Chapitre XXIX. — (Début
Gouvernement intérieur. Justice. Commerce. Police. Lois. Discipline militaire. Marine, etc.
On doit cette justice aux hommes publics qui ont fait du bien à leur siècle, de regarder le point d’où ils sont partis, pour mieux voir les changements qu’ils ont faits dans leur patrie. La postérité leur doit une éternelle reconnaissance des exemples qu’ils ont donnés, lors même qu’ils sont surpassés : cette juste gloire est leur unique récompense. Il est certain que l’amour de cette gloire anima Louis XIV, lorsque, commençant à gouverner par lui-même, il voulut réformer son royaume, embellir sa cour et perfectionner les arts.
Non seulement il s’imposa la loi de travailler régulièrement avec chacun de ses ministres, mais tout homme connu pouvait obtenir de lui une audience particulière 4, et tout citoyen avait la liberté de lui présenter des requêtes et des projets 1 2. Les placets étaient reçus d’abord par un maître des requêtes qui les rendait apostillés3; ils furent dans la suite renvoyés aux bureaux des ministres. Les projets étaient examinés dans le conseil, quand ils méritaient de l’être, et leurs auteurs furent admis plus d’une fois à discuter leurs propositions avec les ministres, en présence du roi. Ainsi on vit entre le trône et la nation une
(1) « Je donnai à tons mes sujets, sans distinction, la liberté de s’adresser à moi, à tonte heure, de vive voix et par placets. » {Mémoires de Louis XIV, année 1661.) — « Je déterminai un jour de chaque semaine auquel tous ceux qui avaient à me parler ou à me donner des mémoires, avaient la liberté de venir dans mon cabinet et m’y trouvaient appliqué à écouter ce qu’ils désiraient me dire. » {Ibid., année 1666.) — « Je m’instruisais par là en détail de l’état de nos peuples; ils voyaient que je pensais à eux et rien ne me gagnait tant leur cœur. » ( Mémoires , ii, 430.)
(2) Placets. V. Lex.
(3) Apostillés. V. Lex.
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correspondance qui subsista malgré le pouvoir absolu.
Louis XIV se forma et s’accoutuma lui-même au travail, et ce travail était d’autant plus pénible qu’il était nouveau pour lui, et que la séduction des plaisirs pouvait aisément le distraire. Il écrivit les premières dépêches à ses ambassadeurs; les lettres les plus importantes furent souvent depuis minutées 1 de sa main, et il n’y en eut aucune écrite en son nom qu’if ne se fit lire.
A peine Colbert, après la chute de Fouquet, eut-il rétabli l’ordre dans les finances, que le roi remit aux peuples tout ce qui était dù d’impôts, depuis 1647 jusqu’en 1656 2, et surtout trois millions détaillés3. On abolit pour cinq cent mille écus par an de droits onéreux. Ainsi l’abbé de Choisy paraît ou bien mal instruit, ou bien injuste, quand il dit qu’on ne diminua point la recette 4 ; il est certain qu’elle fut diminuée par ces remises et augmentée par le bon ordre.
Les soins du premier président de Bellièvre, aidés des libéralités de la duchesse d’Aiguillon, de plusieurs citoyens, avaient établi l’Hôpital général5; le roi l'augmenta et en fit élever dans toutes les villes principales du royaume.
Les grands chemins, jusqu’alors impraticables, ne furent plus négligés, et peu à peu devinrent ce qu’ils sont aujourd’hqi, sous Louis XV, l’admiration des étrangers. De quelque côté qu’on sorte de Paris, on voyage à présent environ cinquante à soixante lieues, à quelques endroits prés, dans des allées fermes, bordées d’arbres. Les chemins construits par les anciens Romains étaient plus durables, mais non pas si spacieux et si beaux6.
Le génie de Colbert se tourna principalement vers le
(1) Minutées. V. Lex.
(2) Cette mesure fut prise par Colbert à l’occasion de la naissance du Dauphin.
