EXTRAITS DU « COMMENTAIRE
Sur l’hostilité de Richelieu.
« Le premier ministre vit les défauts du Cid avec les yeux d’un homme mécontent de l’auteur, et ses yeux se fermèrent trop sur les beautés. Il était si entier dans son sentiment, que, quand on lui apporta les premières esquisses du travail de l’Académie sür le Cid et quand il vit que l’Académie, avec un ménagement aussi poli qu’encourageant pour les arts et pour le grand Corneille, comparait les contestations présentes à celJes que la Jérusalem délivrée et le Pastor fido 1 avaient fait naître, il mit en marge, de sa main : « L’applaudissement et le blâme du Cid n’es-t qu’entre les doctes et les ignorants, au lieu que les contestations sur les deux autres pièces ont été entre les gens d’esprit. » ^
Qu’il me soit permis de hasarder une réflexion. Je crois que le cardinal de Richelieu avait raison, en ne considérant que les irrégularités de la pièce, l’inutilité et l’inconvenance du rôle de l’infante, le rôle faible du roi, le rôle encore plus faible de don Sanche et quelques autres défauts. Son grand sens lui faisait voir clairement toutes
(1) La Jérusalem délivrée , poème du Tasse, 1575; le Pastor fido , tragi-comédie pastorale de Guarini (1537-1612).
COMMENTAIRE SCR CORNEILLE
ces fautes, et c’est en quoi il me paraît plus qu’excusable.
Je ne sais s’il était possible qu’un homme occupé des intérêts de l’Europe, des factions de la France, et des intrigues plus épineuses de la cour, un cœur ulcéré par les ingratitudes et endurci par les vengeances, sentît le charme des scènes de Rodrigue et de Ghimène. 11 voyait que Rodrigue avait très grand tort daller chez sa maîtresse après avoir tué son père, et, quand on est trop fortement choqué de voir ensemble deux personnes qu’on croit ne devoir pas se chercher, on peut n’être pas ému de ce qu'elles disent.
Je suis donc persuadé que le cardinal de Richelieu était de bonne foi. Remarquons encore que cette âme altière, qui voulait absolument que l’Académie condamnât le Cid , continua sa faveur à l’auteur. »
Le jugement de l’Académie.
Quant au jugement que l’Académie fut obligée de prononcer entre Corneille et Scudéri, et qu’elle intitula modestement Sentiments de V Académie sur « le Cid », j’ose dire que jamais on ne s’est conduit avec plus de noblesse, de politesse et de prudence, et que jamais on n’a jugé avec plus de goût1. Rien n’était plus noble que de rendre justice aux beautés du Cid , malgré la volonté décidée du maître du royaume.
La politesse avec laquelle elle reprend les défauts est égale à celle du style, et il y eut une très grande prudence à se conduire de façon que ni le cardinal de Richelieu, ni Corneille, ni même Scudéri, n’eurent au fond sujet de se plaindre.
Je prendrai la liberté de faire quelques notés sur le jugement de l’Académie comme sur la pièce ; mais je crois
(1) Cet éloge de la conduite de l’Académie envers Corneille a étonne bien des gens. Il faut remarquer que le Commentaire de Voltaire sur le théâtre de Corneille était soumis par son auteur au jugement de l’Académie elle-même. Si, d’ailleurs, les expressions de Voltaire sont quelquefois excessives, le fond de sa pensée est juste.
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devoir les prévenir ici par une seule, c’est sur ces paroles de l’Académie : encore que le sujet du Cid ne soit pas bon . Je crois que l’Académie entendait que le mariage, ou du moins la promesse de mariage entre le meurtrier et la fille du mort, n’est pas un sujet pour une pièce morale, que nos bienséances en sont blessées. Cet aveu de ce corps éclairé satisfaisait à la fois la raison et le cardinal de Richelieu, qui croyait le sujet défectueux. Mais l’Académie n’a pas prétendu que le sujet ne fût pas très intéressant et très tragique, et quand on songe que ce mariage est un point d’histoire célèbre, on ne peut que louer Corneille d’avoir réduit ce mariage à une simple promesse d’épouser Chimène : c’est en quoi il me semble que Corneille a observé les bienséances beaucoup plus que ne le pensaient ceux qui n’étaient pas instruits de L’histoire...
