour la caisse de retraite, en laissant de côté le service de la maladie.
Je regrette d'être sur ce point en désaccord avec eux ; car, partout et toujours, il a été reconnu el admis que le service fondamental de la mutualité était celui de la maladie, sur lequel les autres viendraient ensuite s'élever comme les étages successifs de rédifîce.
J'ai montré tout à l'heure la fréquence de la maladie, qui menace chaque jour le travailleur et sa famille.
La retraite, au contraire, n'est qu'une éventualité lointaine et problématiciue. Sur 100 hommes âgés de 30 ans, il en est 31 qui n'atteindront pas Page de 60 ans et pour lesquels la poursuite de la retraite n'est qu'une illusion.
Avant de satisfaire cette préoccupation de la retraite, le père doit songer à assurer le sort de ceux dont il a la (charge el qu'il laissera après lui. Dans la hiérarchie de la prévoyance, le service de la retraite ne doit donc venir qu'au troisième rang après l'assurance des veuves et des or[)helins (1).
J'insiste donc pour faire du service-maladie, dans la mutualité rurale, ce qu'il est dans la mutualité courante, la celluh^ originaire d'où doivent procéder les autres services.
Bien entendu, il faut comprendre dans ce service de la maladie celui des secours aux femmes (m couches, pour les arracher aux funestes conséquences du préjugé courant, qui les oblige à reprendre ]:>r(*maturément le ti^avail, au prix des plus graves dangers pour leur santé et celle de huir nourrisson (2).
Au début de cette allocution, j'ai fait allusion à la difficulté pro-
(1) Voir VAssurayice des veui es ci des orphelins , Rapport de M. Clieysson au Congrès des assurances ouvrières^ tenu à Rome en octoljre 1908).
(2) Certains statuts de sociétés rurales aUoucnt à la femme en couches une somme fixe, par exemple de 2o francs, pour l'assistance de la sage-femme.
Quant aux maladies consécutives aux couches, elles donnent droit aux mêmes secours que les jualadies ordinaires,
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venant di» Pextreme cherté de la visite du médecin, quand il était éloigné du domicile du malade.
Voici comment elle a élé résolue dans une petite commune du Beaujolais qui, n\ayant pas de médecin résidant sur son territoire, doit fain^ apjx^l à ceux des communes voisines, distantes de quatre à douze kilomètres.
Tous ces médecins ont accepté un prix uniijut^ dc^ 4 francs pour la consultation à leur domicile et de 5 francs pour la visite au domicile du malade : ce qui (^sl mw forte réduction sur les prix antérieurs.
Moyennant sa cotisation de 1 franc par mois ou de 12 francs par an, le membre participant a droit à la gratuité des médicaments et de la consultation chez le médecin : mais, s'il appelle le médc^cin chez lui, il doit payer 3 francs pour ce déplacement (1).
Ce paiement est, d'une part, un frein au profit de la société contre Texagération indiscrète des visites médicales; mais, d'autre part, il reste notablement au-dessous de ce taux prohibitif d\me dizaine de francs qui, avant Tintervention de la mutualité, correspondait à chacune de ces visites, assaisonnée* du prix des médicanjcMJts. Désormais le paysan peut se faire soigner, sans être éc^rasé jiar les frais du traitement.
Pour diminuer les charges du service de la maladie et permetlre, avec des sacrifices modérés, de l'étendre à toute la famille, on peut renoncer à l'allocation quotidienne, b(»aucoup moins nécessaire au village, 011 Ton vit sur le crédit en attendant la réalisation des récoltes, (fu'fi la ville, où les fournisseurs exigent le paiement comptant.
En ce qui concerne le service des retraites, les syndicats agricoles ont adopté, avec raison, le livret individuel, qui racheté Tinconvéni(Mit de se voir contester le taux d(* faveur de 4 J 2 0 0 par les simplifications dans la gestion de la caisse et par la lib(M^t('* de Taliénalioii du capital (mi échappant à la tyrannie du fonds commun. Celte forme se prête, en outre, aux versements bénévoles, cfue certains propriétaires sont disposées à faire sur les livrets de hnir personnel agricole.
Dans les pays de viticullure, où sévit avec intensité la (M'ise que
(1) Si plusieurs malades font venir en même temps le médecin, ils se répartissent entre eux les frais de ce déplacement unique.
LA MUTUALITÉ RURALE
Fon sait, on n'a pu décider les vignerons à introduire dans leur société le service de la retraite qu'à la condition de le rendre facultatif. Ayant à peine de quoi vivre au jour le jour le jour, ils ne peuv(Mit, disent-ils, rien mettre de côté pour leur vieilless(\
Il importe d'inscrire, tout au moins, le |>rincipe de la retraite dans les statuts et de délivrer à chaque membre particijjant, dès son admission dans la société, un livret individuel de la Caisse nationale de la vieillesse, sur lequel st^ront versés — à son choix, à capital aliéné ou à capital réservé au profit de sa famille — ses versements volontaires, quand le produit de ses récoltes les lui permettra, additionnés des subventions de TEtat et des versements bénévoles faits à son profit par des membres honoraires.
Ce sont Ih des détails que chaque localité pourra varier à son gré d'après les circonstances particulières caractérisant son niilieu.