(3) De 1662 à 1663, la taille, ou .impôt des pays d’élection, tomba de quarante millions de livres à trente-sept.
(4) Recette. V. Lex.
(5) Saint Vincent de Paul avait été le véritable fondateur de cet immense établissement, qui fonctionna à partir de 1657.
(6) Ces belles routes faisaient l’admiration des étrangers (V. en particulier Arthur Young, 1741-1820, Voyages en France.)
LE SIÈCLE DE LOUIS XIV
commerce, qui était faiblement cultivé, et dont les grands principes n’étaient pas connus. Les Anglais, et encore plus les Hollandais, faisaient par leurs vaisseaux presque tout le commerce de la France; les Hollandais surtout chargeaient dans nos ports nos denrées et les distribuaient dans l’Europe. Le roi commença, dès 1662, à exempter ses sujets d’une imposition nommée le droit de fret /, que payaient tous les vaisseaux étrangers, et il donna aux Français toutes les facilités de transporter eux-mèmes leurs marchandises à moins de frais. Alors le commerce maritime naquit^ le conseil de commerce, qui subsiste aujourd’hui, fut établi1 2, et le roi y présidait tous les quinze jours.
Les ports de Dunkerque et de Marseille furent déclarés francs; et bientôt cet avantage attira le commerce du Levant à Marseille, et celui du Nord à Dunkerque.
On forma une compagnie des Indes occidentales en 4664 3, et celle des grandes Indes fut établie la même année; avant ce temps il fallait que le luxe de la France fût tributaire de l’industrie hollandaise. Les partisans de l’ancienne économie, timide, ignorante et resserrée, déclamèrent en vain contre un commerce dans lequel on échange sans cesse de l'argent qui ne périrait pas4, contre des effets qui se consomment. Ils ne faisaient pas réflexion que ces marchandises de l’Inde, devenues nécessaires, auraient été payées plus chèrement à l’étranger. Il est vrai qu’on porte aux Indes orientales plus d’espèces qu’on n’en retire, et que par là l’Europe s’appauvrit. Mais ces espèces viennent du Pérou et du Mexique; elles sont le prix de nos denrées portées à Cadix; et il reste plus de cet
(1) C’était le droit de cinquante sous par tonneau que Fouquet, en 1659, avait établi sur tout navire étranger entrant ou sortant.
(2) Le 3 août 1664.
(3) Par lettres patentes du 28 mai 1664, le roi accordait à cette compagnie les Antilles et Fîle de Cayenne, la France éqttinoxiale de l'Orénoque à l’Amazone, la Nouvelle France ou Canada, et le commerce des côtes occidentales de l’Afrique.
(4) Qui ne 'périrait pas, c’est-à-dire (dans la pensée des partisans de l'économie ancienne), qui ne serait pas perdu, s’il restait dans le royaume.
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argent en France que les Indes orientales iTen absorbent.
Le roi donna plus de six millions de notre monnaie d’aujourd’hui à la compagnie. 11 invita les personnes riches à s’y intéresser; les reines, les princes et toute la cour fournirent deux millions numéraires de ce temps-là ; les cours supérieures donnèrent douze cent mille livres. Toute la nation secondait son maître.
Cette compagnie a toujours subsisté1. Car encore que les Hollandais eussent pris Pondichéry en 1694, et que le commerce des Indes languît depuis ce temps, il reprit une nouvelle force sous la régence du duc d’Orléans2. Pondichéry devint alors la rivale de Batavia, et cette compagnie des Indes, fondée avec des peines extrêmes par le grand Colbert, reproduite 3 de nos jours par des secousses singulières, fut pendant quelques années une des plus grandes ressources du royaume. Le roi forma encore une compagnie du Nord en 1669 4 ; il y mit des fonds comme dans celle des Indes. Il parut bien alors que le commerce ne déroge pas, puisque les plus grandes maisons s’intéressèrent à ces établissements à l’exemple du monarque.
La compagnie des Indes occidentales ne fut pas moins encouragée que les autres : le roi fournit le dixième de tous les fonds.
