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peu de bonne philosophie des Anglais l. Il n’y a aucune invention qui vienne de nous. Les Espagnols ont conquis un nouveau monde; les Portugais ont trouvé le chemin des Indes par les mers d’Afrique; les Arabes et les Turcs on t fondé les plus puissants empires ; mon ami 2 le czar Pierre a créé, en vingt ans, un empire de deux mille lieues ; les Scythes de mon impératrice Élisabeth viennent de battre mon roi de Prusse, tandis que nos armées sont chassées par les paysans de Zell et de Wolfenbuttell 3.
Nous avons eu l’esprit de nous établir en Canada, sur des neiges, entre des ours et des castors, après que les Anglais ont peuplé de leurs florissantes colonies quatre cents lieues du plus beau pays de la terre ; et ou nous chasse encore de notre Canada.
Nous bâtissons encore de temps en temps quelques vaisseaux pour les Anglais, mais nous les bâtissons mal; et, quand ils daignent les prendre, ils se plaignent que nous leur donnons de mauvais voiliers.
Jugez, après cela, si l’histoire de France est un beau morceau à traiter amplement, et à lire 4 !
Ce qui fait le grand mérite de la France, son seul mérite, son unique supériorité, c’est un petit nombre de génies sublimes ou aimables, qui font qu’on parle aujourd’hui français à Vienne, Stockholm et Moscou. Vos ministres, vos intendants et vos premiers commis n’ont aucune part à cette gloire.
Que lirez-vous donc, madame ? Le duc d’Orléans régent daigna un jour causer avec moi au bal de l'Opéra ; il me fit un grand éloge de Rabelais, et je le pris pour un prince de mauvaise compagnie, qui avait le goût gâté- J’avais
(1) Allusion à la publication des Lettres philosophiques et à ses études sur la philosophie de Newton.
(2) Il appelle le czar Pierre son ami, parce qu’il entre dans l’intimité dé ce prince, dont il écrit l’histoire.
(3 ) Zell, ville du Hanovre; Wolfenbuttel , ville du Brunswick. Allusion amère à la défaite infligée aux généraux français à Minden par les troupes hanovriennes sous le commandement de Ferdinand de Brunswick.
(4) Quand Voltaire écrivait le Siècle de Louis XIV, il n’était pas si exclusif, mais c’était avant la guerre de Sept ans.
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alors un souverain mépris pour Rabelais. Je Fai repris depuis,. et, comme j’ai plus approfondi toutes les choses dont il se moque, j’avoue qu’aux bassesses près, dont il est trop rempli, une bonne partie de son livre m’a fait un plaisir extrême. Si vous en voulez faire une étude sérieuse, il ne tiendra qu’à vous; mais j’ai peur que vous ne soyez pas . assez savante et que vous ne soyez trop délicate.
Voltaire regrette qu’on n’ait pas v< élagué en français » les Œuvres philosophiques de Milord Bolingbroke, « c’est un prolixe personnage et sans aucune méthode; mais on en pourrait faire un ouvrage bien terrible pour les préjugés ». — « 11 y a un autre Anglais qui vaut mieux que lui : c’est Hume, dont on a traduit quelque chose avec trop de réserve. »
Plût à Dieu, madame, pour le bien que je vous veux, qu’on eût pu au moins copier fidèlement le conte.du Tonneau, du doyen Swift î C’est un trésor de plaisanterie dont il n’y a point d’idée ailleurs. Pascal n’amuse qu’aux dépens des Jésuites; Swift divertit et instruit aux dépens du genre humain. Que j’aime la hardiesse anglaise ! Que j’aime les gens qui disent ce qu’ils pensent ! C’est ne vivre qu’à demi que de n’oser penser qu’à demi.
Voltaire conseille ensuite à Mme Du Defîand la lecture de Lucrèce
Indépendamment des lablea.ux admirables qui se trouvent dans Lucrèce, et qui feront passer son livre à la dernière postérité, il y a un troisième chant dont les raisonnements n'ont jamais été éclaircis par les. traducteurs, et qui méritent bien d’être mis dans leur jour. Nous n’en avons qu’une mauvaise traduction par un baron des Couturés. Je mettrai, si je vis *, ce troisième chant en vers, ou je ne pourrai.
(1) Voltaire n’a pas mis ce projet à exécution.
Voici du monis comment il traduisait, au début du deuxième livre, le fameux passage : Suave mari magno , etc.
« On voit avec plaisir dans le sein du repos,.
Des mortels malheureux lutter contre les flots;
On aime à voir de loin deux terribles armées
Dans les champs de la mort au combat animées;