Quelques remarques sur a le Cid ».
Voltaire critique comme trop familier le beau vers :
Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître.
Par contre, il approuve l'audace du mot invaincu :
(( 11 y a un dictionnaire d’orthographe où il est dit que invaincu est un barbarisme. Non ; c’est un terme hasardé et nécessaire. »
Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d'autres que pour vous , etc.
« Scudéri ne reprit point ces hyperboles poétiques qui, n’étant point dans la nature, affaiblissent le pathétique de ce discours. C’est le poète qui dit que ce sang fume de courroux; ce n’est pas assurément Chimène : on ne parle pas ainsi d’un père mourant. Scudéri, beaucoup plus habitué que Corneille à ces figures outrées et puériles, ne remarqua pas mèpne en autrui, tout éclairé qu’il était par l’envie, une faute qu’il ne sentait pas dans lui-même. »
Il est teint de mon sang. — Plonge-le dans le mien;
Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien.
COMMENTAIRE SUR CORNEILLE
« Cela n’a point été repris par l’Académie ; mais je doute que cette teinture réussît aujourd’hui. Le désespoir n’a pas de réflexions si fines et, j’oserais ajouter, si fausses : une épée est également rougie de quelque sang que ce soit : ce n’est point du tout une teinture différente. Tout ce qui n’est pas exactement vrai, révolte les bons esprits. J1 faut qu’une métaphore soit naturelle, vraie, lumineuse, qu’elle échappe à la passion. »
Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix. '
(( est repris par Scudéri. C’est peut-être le plus beau vers de la pièce, et il obtient grâce pour tous les sentiments un peu hors de la nature qu’on trouve dans cette scène, traitée d’ailleurs avec une grande supériorité de génie.
Remarques sur « les Horaces ».
Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? — Qu’il mourût.
« Voilà ce fameux quil mourût , ce trait du plus grand sublime, ce mot auquel il n’en est aucun de comparable dans, toute l’antiquité. Tout l’auditoire fut si transporté qu’on n’entendit jamais le vers faible qui suit; et le morceau n'eût-il que d'un moment retardé sa défaitey étant plein de chaleur, augmenta encore la force du qu'il mourût . Que de beautés ! et d’où naissent-elles ? d’une simple méprise très naturelle, sans complication d’événements, sans aucune intrigue recherchée, sans aucun effort. 11 y a d’autres beautés tragiques, mais celle-ci est au premier rang.
c II est vrai que le vieil Horace, qui était présent quand les Horaces et les Curiaces ont refusé qu’on nommât d’autres champions^ a dù être présent au combat. Cela gâte jusqu’au qu'il mourût.
« 11 semble intolérable qu’une suivante ait vu le combat et que ce père des trois champions de Rome reste inutilement avec des femmes, pendant que ses enfants sont aux mains... Quoi! cet homme qui se sent assez de force
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pour tuer ses trois enfants hautement , s’ils donnent un mol consentement h Un nouveau choix que le peuple est en droit de faire, quitte le champ où ses trois fils combattent pour venir apprendre à des femmes une nouvelle qu’on doit leur cacher ! Il ne prétexte pas même cette disparate 1 sur l’horreur qu’il aurait de voir ses fils combattre contre son gendre. Il ne vient que comme messager, tandis que Rome entière est sur le champ de bataille ‘ il reste les bras croisés, tandis qu’une soubrette a tout vu ! Ce détail peut-il se pardonner 2 ? »
Une critique du personnage de « Cinna »,
Voltaire reproche vivement à Cinna ses remords trop tardifs. Il ne peut lui pardonner d’avoir persisté dans son attitude hostile après les généreuses paroles d’Auguste et de s’être montré intraitable devant Maxime à la scène u de l’acte II.