Il donna trente francs par tonneau d’exportation, et quarante d’importation. Tous ceux qui lirent construire des vaisseaux dans les ports du royaume reçurent cinq livres
(1) Déjà trois compagnies françaises s’étaient ruinées depuis Henri IV dans les Indes orientales, quand Louis XIV et Colbert constituèrent la nouvelle compagnie. En 1666, le roi lui concéda les terres vagues du domaine à l’embouchure du Blavet et du Scorff, ce qui fut l’origine du port de Lorient.
(2) Grâce aux talents du gouverneur Dumas, grâce surtout au génie de Dupléix et de La Bourdonnais; mais les efforts de ces grands hommes, fatalement divisés l’un contre l’autre et mal secondés par le gouvernement, aboutirent pendant la guerre de Sept ans à la conquête de l'Inde par les Anglais.
(3) Reproduite. V. Lex.
(4) Cette compagnie devait faire le commerce en Hollande, en Allemagne, Danemark. Suède, Norvège, Moscovie. Le roi entra pour un tiers dans le capital de cette compagnie. Il s’engagea à supporter seul les pertes des six premières années
LE SIÈCLE DE LOUIS XÏY
pour chaque tonneau que leur navire pouvait contenir.
On ne peut encore trop s’étonner que l’abbé de Choisy ait censuré ces établissements dans ses Mémoires , qu’il faut lire avec défiance l. Nous sentons aujourd’hui 2 tout ce que le ministre Colbert fit pour le bien du royaume ; mais alors on ne le sentait pas; il travaillait pour des ingrats. On lui sut à Paris beaucoup plus mauvais gré de la suppression de quelques rentes sur l’Hôtel de ville3, acquises à vil prix depuis 1656, et du décri où tombèrent les billets de l’Épargne, prodigués sous le précédent ministère, qu’on ne fut sensible au bien ^général qu’il faisait. 11 y avait plus de bourgeois que de citoyens. Peu de personnes portaient leurs vues sur l’avantage public. On sait combien l’intérêt particulier fascine les yeux et rétrécit l’esprit; je ne dis pas seulement l’intérêt d’un commerçant, mais d’une compagnie, d’une ville. La réponse grossière d’un marchand nommé Hazon 4, qui, consulté par ce ministre, lui dit : a Vous avez trouvé la voiture renversée d’un côté, et vous l’avez renversée de l’autre », était encore citée avec complaisance dans ma jeunesse, et cette anecdote se
(1) « L’abbé Castel de Saint-Pierre s’exprime ainsi, p. 105 dé son manuscrit intitulé Annales politiques : « Colbert, grand travailleur, en « négligeant les compagnies de commerce maritime pour avoir plus de « soin des sciences curieuses et des beaux-arts, prit l’ombre pour le « corps. » Mais Colbert fut si loin de négliger le commerce maritime, que ce fut lui seul qui l’établit. Jamais ministre ne prit moins l'ombre pour le corps. G’est contredire une vérité reconnue de toute la France et de l’Europe. » Cette note a été écrite au mois d’auguste 1756. (Note de Voltaire.)
(2) En réalité Voltaire était sur ce point en réaction contre son siècle : Colbert était alors très attaqué pour avoir sacrifié l’agriculture à l’industrie, l’industrie grossière à l’industrie de luxe, et surtout pour n’avoir pas décrété la liberté absolue du commerce des grains.
(3) Les rentes sur l’Hôtel de ville furent supprimées le 3 avril 1663; beaucoup d’autres rentes sur les gabelles, sur les cinq grosses fermes, etc., furent ou supprimées, ou réduites, ou remboursées obligatoirement au prix d’achat.
Boileau (Sat. III) faisait allusion à l’émotion des intéressés :
« plus pâle qu’un rentier,
A l’aspect d’un arrêt qui retranche un quartier. »
Cf. Mme de Sévigné, lettre du 27 novembre 1664.
(4) Cet Hazon était un commerçant d’Orléans. L’anecdote est rapportée par Amelot de la Houssaye ( Mémoires historiques , t. II, p. 99).
