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RÉPLIQUE DE J. -J. ROUSSEAU

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celles de l’existence de Dieu, Si Dieu existe, il est parfait; s’il est parfait, il est sage, puissant et juste ; s’il est sage et puissant, mon âme est immortelle, trente ans de vie ne sont rien pour moi et sont peut-être nécessaires au maintien de l’univers. Si l’on m’accorde la première proposition, jamais on n’ébranlera les suivantes ; si on la nie, il ne faut pas discuter sur ses conséquences. Nous ne sommes ni l’un ni l’autre dans ce dernier cas.

(( ... Quant à moi, je vous avouerai naïvement que ni le pour ni le contre ne me paraissent démontrés sur ce point par les seules lumières de la raison et que, si le théiste 1 ne fonde son sentiment que sur des probabilités, l’athée, moins précis encore, ne me paraît fonder le sien que sur les possibilités contraires. De plus, les objections de part et d’autre sont toujours insolubles, parce qu’elles roulent sur des choses dont les hommes n’ont point de véritable idée. Je conviens de tout cela, et pourtant je crois en Dieu tout aussi fermement que je crois une autre vérité, parce que croire et ne pas croire sont les choses du monde qui dépendent le moins de moi ; que l’état de doute est un état trop violent pour mon âme ; que quand ma raison flotte, ma foi ne peut rester longtemps en suspens et se détermine sans elle ; qu’enfin mille sujets de préférence m’attirent du côté le plus consolant et joignent le poids de l’espérance à l’équilibre de la raison.

«... Non, j’ai trop souffert en cette vie pour n’en pas attendre une autre. Toutes les subtilités de la métaphysique ne me feront pas douter un moment de l’immortalité de l’âme et d’une Providence bienfaisante. Je la sens, je la crois, je la veux, je l’espère, je la défendrai jefsqu’â mon dernier soupir ; et ce sera de toutes les disputes que j’aurai soutenues, la seule où mon intérêt 11e sera pas oublié. Je suis avec respect, monsieur, » etc.

(1) Théiste ou déiste , celui qui croit à l'existence de Dieu, en dehors de toute religion positive.

VOLT VIRE

Voltaire ne prit ni le temps ni la peine de fournir à Rousseau la réponse que celui-ci attendait. 11 s’excusa sur la mauvaise santé d’une de ses nièces. « Vous me pardonnerez, lui écrivit-il, de laisser là ces discussions philosophiques, qui ne sont que des amusements. Votre lettre est très belle, mais j’ai chez moi une de mes nièces qui, depuis trois semaines, est dans un assez grand danger, je -suis garde-malade et très malade moi-même. J’attendrai que je me porte mieux et que ma nièce soit guérie pour penser avec vous. » (12 septembre 1756).

La véritable réponse de Voltaire à Rousseau sur la question de la Providence, ce fut Candide i.

(1) C’est Rousseau lui-même qui l’a dit : « Depuis lors, Voltaire a publié cette réponse qu’il m’avait promise, mais qn’il ne m’a pas envoyée. Elle n’est autre que le roman de Candide , dont je ne puis parier, parce que je ne l’ai pas lu. >» ( Confessions , partie IT, livre IX.)

Ailleurs il écrivait : « Je’ voulais philosopher avec lui; en réponse, il m’a persiflé. » Lettre au duc de Wurtemberg, 11 mars 1764 (V. Maugras, Querelles de philosophes : Voltaire et J.-J . Rousseau , p. 55.)

Œuvres, 1741.

En-tête tiré de la Ilenriade, édition de 1728.

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