« Quoi ! après ces vers :
Mais je la retiendrai pour vous en faire part ...
Je vous donne Émilie...
Cinna disserte ! Il n’est pas troublé et il le sera ensuite ! Quel est le lecteur qui ne s’attend pas à de violentes agitations dans un tel moment ? Si Cinna les éprouvait, si Maxime s’en apercevait, cette situation ne serait-elle pas plus naturelle et plus théâtrale ? Encore une fois je ne propose cette idée que comme un doute ; mais je crois que les combats du cœur sont toujours plus intéressants que des raisonnements politiques, et ces contestations qui
(1) Disparate. V. Lex.
(2) Voilà une terrible chicane. On se demande si Voltaire n'y a pas cherché un moyen de retirer de leur valeur aux éloges qu’il décerne par ailleurs à cette scène. Il ne semble pas que la présence du vieil Horace
* dans sa maison soit si difficile à expliquer. Il est naturel qü’il ait accompagné ses 'fils jusqu’au champ clos, mais qu’il n’ait pas voulu assister à un pareil combat, d’autant plus que, comme le remarque Voltaire, il a dans sa maison un devoir à remplir. C’est le jeune Horace lui-même qui a donné à son père la mission de retenir en arrière des femmes éplorées et d’empêcher qu’elles ne sortent. (II, vu, v. 695 et suiv.) ^ /
G O U MEN T A 1 IA E SU H G O U N E l L L 1 :
au fond sont souvent un jeu d’esprit assez froid- C’est au cœur qu’il faut parler dans une tragédie.
... « Inobservation la plus importante, à mon avis, c’est qu’ici l’intérêt change. On détestait Auguste, on s’intéressait beaucoup à Çinna : maintenant c’est Ginna qu’on hait, c’est en faveur d’Auguste que le cœur se déclare. Lorsque ainsi on s’intéresse tour à tour pour les parties contraires, on ne s’intéresse en effet pour personne : c’est G6 qui fait que plusieurs gens de lettres regardent Cinna plutôt comme un bel ouvrage que comme une tragédie intéressante A »
A l’acte lff, scène ii, Voltaire demande pourquoi Cinna manifeste maintenant des remords qu’il n’éprouvait pas à l’acte précédent. Apparemment c’est que l’évolution de ses sentiments a demandé un certain temps.
Vous n'aviez point tantôt ces agitations...
« Vous voyez que Corneille a bien senti l’objection. » C’est Voltaire qui parle. Cinna répond tout naturellement ;
On ne les sent aussi (les remords) que quand le coup approche.
Le monologue de Cinna (Acte III, scène ni), est l’explication des sentiments de Cinna. Voltaire trouve qu'il vient trop tard. C’est toujours la même critique ]\fais pourquoi ne pas vouloir se placer au poipt de vue de Corneille ?
« J’en reviens toujours à ce remords trop tardif, je soupçonne qu'il serait très touchant, très intéressant, s il avait été plus prompt .. »
Voltaire critique aussi les paroles de Cinna, quand celui-ci s’écrie :
Mais je dépends de vous, ô serment téméraire f
Il dit que ce serment n’est qu’un prétexte. Il a raison au point de vue de la morale; mais il en parle à son aise, sans songer assez que Corneille a conçu le personnage de Cinna comme les jeunes seigneurs de son temps, qui allaient bientôt devenir les héros de la Fronde.
« Comment un homme qui n’a pas les fureurs de l’amour, un petitfils de Pompée, qui a assemblé tant de Romains pour rendre la liberté à la patrie, peut-il dire en langage de ruelle : Je ne peux rien que par le congé d’une femme ? Il fallait donc le peindre, dès le premier acte, comme un homme éperdu d'amour, forcé par une maîtresse qu’il idolâtre à conspirer contre un maître qu’il aime1 2. »
(1) Jugement bien sévère sur une pièce dont Voltaire parlait d’abord avec tant d'enthousiasme.