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retrouve {lans Moréri 1. Il a fallu que respritphilosophique, introduit fort tard en France, ait réformé les préjugés du peuple, pour gu’on rendit enfin une justice entière à la mémoire de ce grand homme. Il avait la même exactitude que le duc de Sully et des vues beaucoup plus étendues. L’un ne savait que ménager; l’autre savait faire de grands établissements. Sully, depuis la paix de Vervins, n’eut d’autres embarras que celui de maintenir une économie exacte et sévère, et il fallut que Colbert trouvât des ressources promptes et immenses pour la guerre de 1667 et pour celle de 1672. Henri IV secondait l’économie de Sully; les magnificences de Louis XIV contrarièrent toujours le système de Colbert 2.
Cependant presque tout fut réparé ou créé de son temps. La réduction de l’intérêt au denier vingt3, des emprunts du roi et des particuliers, fut la preuve sensible, en 1665, d’une abondante circulation. II voulait enrichir la France et la peupler. Les mariages dans les campagnes furent encouragés par une exemption de tailles pendant cinq années pour ceux qui s’établiraient à l’âge de vingt ans ; et tout père de famille qui avait dix enfants était exempt pour toute sa vie, parce qu’il donnait plus à l’État par la travail de ses enfants qu’il n’eût pu donner en payant la taille. Ce règlement aurait dû demeurer à jamais sans atteinte.
Depuis l’an 1663 jusqu’en 1672, chaque année de ce mi-
(1) Moréri publia, en 1673, un Dictionnaire historique et géographique.
(2) « Votre Majesté a quatre sortes de dépenses à faire : la première, et la plus nécessaire de toutes présentement, est la guerre de mer; la seconde, les affaires étrangères ; la troisième, la guerre de terre ; la quatrième, les dépenses du dedans du royaume, les plaisirs et les divertissements de Votre Majesté... La quatrième doit souffrir toute la rigueur des retranchements et de toute l’économie possible, par cette belle maxime: qu’il faut épargner cinq sous aux choses non nécessaires èt jeter les millions quand il est question de votre gloire. Je déclare à Votre Majesté, en mon particulier, qu’un repas inutile de 3.000 livres me fait une peine incroyable; et lorsqu’il est question de millions d’or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien, j’engagerais ma femme et mes enfants et j’irais à pied toute ma vie, pour y fournir, s’il était nécessaire. » Lettre de Colbert au roi, 1666.
(3) Le denier vingt , c’est-à-dire 1/20 ou 5 p. 100. Antérieurement le * taux légal était le denier 18, soit 5 1/2 p. 100.
LE SIÈCLE DE LOUIS XI V
nistère fut marquée par l’établissement de quelque manufacture. Les draps fins, qu’on tirait auparavant d’Angleterre, de Hollande, furent fabriqués dans Abbeville. Le roi avançait au manufacturier 1 deux mille livres par chaque métier battant, outre des gratifications considérables. On compta, dans l’année 1669, quarante-quatre mille deux cents métiers en laine dans le royaume. Les manufactures de soie perfectionnées produisirent un commerce de plus de cinquante millions de ce temps-là, et non seulement l’avantage qu’on en tirait était beaucoup au-dessous de l’achat des soies nécessaires, mais la culture des mûriers mit les fabricants en état de se passer des soies étrangères pour la trame des étoffes. ,
On commença, dès 1666, à faire d’aussi belles glaces qu’à Venise, qui en avait toujours fourni toute l’Europe, et bientôt on en fit, dont la grandeur et la beauté n’ont pu jamais être imitées ailleurs2. Les tapis de Turquie et de Perse furent surpassés à la Savonnerie3. Les tapisseries de Flandre cédèrent à celles des Gobelins 4. Le vaste enclos des Gobelins était rempli alors de plus de huit cents ouvriers; il y en avait trois cents qu’on y logeait. Les meilleurs peintres dirigeaient l’ouvrage, ou sur leurs propres dessins, ou sur ceux des anciens maîtres d’Italie. C’est dans cette enceinte des Gobelins qu’on fabriquait encore des ouvrages de rapport, espèce de mosaïque admirable, et l’art de la marqueterie fut poussé à sa perfection.
