‹ Œuvres choisiesChapitre 181 sur 228 · JEANNOT ET COE T N · texte numérisé non relu

JEANNOT ET COE T N

eur général. Puis il reçoit des lettres contenant "des confidences louloureuses sur des expériences que d’aussi pauvres que lui ont entées sur la foi de faiseurs de systèmes. A ces questions d’ordre >ratique s’en trouvent mêlées de théoriques, par exemple sur la nanière dont le monde s’est formé.

Puis « l’homme aux quarante écus » se marie. Nouveau prétexte i spéculation. Voltaire y mêle ses récriminations contre les jugenents portés sur des délits religieux et ses revendications en faveur l’une législation plus humaine. Enfin quand « l’homme aux quarante •eus» est devenu M. André et qu’il a beaucoup profité à lire « les )ons auteurs », nous assistons à un de ses soupers et aux conversaions instructives qui en font le charme.

Extraits de « Jeannot et Colin ».

Plusieurs personnes dignes de foi ont vu Jeannot et ]olin à l’école dans la ville d’Issoire en Auvergne, ville ’ameuse dans tout l’univers par son collège et par ses chaudrons. Jeannot était fils d’un marchand de mulets rès renommé ; Colin devait le jour à un brave laboureur les environs, qui cultivait la terre avec quatre mulets,. et jui, après avoir payé la taille, le taillon, les aides et gabelles, le sou pour livre, la capitation et les vingtièmes, îe se trouvait pas puissamment riche au bout de l’année.

Jeannot et Colin étaient fort jolis pour des Auvergnats; Ls s’aimaient beaucoup ; et ils avaient ensemble de peites privautés, de petites familiarités, dont on se ressoudent toujours avec agrément quand on se rencontre eniuite dans le monde.

Le temps de leurs études était sur le point de finir, [uand un tailleur apporta à Jeannot un habit de velours i trois couleurs, avec une veste de Lyon de fort bon goût : e tout était accompagné d’une lettre à M, de la Jeannoière. Colin admira l’habit, et ne fut point jaloux ; mais eannot prit un air de supériorité qui affligea Colin. Dès :o moment Jeannot n’étudia plus, se regarda au miroir, ît méprisa tout le monde. Quelque temps après, un valet le chambre arrive en poste, et apporte une seconde lettre i M. le marquis de la Jeannotière ; c’était un ordre de nonsieur son père de faire venir monsieur son fils à ^aris. Jeannot monta en chaise en tendant la main à Go-

VOLTAIRE

lin avec un sourire de protection assez noble. Colin senti son néant, et pleura. Jeannot partit dans toute la pompi de sa gloire.

Les lecteurs qui aiment à s’instruire doivent savoir qu< M. Jeannot *le père avait acquis assez rapidement de biens immenses dans les affaires. Vous demandez com ment on fait ces grandes fortunes : c’est parce qu’on es heureux. M. Jeannot était bien fait, sa femme aussi, e elle avait encore de la fraîcheur. Ils allèrent à Paris, pou un procès qui les ruinait, lorsque la fortune, qui élève e qui abaisse les hommes à son gré, les présenta à la femm d’un entrepreneur des hôpitaux des armées, homme d’w grand talent, et qui pouvait se vanter d’avoir tué plus d soldats en un an que le canon n’en fait périr en dix.

Jeannot fut bientôt de part 1 dans l’entreprise; il entr dans d’autres affaires. Dès qu’on est dans le fil de l’eau, i n’y a plus qu’à se laisser aller : on fait sans peine une foi tune immense. Les gredins, qui du rivage vous regarder voguer à pleines voiles, ouvrent des yeux étonnés ; ils n savent comment vous avez pu parvenir; ils vous envient ai hasard, et font contre vous des brochures que vous ne lise point. C’est ce qui arriva à Jeannot le père, qui fut bientô M. de la Jeannotière, et qui, ayant acheté un marquisa au bout de six mois, retira de l’école monsieur le marqui son fils pour le mettre à Paris dans le beau monde.

Colin, toujours tendre, écrivit une lettre de compli ments à son ancien camarade, et lai fit ces lignes pour l congratuler . Le petit marquis ne lui fît point de réponse Colin en fut malade de douleur.

Le père el la mère donnèrent d’abord un gouverneu au jeune marquis : ce gouverneur, qui était un homm du bel air, et qui ne savait rien, ne put rien enseigner son pupille. Monsieur voulait que son fils apprît le latin madame ne le voulait pas. Ils prirent pour arbitre un au teur qui était célèbre alors par des ouvrages agréables. I fut prié à dîner. Le maître de la maison commença pai

(1) De part. V. Lex.

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