(2) Sauf le dernier trait, c’est bien ce qu’a fait Corneille. Cinna ne dit-il pas, pour dépeindre le zèle des autres conjurés : « Ils semblent comme moi servir une maîtresse ? »
"VOLTAIRE
Sur l’examen de « Cfnna » par Corneille.
« Ce poème a tant d'illustres suffrages qui lui donnent le premier rang parmi les miens, etc. »>
Voltaire écrit :
(( Quoique j’aie osé y trouver des défauts, j’oserais dire ici à Corneille : Je souscris à l avis de ceux qui mettent cette pièce au-dessus de tous vos autres ouvrages; je suis frappé de la noblesse des sentiments vrais, de la force, de l’éloquence des grands traits de cette tragédie. Il y a peu de cette emphase et de cette enflure qui n’est qu’une grandeur fausse. Le récit que fait Cinna au premier acte, la délibération d’Auguste, plusieurs traits d’Émilie, et enfin la dernière scène sont des beautés de tous les temps et des beautés supérieures. Quand je vous compare surtout aux contemporains qui osaient alors produire leurs ouvrages à côté des vôtres, je lève les épaules et je vous admire (jomme un être à part... »
(Ici, Voltaire énumère un certain nombre des émules de Corneille : il ne cite ni Mairet, ni Du Ryer, ni Rotrou.)
« Si j’ai trouvé des taches dans Cinna , ces défauts mêmes auraient été de très grandes beautés dans les écrits de vos pitoyables adversaires; je n’ai remarqué ces défauts que pour la perfection d’un art dont je vous regarde comme le créateur. Je 11e peux ni ajouter ni ôter rien à votre gloire : mon seul but est de faire des remarques utiles aux étrangers qui apprennent votre langue, aux jeunes auteurs qui veulent vous imiter, aux lecteurs qui veulent s’instruire. »
Remarques sur « Polyêucte1. »
Préface. — Quand on passe de Cinna à Polyeacte , on se trouve dans un monde tout différent..;. C’est une chose assez connue que Corneille ayant lu sa tragédie de Polyeucte chez Mme de Rambouillet, où se , rassemblaient alors les
(1) Voir p. 787, la notice
Potyeucte (acte^IV, scène iv).
’igure de Gravelot, gravée par Lempereur, pour l’édition de 1774' du Théâtre de Corneille , avec le Commentaire de Voltaire.
Voltaire
VOLTAIRE
esprits les plus cultivés, cette pièce y fut condamnée d’une voix unanime, malgré l’intérêt qu’on prenait à l’auteur dans cette maison. Voiture fut député de toute rassemblée pour engager Corneille à ne pas faire représenter cet ouvrage. M est difficile de démêler ce qui put porter les hommes du royaume qui avaient le plus de goût et de lumière à juger si singulièrement. Furent-ils persuadés qu’un martyr ne pouvait jamais réussir sur le théâtre? C’était ne pas connaître le peuple. Croyaient-ils que les défauts que leur sagacité leur faisait remarquer révolteraient le public? C’était tomber dans la même erreur qui avait trompé les censeurs du Cid ; ils examinaient le Cid par l'exacte raison, et ils ne voyaient pas qu’au spectacle on juge par sentiment. Pouvaient-ils ne pas sentir les beautés singulières des rôles de Sévère et de Pauline 1 ? Ces beautés d’un genre si neuf et si délicat, les alarmèrent peut-être. Ils purent craindre qu’une femme qui aimait à la fois son amant et son mari n’intéressât pas ; et c’est précisément ce qui fit le succès de la pièce,..
Remarquez toutefois que, malgré tous ces défauts contre la vraisemblance, il règne dans cette scène un très grand intérêt; et c’est là ce qui fait le succès des tragédies. Ce mouvement d’intérêt diminuerait beaucoup si les spectateurs étaient tous des* censeurs éclairés. Mais le public est composé d’hommes qui se laissent entraîner au sentiment.
