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CHAPITRE IV

Jeannot et Colin. L'homme aux quarante écus.

Nous réunissons dans ce chapitre les extraits de deux petits ouvrages publiés à quatre ans de distance : Jeannot et Colin , l'Homme aux quarante écus

Ce qui leur est commun, c’est le ton plaisant et badin dans lequel Voltaire excellait. « Je me suis mis à être un peu gai, écrivait-il, parce qu’on m’a dit que cela est bon pour la santé l. »

L’histoire de Jeannot et Colin (1764), est un petit récit moral, des plus édifiants. La malice de l’auteur y est toute souriante et comme désarmée. On y voit deux amis de collège, un instant séparés par les préjugés sociaux, fruit d’une fortune trop rapidement acquise, bientôt réunis par l’écroulement subit de cette même fortune et par la générosité de celui des deux qui était resté ün travailleur modeste et utile. Bien que contenant quelques traits particuliers à l’époque, cette leçon est de tous les temps. ^

L'homme aux quarante écus (1768) est un ouvrage plus important et plus complexe, écrit « dans un moment d’humeur 2 ». Une foule de systèmes venaient d’éclore sur l’agriculture et l’économie politique, deux matières auxquelles Voltaire s’intéressait vivement, car il estimait qu’il en est peu qui touchent d’aussi près au bonheur des hommes. Impatienté de voir l’esprit de système s'introduire dans des recherches qui exigent surtout de l’expérience, de l’observation et du bon sens, il écrivit cette fantaisie, qui est beaucoup moins un roman qu’une suite de propos, souvent peu liés, sur des questions de finances, d’impôts, de gouvernement, -de science aussi et de religion, voire de littérature, et même d’hygiène... Dans un cadre commode il fait entrer toutes sortes d’objets, les uns sérieux, d’autres plaisants.

Il suppose un homme dont la propriété pourrait rapporter 40 écus, soit 120 livres, il le met en scène avec son caractère naïf et raisonneur. Il lui fait rechercher et dire ce qu’il pourra devenir avec les différents systèmes que l’on propose. Sa conversation avec le géomètre sur les conditions moyennes de la fortune et de la vie humaine est aussi vive et gaie dans la forme que sombre et douloureuse pour le fond. Les aventures se succèdent. Notre homme se rencontre avec un carme, il obtient une audience de M. le Contrô-

(1) Lettre à l’abbé Trublet, 27 avril 1761. V. plus bas, p. 892.

(2) Avertissement des éditeurs de l’édition de KehU.

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