XII. — RéSI Mf: ET CONCLI SÏON
Je m'arrête, Mesdames et Messieurs, pour ne pas abuser plus longtemps de votre patience; mais je crois vous en avoir assez dit pour vous montrer que vous étiez tout>puissants sur la question du Dimanche et qu'il vous suffisait de le vouloir pour la résoudre dans le sens que réclament l'humanité et le devoir social.
L'heure est grave et presque solennelle. Nous sommes à l'un des lournants de Thistoire, à Tune de ces crises où Thumanité est en mal d'enfant d'un nouvel équilibre. Les vieux moules éclatent de toutes parts et Ton ne voit pas encore nettement comment ils vont être remplacés. Il y a là comme une mue, une transformation, où la chrysalide sociale cherche à mettre son organisation et sa structure en harmonie avec ses aspirations. Dans cette période de troubh*.
EMILE CFIEYSSON
(ragitalion et de malaise, il n'est plus permis à personne de se tenir à Técarl de la chose publique, de s'enfermer dans ce que Montaigne appelait « son arrière-boutique ». Le temps de Tégoïsme individuel et du dilettantisme sceptique est passé; bon gré, mal gré, par sentiment de solidarité humaine ou par calcul et par besoin de conservation sociale, il faut s'occuper d'au trui, de ses souffrances, et discerner dans ses revendications celles qui sont légitimes, pour leur donner satisfaction. Or, parmi ces revendications légitimes, il n'en est pas qui le soient davantage que celles qui ont trait au Repos du Dimanche. Comment refuser aux autres, je ne dirai pas par égoïsme — vous en êtes incapables — mais par pure inadvertance, comme on écrase un insecte sans y prendre garde dans une allée de jardin — un bienfait dont nous sommes nous-mêmes si heureux de jouir ?
A Td^uvre donc, Mesdames et Messieurs, à Tieuvre avec courage et entrain 1 Nous remettons avec confiance cette cause dans vos mains; vous êtes les maîtres de la faire triompher, si vous le voulez bien. Sache/ donc vouloir, non pas une heure, non pas un jour, mais avec cette continuité douce à laquc^He rien ne résiste : vous aurez, sans bruit, amené un immense résultat et soulagé, relevé, pacifié ces ouvriei-s, ces employés, courbés sous un travail sans trêve ni merci, qu'on n'oserait pas même demander aux muscles en fer et en acier d'une machine, de peur de la surmener.
La Crèche et la Famille
LA CHKCIIE KT LA FAMMJ.E
Mesdames,
Parmi toutes les œuvres d'hvi^irne sociale, dont la merveilleuse v('»gétation fait tant crhonneur à notre époque, j'éprouve une prédilection |)articulière pour celU^s qui visent l'enfant.
L'enfant est un être véritablement exijuis dans sa grâce, sa naïveté, sa fraîcheur et son innocence. Avez-vous remarqué, Mesdames, que presque tous les petits enfants sont beaux ? Plus tard, la vie infligera à leur visage, ses soucis, ses rides, j'allais dire ses laideurs et ses lares. Mais, à leur naissance, ils semblent les messagers d'un mond(» idéal, dont ils nous apportent le retlel radieux dans leurs yeux candides et purs.
Cet (Mifant, frêle et cliétif, est ciqiendant le maître d(^ Tavenir, u le père de riiomme », et comme h' Damhhio de certaines images d(^ sainteté, il tient \r monde dans ses petites mains.
Or cet être, à la fois faible et puissant, cette aulx* di* la nation, cett(^ s(»mence des moissons futures, l'enfant est en |)roi(* à de redoulables dan£2;ers.
\otr(* natalité — chacun le sait — nous phu^e au charnier rang des nations sous le rapport de la fécondité de la race. Grave sujet de méditation pour tous (eux qui sont soucieux de Tavenir de leur pays! Si Ton ne peut augmenter cette graine précieuse, au moins taut-il veiller sur elle avec un soin jaloux. Or la statistiqu(» nous apprend que nous perdons annuellement 12r),000 enfants de moins d'un au. Sur sept enfants qui naissent, on en compte en moyenne un qui meuri avant la lin d(* sa première année. Notre savant Secrétaire général, l(* docteur Bertillon, nous disait ici même, il y a deux ans, que la mortalité de ces petits enfants était égale, — si même elle ne la dépassait, — à (*elle des octogénaires les plus décrépits.
^1; Discours pronoûcé le 29 mars 1909 à TAsseinblée générale de KMCurre nouréelle des Crèches parisiennes.
ÉMTLE CHEYSSOX
Sommes-nous donc désarmés devant cette mortalité et condamnés à payer tous les ans le même tribut de chair enfantine à je ne sais quel Moloch sanguinaire et inexorable?
II n'en est rien heureusement et nous pouvons agir sur ce tribut annuel pour le réduire dans une large mesure.
Il est, en effet, exact de dire, d'un grand nombre de ces enfants, fauchés avant d'avoir un an, qu'ils ne meurent pas, mais qu'on les tue. Non pas, certes, que Ton commette à leur endroit des infanticides intentionnels. Ce sont là. Dieu merci! des monstruosités contre nature, absolument exceptionnelles; mais C(î qui est fréquent, c'est que, par inexpérience, par ignorance ou par routine, des mères qui adorent leurs enfants les tuent inconsciemment par des pratiques meurtrières ou par un d('»faut de soins éclairés.
Au dire déjuges compétents, nous perdrions ainsi tous les ans 40 à 50,000 entants, qui ne demanderaient qu'à vivre et que nous aurions pu sauver, si Ton avait su les soigner convenablement.
Supposons un instant que ces pauvres petits, au lieu de mourir dispersés à tous les coins de la France, en détail, jour par jour, heure par heure, aient été emportés tous en bloc, dans une catastrophe unique, comme Tincendie du Ba/ar de la Charité ou le tremblement de terre de Messine, (|uelle (hnotion, quelle explosion de douleur ne secoueraient pas tout le pays! Mais, pour être ainsi moriM^ées et disséminées, ces pertes n'en soni pas moins cruelles et n'engagent pas moins notre responsabilité, i)uisque nous n'avons qu'à le vouloir pour conjurer ces hécatombes infantih's.
Il nous est interdit de nr |>;is le vouloir, du moment où nous b^ pouvons. L'humanité, le souci de l'avenir du pays, nous font une loi impérieuse de conserver, pour leurs familles et pour la patrie qui en ont également besoin, ces petits êtres que nous laissons (h^vorer par drs maladies évilables et dont la vie dép(Mid de nous.
Toutes les œuvres qui répondent à celte nécessité humanitaire et patriotique méritentdonc la reconnaissance publiqu(\ Oi*, parmi (^es œuvres, la crèche a droit à une place d'honneur.
La crè<^he n'avait pas de raison d'être dans l'ancienne organisation du travail, qui s'effe(iuait surtout à domicile; mais le Ix^soin en est apparu av(*c les transformations qui ont amené l'avènement de la grande industrie et l'entrée d(^ la femme dans la manufacture à titre <^ d'ouvrière ».