‹ Œuvres choisies (tome 2)Chapitre 42 sur 58 · I. — Le Dimanche et l'Hygiène · texte numérisé non relu

I. — Le Dimanche et l'Hygiène

Cortes, s'il existe u une éternelle loi plus vieille que le monde », c'est bien celle du Dimanche. 11 n'en est pas de plus antique, de plus vénérable, de mieux adaptée aux nécessités de la nature humaine. La durée de la période qui le ramène n'est pas arbitrairi*. Si celle des jours, des mois et des années est liée aux mouvements du monde sidéral et par conséquent à des phénomènes qui nous sont extérieurs, celle de la semaine, au contraire, Test de la façon la plus étroite aux exigences de notre nature. L'année, U\ mois, le jour, sont astronomiques et nous dépassent : la semaine est humaine et taillée exactement sur notre patron. On a tenté parfois d'agir sur cette période au gré de certaines théories ou de certains systèmes ; mais c(^s tentatives ont été aussi vaines que celles de Xerxès voulant enchaîner la mer : elles n'ont jpas tardé à s'etfondrer et, sur leurs ruines, la semaine de sept jours s'est relevée triomphante, parce que seule elle est en harmonie avec les conditions fondamentales de TAtre humain.

Ecoutez ce qui* dit de la semaine un zélateur j)assionné du Dimanche, Proudhon, dont le jugement ne saurait être suspect :

c< Diminuez la semaine d'un seul jour : le travail est insuffisant comparativement au repos; augmentez-la de la même quantité, il devient excessif. Comment donc Moïse rencontra-t-il si juste? Comment expliquer cette intuition si prodigieuse? Du reste, quant à supposer que le hasard seul Tait favorisé, je croirais plutôt à une révélation spéciale qui lui aurait été faite, qu'à la fable de la truie écrivant V Iliade avec son groin ».

IL — Le Dimanche et la Production,

Chaque jour de travail coûte une certaine déperdition nerveuse, si bien qu'à la fin du sixième jour, par suite de ces pertes accumulées, le travailleuT sent le poids de la fatigue et du sui*menage. C/est alors qu'intervient la détente salutaire du Dimanche; il y retrempe ses forces et ses nerfs et ainsi restauré, il peut se remettre au travail avec une nouvelle ardeur. « Tu travailleras six jours, dit l'Exode, mais tu te reposeras le septième jour pour laisser refroidir ton fils et ton serviteur ».

C'est donc une erreur de considérer ce repos du Dimanche comme

ÉMILE CHEYSSON

une perte sèche pour la production, puisqu'il en est la condition même, et que le travail continu en tarit la source, en épuisant le travailleur. Tout comme le mouvement perpétuel, le travail perpétuel est une chimère, et un non-sens économique.

Les peuples qui pratiquent scrupuleusement ce repos du Dimanche, comme l'Angleterre, ne sont certainement pas nos concurrents les moins redoutables sur les marchés du monde. Un grand historien, Macaulay, attribue même en partie h ce repos la supériorité de rindustrie et du commerce britanniques, u Nous, Anglais, dit-il, ne sommes pas plus pauvres, mais plus riches, parce que, depuis des siècles, nous donnons au repos un jour sur sept. Cette journée-là n'est pas perdue. Pendant que Tindustrie s'arrête, que la charrue repose dans le sillon, que la Bourse est silencieuse, que la fabrique laisse éteindre ses fourneaux, il se fait un travail tout aussi important au bien-être des nations que celui qui s'accomplit dans les jours ouvrables. L'homme, celte machine des machines, auprès de laquelle celle des Watt et des Arkwright sont des inventions futiles, répare ses forces, se remonte et retourne* le lundi à son travail avec l'esprit plus lucide, le cœur plus satisfait et une nouvelle vigueur physique ».

Suivant une fine remarque de lord Shaftesbury, ce repos deviendrait même d'autant plus nécessaire, que rexcitation de la vie moderne va sans cesse en gagnant d'intensité. Après six jours passés, comm(î la salamandre, dans la fournaise, la lièvre des affaires, de la politique, dans toutes ces agitations qui sont notre loi et constituent notre vie moderne, il faudrait à Thonime, comme à la nation, un jour de calme pour se ressaisir et « se refroidir ». A rester toujours en pression, le cerveau finirait par éclater. Par conséquent, plus les existences se compliquent, plus les compétitions s'avivent, plus aussi on reconnaît la sagesse de cette trêve hebdomadaire.

IlL — Le Dimaivche et la Fa^iille.

Si, au point de vue de 1 hygiène, de la physiologie et de la productivité, le Dimanche est une nécessité pour l'homme, il n'est pas pour lui une loi moins impérieuse à d'autres points de vue.

Je ne parlerai pas ici du point de vue religieux; non que la Ligue ne le respecte infiniment ; mais elle le laisse à d'autres groupes, qui en font le terrain spécial de leur action. Tout en suivant leurs efforts et leurs succès avec beaucoup de sympathie, elle reste néan-

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