A M. LE PRÉSIDENT HÉNAULT
Lunéville, novembre 1748.
Vous qui de la chronologie 2 A vez réformé les erreurs ;
Vous dont la main cueillit les fleurs De la plus belle poésie ;
Vous qui de la philosophie 5
Avez sondé les profondeurs,
Malgré les plaisirs séducteurs,
Qui partagèrent votre vie ;
Hénault, dites-moi, je vous prie,
Par quel art, par quelle magie, 10
Parmi tant de succès flatteurs,
Vous avez désarmé l’Envie :
Tandis que moi, placé plus bas,
Qui devrais être inconnu d’elle,
Je vois chaque jour la cruelle 15
Verser ses poisons sur mes pas ?
Il ne faut pas s’en faire accroire ;
J’eus Pair de me faire afficher Aux murs du temple de Mémoire :
Aux sots vous sûtes vous cacher. , 20
Je parus trop chercher la gloire,
Et la gloire vint vous chercher.
(1) Y. plus haut, p. 393^jiote 4.
(2) Voltaire avait d’abord écrit de manière plus nerveuse :
« Hénault, fameux par vos soupés,
Et par votre chronologie,
Par des vers au bon coin frappés,
Pleins de douceur et d’harmonie;
Vous qui dans l’étude occupez L’heureux loisir de votre vie,
Daignez m’apprendre, je vous prie,
Par quel secret vous échappez Aux malignités de l’envie,
Tandis que moi, etc. .
Le président Hénault fut blessé de ce qu'on paraissait faire entrer ses soupers pour quelque chose dans sa réputation et se fâcha sérieu-