ORPÏÏELTN DE LA CHINE
De leurs voisins soumis heureux: législateurs, 945
Gouvernant sans conquête et régnant par les mœurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage;
Nos arts sont les combats, détruire est notre ouvrage 1 .
Ah ! de quoi m’ont servi tant de succès divers?
Quel fruit me revient-il des pleurs de runivers? • 950
Nous rougissons de sang le char de la victoire.
Peut-être qu’en effet il est une autre gloire :
Mon cœur est en secret jaloux de leurs vertus ;
Et vainqueur, je voudrais égaler les vaincus. »
Il fait encore chercher Idamé. Il lui offre de partager son trône. La jeune femme lui déclare qu’au temps où elle l’a connu jadis, obscur et persécuté, elle l’aurait accepté, mais elle a dû obéira ses parents. Aujourd’hui elle ne s'appartient plus :
u Mon époux m’est sacré; je dirai plus, je l'aime.
Je le préfère à vous, au trône, à vos grandeurs. »
Gengis lui représente les torts de Zamti envers elle, sa cruauté envers son fils. Elle répond qu’elle révère sa vertu.
« Il pensait en héros, je n’agissais qu’en mèrë. »
Le barbare avoue qu'il l’aime d’autant plus qu’elle lui résiste davantage, mais il veut lui faire peur et, comme elle évoque les lois toujours vivantes, il assure que rien ne lui résiste et que Zamti, s’il veut vivre, doit céder à sa puissance, abandonner Idamé et livrer l’enfant impérial. Idamé a donc à choisir entre la mort de son mari ou le déshonneur. Les deux époux se concertent; Zamti, toujours préoccupé de sauver le fils de ses maîtres, lui apprend que l’enfant va succomber faute de secours dans sa cachette. Il faut qu'Idamé laisse périr son mari et que, libérée par ce trépas, elle enchaîne le vainqueur. Elle vivra pour sauver le fils de ses princes. Le sacrifice est affreux, il révolte Idamé.
« Penses-tu que je sois moins épouse que mère ?
Tu t’abuses, cruel, et ta vertu sévère
A commis contre toi deux crimes en un jour,
Qui font frémir tous deux la nature et l’amour. »
Non, elle ne cédera pas aux vainqueurs, elle ira secourir l’enfant impérial dans sa cachette, elle ranimera sa languissante vie, puis le portera aux derniers défenseurs qui l'attendent, « comme un présent d’un dieu qui combat avec eux ».
Elle ajoute :
» Nous mourrons, je le sais, mais tout couverts de gloire. »
Zamti reconnaît là une inspiration du ciel.
(1) Ces beaux vers sur le triomphe momentané de la* barbarie sur la civilisation paraissent aujourd’hui d'une actualité saisissante
VOLTAIRE
Acte v. — La tentative d Idamé échoue. Elle porte bien l’enfant royal dans les rangs des Coréens, mais Gengis a raison de ses défenseurs. Idamé et le fils des rois tombent entre ses mains. Gengis, tout-puissant et exaspéré, revoit Idam^ il veut à tout prix faire fléchir sa captive qui préfère la mort à la honte et ne demande qu’une faveur, c’est dé revoir Zamti. Gengis veut bien encore souffrir celte entrevue. Les deux époux sont perdus, on préparé leur supplice. Alors ils décident de devancer les ordres du tyran en se donnant la mort.
Mais une mutuelle tendresse fait hésiter leurs mains. Gengis les surprend à ce moment1. Touché de leur constance, conquis parleurs vertus, il se rend à la supériorité de leurs exemples :
« Je fus un conquérant : vous m’avez fait un roi. »
Et il leur rend non seulement leur fils, mais l’enfant des rois, dont il leur confie la garde.
La pièc^est émouvante et le rôle d Idamé, en particulier, fort touchant. « Voltaire, dit La Ilarpe, n’en a point fait de plus beau... Il est sans exemple que le talent tragique ait produit un rôle de cette force dans un poète sexagénaire. » Mais ce personnage n'est pas plus chinois que Gengis Khan n’est tartare. C’esL seulement dans les récits que se trouve quelque peinture des mœurs. Gengis Khan n’a rien de farouche et ne nous inspire aucune terreur. C’est un conquérant doux et clément, respectueux des monuments de 1 art, galant envers Idamé dès la première entrevue. C’est, de plus, un empereur dégoûté du pouvoir comme l’Auguste de Corneille. La tragédie est comme affadie du fait de ce personnage. D’ailleurs, l’intérêt est dispersé : on ne sait quel est le personnage principal, on hésite entre l’Orphelin et Idamé - .
Néanmoins, la nouveauté exotique du sujet, l’étude de la passion
(1) Idamé, ep donnant à Zamti le poignard :
« Tiens, commence par moi; tu le dois : tu balances !
Je ne puis.
ZAMTI