Quoi ! elle est mariée depujs quinze jours, et Sévère n’en a rien su en venant en Arménie? Plus- j’y réfléchis, plus cela me paraît absurde ; et cependant on se sent remué, attendri à la représentation : grande preuve qu’il ne s’agit pas au théâtre d’avoir raison, mais d’émouvoir.
Jusqu’ici (2e scène du 2e acte), on ne voit à la vérité , dans Pauline qu’une femme qui n’a point épousé sou amant, qui l’aime encore et qui le lui dit quinze jours après ses noces. Mais c’est une préparation à ce qui doit suivre, au péril de son mari, à la fermeté que montrera Pauline en parlant à Sévère pour ce mari même, à la
(1) Voir plus haut (p. 163) les vers de Voltaire sur Polyeucte.
COMMENTAIRE SUR CORNEILLE
grandeur d’âme de Sévère : voilà ce qui rend l’amour de Pauline infiniment théâtral et digne de la tragédie.
Voltaire reconnaît que l’on se laisse entraîner par le mouvement de cette scène.
Au théâtre on se prête toujours aux sentiments naturels des personnages. On devient enthousiaste avec Polyeucte, inflexible avec Horace, tendre avec Ghimène. « 11 est vrai que les esprits philosophes, dont le nombre est fort augmenté, méprisent beaucoup l’action de Pôlyeucte et de Néarque. Ils ne regardent Néarque que comme un convulsionnaire qui a ensorcelé un jeune imprudent. Mais le parterre entier ne sera jamais philosophe.
Plus loin Voltaire insinue :
J’ai cru apercevoir dans le public aux représentations une secrète joie que Pôlyeucte allât commettre cette action, parce qu’on espérait q.u’il en serait puni et que Sévère épouserait sa femme. En effet c’est à Sévère qu’on s’intéresse ; et le public prend toujours, sans qu’il s’en aperçoive, le parti du héros amant contre le mari qui n’est pas héros l.
Voltaire, qui ne peut goûter personnellement la pièce de Pôlyeucte , reconnaît qu’elle émeut cependant le public :
L’obstination de Pôlyeucte, sa résignation, son transport divin plaisent beaucoup. Ceux qui assistent au spectacle étant persuadés, pour la plupart, des vérités qui enflamment Pôlyeucte, sont saisis de son transport : ils ne sont pas fort attendris, mais ils s’intéressent à la situation.
De même, à propos de la conversion de Pauline, il écrit :
Ce miracle soudain a révolté beaucoup de gens... Mais le parterre aimera longtemps ce prodige : il est la récompense de la vertu de Pauline; et s’il n’est pas dans l’histoire, il convient parfaitement au théâtre dans une tragédie chrétienne.
(1) Quelle insidieuse malice dans ces mots î
VOLTAIRE
Par contre, Voltaire blâme la conversion de Félix : .
Ce nouveau miracle n’est pas si bien reçu du parterre que les deux autres : il ne faut pas surtout prodiguer coup sur coup les prodiges de même espèce. Quand on pardonnerait la conversion incroyable de ce lâche Félix, on n’en serait pas touché, parce qu’on ne s’intéresse pas à lui comme à Pauline et qu’il est même odieux...
Voltaire conclut :
L’extrême beauté du rôle de Sévère, la situation piquante de Pauline, sa scène admirable avec Sévère, au quatrième acte, assurent à cette pièce un succès éternel... Dacier, dans ses Remarques sur la Poétique d'Aristote , prétend que Polyeucte n’est pas propre au théâtre, parce que ce personnage n’excite ni la pitié ni la crainte; il attribue tout le succès à Sévère et à Pauline. Cette opinion est assez générale 1 ; mais il faut avouer qu’il y a de très beaux traits dans le rôle de Polyeucte et qu’il a fallu un grand génie pour manier un sujet si difficile.
(1) Voltaire a l’habitude d’attribuer à d’autres des idées auxquelles il tient assez, mais dont il ne veut pas prendre la responsabilité.
La Henriade, 1770.
En-tête tiré du Siècle de Louis XIV, édition de 1768.