Outre cette belle manufacture de tapisseries aux Gobelins, on en établit une autre à Beauvais. Le premier manufacturier eut six cents ouvriers dans cette ville, et le roi lui fit présent de soixante mille livres.
(,1)11 s’agit de Van Robais. Y. plus haut, p. 343. note 1.
(2) Une manufacture de glaces fut établie au faubourg Saint-Antoine, celle de Saint-Gobain (à six lieues de Laon) fut fondée en 1691.
(3) La Savonnerie, manufacture de tapis établie à Ghaillot, près de Paris.
(4) Deux teinturiers, les frères Gobelin, s’étaient établis au seizième siècle sur les bords de la Bièvre. Ils laissèrent leur nom à ce quartier. Colbert, en 1667, réorganisa l’établissement des Gobelins et en ht, sous la direction e Le Brun, une manufacture royale des meubles de là couronne.
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Seize cents filles furent occupées aux ouvrages de dentelles; on fit venir trente principales ouvrières de Venise et deux cents de Flandre, et on leur donna trente-six mille livres pour les encourager.
Les fabxiques de draps de Sedan, celle des tapisseries d’Aubusson, dégénérées et tombées, furent rétablies. Les riches étoffes ou la soie se mêle avec For et l’argent, se fabriquèrent à Lyon, à Tours, avec une industrie nouvelle...
Il s’en fallait beaucoup que la ville de Paris fût ce qu’elle est aujourd’hui; il n’y avait ni clarté, ni sûreté, ni propreté L II fallut pourvoir a ce nettoiement continuel des rues, à cette illumination que cinq mille fanaux 1 2 forment toutes les nuits, paver la ville tout entière, y construire deux nouveaux ponts, rétablir les anciens, faire veiller une garde continuelle, à pied et à cheval, pour la sûreté des citoyens. Le roi se chargea de tout, en affectant des fonds à ces dépenses nécessaires. Il créa, en 4667, un magistrat3, uniquement pour veiller à la police. La plupart des grandes villes de l’Europe ont à peine imité ces exemples longtemps après, et aucune ne les a égalés. Il n’y a point de ville pavée comme Paris, et Rome même n’est pas éclairée.
Tout commençait à tendre tellement a la perfection, que le second lieutenant de police qu’eut Paris, acquit dans cette place une réputation qui le mit au rang de ceux qui ont fait honneur à ce siècle; aussi était-ce un homme capable de tout. Il fut depuis dans le ministère, et il eût été bon général d’armée. La place de lieutenant de police était au-dessous de sa naissance et de son mérite, et cependant cette place lui fit un bien plus grand nom
(1) On peut se rapporter aux passages bien connus de la satire de Boileau sur les embarras de Paris.
(2) En 1666 parut un règlement pour les boues et lanternes de Paris. Une médaille fut frappée avec cette légende : Urbs mundata et noeturnis facibus illustrata. Il s'agissait de 5.500 lanternes à la chandelle.
(3) Ce fut le lieutenant de police. La fonction fut exercée d’abord par La Reynie (1667-1697), puis par d’Àrgenson (1697-1718). Voltaire, qui avait été élevé à Louis-le-Grand, avec les deux fils de d’Argenson, plus tard ministres sous Louis XV, juge le père avec une grande sympathie.
LE SIECLE DE LOUIS XIV
que le ministère gêné et passager qu’il obtint sur la fin de sa vie...
