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CHAPITRE III

Dé Berlin à Ferney, d’après la Correspondance.

Voltaire ayant quitté Berlin le 26 mars 1753, était arrivé, nous l’avons vu, le 31 mai, à Francfort, où l’attendaient les avanies de Freytag. il en partit le 7 juillet avec Mme Denis, qui prit les devants et à qui il adressait de Mayence, le 9 juillet, la lettre qu’on a lue plus haut, p. 507, .

A Mannheim, l’Électeur palatin le reçut et l’emmena dans son château de Schwetzingen, où, pendant quinze jours, l’illustre voyageur fut l’objet de l’accueil le plus flatteur.

Le 16 août, Voltaire arrivait à Strasbourg. N’osant rentrer à Paris, il se rendit à Colmar, où il resta treize mois. Une visite de trois semaines à l’abbaye de Senones (à cinq lieues de Saint- Dié, où il mit à contribution la bibliothèque du célèbre bénédictin Dom Calmet, et une saison à Plombières auprès de ses amis d’Argental, coupèrent" ce séjour.

Voltaire fit sonder par ses amis les dispositions de la cour. Bien qu’il ne fût l’objet d’aucune interdiction explicite, il se rendit compte qu’il ne pouvait sans danger résider à l’intérieur du royaume. L’Alsace meme lui devint intenable après la publication subreptice de son Histoire universelle par le libraire hollandais Néaulme. (V. p. 635.)

Il partit pour aller prendre les eaux d’Aix, en Savoie. Dans un court passage à Uyon, il trouva un accueil très chaud auprès de la population, mais une grande froideur chez le cardinal de Tencin.

Il se décida donc à se réfugier à Genève, où il arriva le 11 dé-

Carte des environs de Genève, indiquant la situation géographique de Fer'ney.

Remarquer au nord de Genève le lieti dit Saint-Jean , où se trouvait - la propriété des Délices.

VOLTAIRE

cembre 1754. 11 y était attiré par les Tronchin, le célèbre médecin Théodore Tronchin et le cousin de celui-ci, Robert Tronchin, procureur général. La beauté du pays, mais plus encore la liberté dont il comptait y jouir, l’avantage d’être hors du royaume, mais tout près, dans un pays où l’on parle le français, le décidèrent à s’y établir. Cependant il ne songea point à se lixer dans la ville même; il acheta, près de Lausanne, la propriété de Monrion pour en faire sa résidence d’hiver, et aux portes de Genève, dans un site admirable, la propriété de Saint-Jean, qu’il appela ses « Délices » (février 1755). Il n’avait d’abord l’intention d’y passer que l’été, mais bientôt il s’installa si bien aux Délices qu’il en fit sa demeure, en attendant Ferney.

A peine installé aux Délices, Voltaire y faisait aménager un théâtre pour jouer la comédie, ou plutôt ses tragédies, avec ses amis. Il se promettait d’y attirer les Genevois plus ou moins austères, qui n’avaient point de théâtre dans leur ville; il comptait bien les amener peu à peu à réparer une lacune si regrettable.

En 1758, il devait acquérir, sur le territoire de France, à moins de deux lieues au nord-ouest de Genève, le domaine de Ferney, mais il n’y résida qu’à partir de 1760.

Nous verrons plus loin quelques-uns des incidents qui marquèrent le séjour du philosophe aux Délices ; les premiers rapports avec Rousseau, l’émotion qu’il ressentit en apprenant la catastrophe de Lisbonne en 1755, l'argument qu’il en tira tout de suite contre l’optimisme de Leibnitz et du même coup contre l’idée de Providence, comme aussi l’irritation produite chez l’auteur de Mérope par la résistance du Consistoire de Genève au projet d'établir un théâtre dans cette ville, l’article de d’Alembert sur Genève, dans V Encyclopédie, la Lettre de Rousseau sur Jes spectacles, etc. Ici, l’on trouvera en particulier, avec quelques lettres à Thiériot, celles que Voltaire adressa à son héros , le duc de Richelieu, quand celui-ci accomplit l’exploit de la prise de Port-Mahon.

Bientôt une initiative généreuse s’offre à Voltaire. Il s agitd’intervenir en faveur de l’amiral anglais Byng, dont la défaite dans les eaux de Minorque est attribuée à la trahison par le ministère anglais. Voltaire obtient de Richelieu une lettre qui rend hommage à l’amiral malheureux; mais cette démarche honore son auteur sans profiter à l’accusé ; peut-être même ce témoignage d’un Français paraît-il suspect à des esprits prévenus. Voltaire sera plus tard plus heureux.

Puis, c’est la lettre à Frédéric en réponse à V Épître d’Erfurt. Voltaire, qui s’est réconcilié avec son royal hôte, combat les projets de suicide que le roi de Prusse avait annoncés. Si effectivement il a contribué à rendre courage au futur vainqueur de Rosbach, peut-il revendiquer quelque part dans cette victoire remportée sur les Français ? La situation du Suisse Voltaire entre

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