Le roi ne cessa de bâtir au Louvre, à Saint-Germain, à Versailles, depuis 1661. Les particuliers, à son exemple, élevèrent dans Paris mille édifices superbes et commodes. Le nombre s’en est accru tellement que, depuis les environs du Palais-Royal et ceux de Saint-Sulpice, il se forma dans Paris deux villes nouvelles, fort supérieures à l’ancienne i. Ce fut en ce temps-là qu’on inventa la commodité magnifique de ces carrosses ornés de glaces et suspendus par des ressorts 2; de sorte qu’un citoyen de Paris se promenait dans cette grande ville avec plus de luxe que les premiers triomphateurs romains n’allaient autrefois, au Capitole. Cet usage, qui a commencé dans Paris, fut bientôt reçu dans toute l’Europe, et, devenu commun, il n’est plus un luxe.
Louis XIV avait du goût pour l’architecture, pour les jardins, pour la sculpture3, et ce goût était en tout dans le grand et dans le noble. Dès que le contrôleur général Colbert eut, en 166L. la direction des bâtiments, qui est proprement le ministère des arts, il s’appliqua à seconder
(1) On construisit des quais, des boulevards, les quartiers nouveaux du Luxembourg, de Saint-Germain, des Invalides.
(21 Les carrosses existaient depuis le seizième siècle, mais On les construisit avec plus d’élégance. Il y eut aussi des carrosses à cinq sols (1661) avec parcours fixe, origine des omnibus. De plus, Fiacre avait inventé de petits carrosses qu’on louait à la course et auxquels/ son nom devait rester.
(3) « L’abbé de Saint-Pierre, dans ses Annales politiques , (p. 109 de son manuscrit), dit que « ces choses prouvent le nombre des fainéants:
« leur goût pour la fainéantise, qui suffit à entretenir et à nourrir d’autres « espèces de fainéants; que c’est présentement ce qu’est la nation ita- « tienne, où ces arts sont portés à une haute perfection; ils sont gueux,
« fainéants, paresseux vains, occupés de niaiseries, etc. « Ces réflexions grossières et écrites grossièrement, n’en sont pas plus justes. Lorsque les Italiens réussirent le plus dans ces arts, c’était sous les Médicis, pendant que Venise était la plus guerrière et la plus opulente des républiques. C’était le temps où VItalie produisit de grands hommes de guerre et des artistes illustres en tout genre; et c’est de même dans les années florissantes de Louis XIV que les arts ont été le plus perfectionnés. L’abbé de Saint-Pierre s’est trompé dans beaucoup de choses, et a fait regretter que la raison n’ait pas secondé en lui de bonnes intentions ». (Note de Voltaire )
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l&s projets de son maître. Il fallut d’abord travailler à achever le Louvre. François Mansard 1 , l’un des plus grands architectes qu’ait eus la France, fut choisi pour construire les vastes édifices qu’on projetait. 11 ne voulut pas s’en charger sans avoir la liberté de refaire ce qui paraîtrait défectueux dans l'exécution. Cette défiance de lui-même, qui eût entraîné trop de dépenses, le fit exclure. On appela de home le chevalier Bernini2, dont le nom était célèbre par la colonnade qui entoure le parvis de Saint- Pierre, par la statue équestre de Constantin et par la fontaine Navonne. Des équipages lui furent fournis pour son voyage. Il fut conduit à Paris en homme qui venait honorer la France. Il reçut, outre cinq louis par jour, pendant huit mois qu’il y resta, un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille et une de cinq cents pour son fils. Cette générosité de Louis XIV envers le Bernin fut encore plus grande que celle de François 1er pour Raphaël. Le Bernin, par reconnaissance, fit depuis à Rome la statue équestre du roi qu’on voit à Versailles. ' Mais, quand il arriva à Paris avec tant d’appareil, comme le seul homme digne de travailler pour Louis XIV, il fut bien surpris de voir le dessin de la façade du Louvre, du côté de Saint-Germain l’Auxerrois, qui devint bientôt après, dans l’exécution, un des plus augustes monuments d’architecture qui soient au monde. Claude Perrault3
(1) François Mansard (1598-1666) construisit entre autres l’hôtel de la Vrillière (où est aujourd’hui la Banque de France), la façade de l’hôtel Carnavalet, le château de Maisons, près de Saint-Germain-en- Laye. On lui attribue cette forme de toiture brisée, qu’on a appelée mansarde. Son neveu, Jules Hardouin, dit Mansard, construisit le château de Versailles, le Dôme des Invalides, etc.
(2) Bernini (1598-1680) jouissait alors d’une immense réputation. Louis XIV l’attira en France en lui adressant une lettre autographe. Bernini proposa, pour la façade orientale du Louvre, un plan trop grandiose et d’un goût peu sûr, auquel on préféra les dessins de Claude Perrault.
(3) Claude Perrault (1613-1688) avait d’abord étudié la médecine, d’où le vers de Boileau :
« De mauvais médecin devint bon architecte. »
Son frère Charles Perrault (1628-1703), surtout célèbre aujourd’hui
LE SIÈCLE DE LOUIS XIV
avait donné ce dessin, exécuté par Louis Levau et Dorbay A Il inventa les machines avec lesquelles on transporta des pierres de cinquante-deux pieds de long*, qui formeni le fronton de ce majestueux édifice. On va chercher quelquefois bien loin ce qu’on a chez soi. Aucun palais de Home n’a une entrée comparable à celle du Louvre, dont on est redevable à ce Perrault, que Boileau osa vouloir rendre ridicule. Ces vignes 2 si renommées sont, de l’aveu des voyageurs, très inférieures au seul château de Maisons, qu’avait bâti François Mansard à si peu de frais. Beruini fut magnifiquement récompensé, et ne mérita pas ses récompenses : il donna seulement des dessins qui 11e furent pas exécutés.
Le roi, en faisant bâtir ce Louvre, dont l’achèvement est tant désiré3, en faisant une ville à Versailles près de ce château qui a coûté tant de millions 4, en bâtissant Trianon, Marly, et en faisant embellir tant d’autres édifices, fit élever l’Observatoire, commencé en 1666, dès le temps qu’il établit l’Académie des sciences. Mais le monument le plus glorieux par son utilité, par sa grandeur et par ses difficultés, fut ce canal du Languedoc5 qui joint les deux mers, et qui tombe dans le port de Cette, construit pour recevoir ses eaux. Tout ce travail fut commencé dès 1663, e*t on le continua sans interruption jus-
par ses Contes ( Contes de ma mère VOye , 1697), fut le principal adversaire de Boileau dans la Querelle des Anciens et des Modernes.
(1) Louis Levau (1612-1670), architecte, directeur des bâtiments de Louis XIV, construisit les pavillons de Flore et de Marsan, aux Tuileries. Il fournit aussi les dessins du collège des Quatre-Nations (aujourd’hui palais de l’Institut.) — Pierre Dorbay, architecte, 1624-1697.
(2) Vignes. V. Lex/ „*
(3) Après 1670, les travaux du Louvre furent délaissés, au grand regret de Colbert, pour les travaux de Versailles. Le Louvre a été terminé de 1852 à 1856.
(4) Voltaire (dans les Embellissements de Paris), estimait les travaux de Versailles à plus de 400 millions. D’après des documents officiels, Versailles avec ses dépendances aurait coûté*116 millions du temps. (Eckard, Coup d'œil sur l'ouvrage historique de M. Vatoiot, intitulé : Souvenirs historiques du palais de Versailles ).
^5) Le canal du Languedoc, construit par le célèbre Riquet, qui y consacra sa fortune et mourut, en 1680, avant l’achèvement de son œuvre.
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qu’en 1684. La fondation des Invalides et la chapelle 1 de ce bâtiment, la plus belle de Paris, l’établissement de Saint- Gyr, le dernier de tant douvrages construits par ce monarque, suffiraient seuls pour faire bénir sa mémoire2. Quatre mille soldats et un grand nombre d’officiers, qui trouvent dans l’un de ces grands asiles une consolation dans leur vieillesse et des secours pour leurs blessures et pour leurs besoins; deux cent cinquante filles nobles qui reçoivent dans l’autre une éducation digne d’elles, sont autant de voix qui célèbrent Louis XIV.